par Emmanuel Jarry

CAYENNE (Reuters) - Nicolas Sarkozy a multiplié dimanche à Cayenne les attaques contre le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, qui prononçait au même moment au Bourget, à 7.000 km de là, son premier grand discours de campagne.

Le chef de l'Etat, qui briguera probablement un second mandat, adressait ses voeux à la France d'Outre-mer et a paru, tout au long de son discours, ne pas envisager d'autre issue que sa réélection, bien que les sondages le donnent battu.

Sans jamais nommer François Hollande, il a invité les Français d'Outre-mer, qui représentent environ 4% de l'électorat, à ne pas faire confiance à un homme qui "dirait toujours oui, parce que ça cacherait quelque chose".

Il a qualifié d'"un peu folklorique" la visite d'une demi-journée effectuée lundi dernier par le candidat du PS à Cayenne.

Nicolas Sarkozy a défendu sa conception d'un "développement endogène" des départements et territoires d'Outre-mer (Dom-Tom), dans laquelle le dirigeant socialiste, qui prône un "développement solidaire", voit un désengagement de l'Etat.

Lors de sa récente tournée aux Antilles, François Hollande avait estimé que le mot "endogène" faisait penser à "indigène" - un jeu de mot dénoncé par le chef de l'Etat - "Il ne faut pas plaisanter avec ça", a-t-il dit.

Nicolas Sarkozy a également opposé sa vision d'un système d'incitation fiscale pour stimuler l'économie, auquel il dit ne pas vouloir toucher, à la conception, prêtée à la gauche, d'une politique de subventions directes.

"ICI CE N'EST PAS LE FAR WEST"

Plus généralement, il a accusé la gauche d'ambiguïté envers les indépendantistes des Dom-Tom.

"J'appartiens à une famille politique qui n'a jamais considéré qu'il fallait accompagner les Outre-mer vers l'indépendance. Je n'ai jamais été l'allié d'un parti indépendantiste et je ne le serai jamais", a-t-il dit.

Le chef de l'Etat a longuement défendu sa politique envers les Dom-Tom mais s'est aussi attaché à "tracer des perspectives pour l'année qui vient", comme si la défaite, le 6 mai, était pour lui exclue. Un message qu'il s'est d'ailleurs efforcé de distiller tout au long de sa visite de deux jours en Guyane.

"Je suis là et je reviendrai encore", a-t-il ainsi déclaré samedi matin à des Amérindiens du Haut-Maroni.

"La Guyane, j'y viens très souvent et j'ai bien l'intention de continuer", a renchéri le soir, devant des gendarmes et des militaires, Nicolas Sarkozy, qui est venu six fois dans ce Dom en tant que ministre de l'Intérieur et chef de l'Etat.

Et d'annoncer dimanche qu'il irait dans l'Océan indien et à La Réunion "au premier semestre de cette année", sans préciser si ce serait pendant la campagne ou après l'élection.

Dans un département, la Guyane, où faits divers sanglants et règlements de compte entre orpailleurs clandestins défrayent régulièrement la chronique, il a par ailleurs renoué avec les thèmes sécuritaires qui lui avaient permis en 2007 d'y devancer son adversaire socialiste de l'époque, Ségolène Royal.

"Le combat (...) contre les mafias de l'orpaillage clandestin comme contre les mafias de la délinquance quotidienne sera sans relâche", a-t-il lancé. "Ici, ce n'est pas le Far West et ça ne deviendra jamais le Far West."

Il a promis de ne pas laisser les chercheurs d'or illégaux, en majorité brésiliens comme les neufs orpailleurs qui se sont entretués vendredi, importer sur le territoire de la République française "des pratiques mafieuses."

Dans un Dom où les étrangers représentent 37% de la population, il a réaffirmé son opposition au vote des ressortissants non-communautaires aux élections locales, défendu de nouveau par François Hollande dans son discours du Bourget.

Mais Nicolas Sarkozy a également multiplié les promesses à l'adresse des Dom-Tom, comme le développement de l'offre de formation dans ces territoires en proie à un chômage plus de deux fois plus élevé qu'en métropole, ou la négociation de réductions de tarif avec les opérateurs de téléphonie mobile.

Edité par Yves Clarisse

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