[scald=103567:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS/FOUGÈRES (Reuters) - Nicolas Sarkozy devance pour la première fois dans un sondage son adversaire socialiste François Hollande pour le premier tour de l'élection présidentielle mais le chef de l'Etat et ses proches se sont abstenus mardi de tout triomphalisme.

Selon le baromètre Ifop-Fiducial pour Europe 1, Paris-Match et Public Sénat, il obtient 28,5% des intentions de vote, soit 1,5 point de mieux que le 26 février dans la précédente édition de ce sondage, et son rival 27%, en baisse de 1,5 point.

La candidate du Front national, Marine Le Pen, perd un point à 16%, celui du MoDem, François Bayrou, reste en quatrième position avec 13% des intentions de vote (+0,5 point), suivi par celui du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, à 10% (+1,5).

A 40 jours du premier tour, les choix des sondés semblent se cristalliser : 64% se disent sûrs de leur vote au premier tour, contre 36% pouvant encore changer d'avis. Les électeurs certains de leur choix sont même 77% pour le candidat socialiste et 79% pour le président sortant.

Si d'autres sondages confirment cette inversion des courbes, le chef de l'Etat, qui brigue un second mandat, aura réussi son pari : passer en tête dans les intentions de vote et créer une dynamique en sa faveur avant d'entrer dans la période d'égalité absolue du temps de parole des candidats, le 20 mars.

Un pari qui semblait plutôt mal engagé jusqu'à son meeting géant de dimanche à Villepinte, près de Paris, qui pourrait avoir marqué un tournant dans sa campagne.

En déplacement en Ille-et-Vilaine, Nicolas Sarkozy a refusé de commenter l'enquête effectuée par l'Ifop auprès de 1.638 personnes immédiatement après cette réunion publique et s'est borné à dire que "rien (n'était) joué".

EFFET VILLEPINTE

"La seule chose qui compte c'est les Français, les convaincre (...) Tout le reste ne compte pas", a-t-il dit en marge d'une visite d'usine. "Il faut continuer jusqu'à la dernière minute (...) et c'est à ce moment-là qu'on verra celui qui a eu raison et celui qui a eu tort."

C'est la première fois que les courbes d'un sondage sur le premier tour se croisent, alors que François Hollande n'avait jamais cessé jusqu'ici de faire la course en tête. Sans doute faut-il notamment y voir un effet "Villepinte".

Nicolas Sarkozy a annoncé dimanche devant des dizaines de milliers de personnes qu'il exigerait de ses partenaires européens une révision des accords de Schengen sur la circulation des personnes dans l'Union européenne et la mise en oeuvre de la préférence communautaire pour les marchés publics.

Un signal adressé aux eurosceptiques de tous bords, au risque d'indisposer ses partenaires européens par la menace de faire cavalier seul s'il n'obtenait pas satisfaction

François Hollande reste cependant nettement en tête pour le second tour, même si l'écart se réduit de quatre points : il obtient 54,5% des intentions de vote (-2 points) contre 45,5% pour Nicolas Sarkozy (+2 points).

"Face à un Nicolas Sarkozy qui est prêt à tout (...), rien n'est fait", a souligné sur Europe 1 Manuel Valls, directeur de la communication du candidat socialiste.

"Pour que François Hollande l'emporte, pour qu'il rassemble les Français au deuxième tour, il faut qu'il soit le plus haut possible au premier tour", a-t-il ajouté.

Le directeur de campagne du candidat socialiste, Pierre Moscovici, a pour sa part estimé que la campagne ne se jouerait pas dans les sondages mais sur le terrain.

"On voit tout de même dans l'opinion qu'il reste une volonté de changement extrêmement forte, notamment pour le deuxième tour", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

SOULAGEMENT ET PRUDENCE

Dans le camp de Nicolas Sarkozy, le soulagement est perceptible mais empreint de prudence, à l'instar du candidat.

"La démarche de Nicolas Sarkozy (...) est aujourd'hui reconnue", a tout juste admis la porte-parole du président sortant, Nathalie Kosciusko-Morizet, sur RMC et BFM-TV.

Guillaume Peltier, secrétaire national de l'UMP et autre membre de l'équipe de campagne du chef de l'Etat, reconnaît les vertus "psychologiques" du croisement des courbes.

"Il y a une différence psychologique majeure entre l'envie de gagner et la peur de perdre, même s'il faut rester très prudent parce que 40 jours, c'est très long", a-t-il expliqué à Reuters. "Ce qui compte pour nous, ce n'est pas d'être en tête dans les sondages mais dans les suffrages."

"J'espère que l'hirondelle de ce matin fera le printemps", a renchéri sur Europe 1 l'essayiste et conseiller du chef de l'Etat Alain Minc, qui veut voir dans la réaction socialiste le signe d'un passage de "l'hyperconfiance" à l'hyperpessimisme".

Les résultats du sondage de l'Ifop avaient commencé à circuler lundi soir pendant l'émission "Parole de candidat", sur TF1, dont le chef de l'Etat était l'invité.

Pour la première fois depuis son entrée officielle en campagne, le 15 février, Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué ses "erreurs" et ses états d'âme, sur lesquels il s'était beaucoup étendu lors de ses précédentes interventions médiatiques.

Une séquence "mea culpa" qu'il semble avoir clos à Villepinte, dimanche, en énumérant tout ce qu'il avait "appris" et "compris" pendant son quinquennat à l'Elysée.

Lors de cette émission de plus de deux heures, il s'est concentré sur la défense de son bilan et de ses propositions, dont la promesse de taxer les exilés fiscaux qui conservent la nationalité française. Une idée empruntée au candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, par un président apparemment plus que jamais décidé à faire flèche de tous bois.

Avec Yann Le Guernigou à Fougères, édité par Patrick Vignal

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