[scald=103793:sdl_editor_representation]par Yann Le Guernigou

FOUGÈRES, Ille-et-Vilaine (Reuters) - Nicolas Sarkozy s'est employé mardi à minimiser l'impact du premier sondage qui le place en tête du premier tour de la présidentielle, même s'il a dopé le moral de ses troupes.

Selon le baromètre quotidien Ifop-Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, le président obtient 28,5% des intentions de vote, soit 1,5 point de mieux que le 26 février dans la précédente édition, et son rival 27%, en baisse de 1,5 point. L'enquête de mardi confirme ce croisement de courbes (28,5%-27,5%).

En déplacement à Fougères (Ille-et-Vilaine), où il a visité une usine Sagem (groupe Safran), Nicolas Sarkozy a refusé de s'enflammer.

"Franchement, rien n'est joué, rien n'est fait", a-t-il dit à son arrivée sur le site. "Je faisais campagne avant, je ferai campagne après. Qu'est-ce que les Français penseraient de moi si je commençais à commenter les sondages alors que j'ai refusé de les commenter avant? Ça n'aurait pas de sens.

"Que chacun présente ses idées, que chacun dise ce qu'il fera pour les cinq années qui viennent, et les Français choisiront. Tout le reste, c'est que de l'écume", a-t-il ajouté.

François Hollande reste cependant nettement en tête pour le second tour, même si l'écart se réduit de quatre points : il obtient 54,5% des intentions de vote (-2 points) contre 45,5% pour Nicolas Sarkozy (+2 points).

"Rien n'est fait, rien n'est acquis, rien n'est gagné, mais rien n'est perdu", a commenté le candidat socialiste lors d'un meeting organisé en plein air à Valence (Drôme), à l'heure du déjeuner, devant quelque 2.000 personnes.

LES CHOIX SE CRISTALLISENT

L'usine Sagem de Fougères, qui emploie plus de 650 personnes, avait été choisie à dessein par Nicolas Sarkozy dans la mesure où, un temps condamnée du fait de son activité téléphonie peu concurrentielle, elle a été reconvertie au prix d'un important effort de formation du personnel, un des grands thèmes de la campagne du président-candidat. Elle fabrique aujourd'hui les cartes électroniques destinées aux activités défense et aéronautique de Safran.

La porte-parole du candidat, Nathalie Kosciusko-Morizet, voit dans l'embellie des sondages les fruits d'une semaine de campagne menée sur le fond, où le chef de l'Etat a tout à la fois pu afficher sa crédibilité, en rappelant ce qu'il a fait, et avancer des propositions.

"Une campagne dans le brouhaha et le désordre, ça profite à François Hollande", dit-elle.

Nicolas Sarkozy s'est par la suite rendu à Vitré en compagnie du centriste Pierre Méhaignerie, le député-maire UMP de la ville. Il devait déjeuner ensuite dans un restaurant "routier".

Si d'autres sondages confirment cette inversion des courbes, le chef de l'Etat, qui brigue un second mandat, aura réussi son pari : passer en tête dans les intentions de vote pour le premier tour et créer une dynamique en sa faveur avant d'entrer dans la période d'égalité absolue du temps de parole des candidats, le 20 mars.

UN "EFFET VILLEPINTE" ?

Un pari qui semblait plutôt mal engagé jusqu'à son meeting géant de dimanche à Villepinte, près de Paris, qui pourrait avoir marqué un tournant dans sa campagne.

C'est la première fois que les courbes d'un sondage sur le premier tour se croisent, alors que François Hollande n'avait jamais cessé jusqu'ici de faire la course en tête.

Nicolas Sarkozy a annoncé dimanche devant des dizaines de milliers de partisans qu'il exigerait de ses partenaires européens une révision des accords de Schengen sur la circulation des personnes dans l'Union européenne et la mise en oeuvre de la préférence communautaire pour les marchés publics.

Un signal adressé aux eurosceptiques de tous bords, au risque d'indisposer ses partenaires européens par la menace de faire cavalier seul s'il n'obtenait pas satisfaction.

Dans le camp de Nicolas Sarkozy, le soulagement est perceptible mais empreint de prudence.

Guillaume Peltier, secrétaire national de l'UMP et membre de l'équipe de campagne du chef de l'Etat, reconnaît les vertus "psychologiques" du croisement des courbes.

"Il y a une différence psychologique majeure entre l'envie de gagner et la peur de perdre, même s'il faut rester très prudent parce que 40 jours, c'est très long", a-t-il expliqué à Reuters. "Ce qui compte pour nous, ce n'est pas d'être en tête dans les sondages mais dans les suffrages."

Avec Emmanuel Jarry et Sophie Louet à Paris, édité par Patrick Vignal

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