[scald=87863:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy tentera dimanche, lors d'une intervention télévisée aux allures de quitte ou double, d'inverser une dynamique favorable au candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, favori des sondages.

Officiellement, il s'agit pour le chef de l'Etat de présenter les décisions prises à la suite du "sommet de crise" du 18 janvier, sur le financement de la protection sociale, la lutte contre le chômage, l'amélioration de la compétitivité des entreprises et la relance de l'offre de logement.

Ses proches collaborateurs jurent qu'il n'est pas question pour lui d'officialiser sa candidature à cette occasion, à 84 jours du premier tour du scrutin.

"Ce n'est pas à l'ordre du jour, le calendrier a toujours été le même en ce qui le concerne, il ne le changera pas", dit l'un d'eux. "Il part du principe que la crise est assez grave pour qu'un président de la République s'occupe matin, midi et soir des Français et pas d'une campagne présidentielle."

Selon ses proches, Nicolas Sarkozy en reste à une annonce de candidature la plus tardive possible, après la suspension de la session parlementaire, fin février-début mars.

"S'il annonçait sa candidature dimanche soir, ça serait vraiment 'panique à bord' et je serais inquiet", souligne un membre du gouvernement.

Le format choisi -une émission d'une heure en direct de l'Elysée diffusée simultanément par six chaînes- est cependant sans précédent pour un président sortant qui dit et fait dire urbi et orbi qu'il n'est pas encore en campagne.

HOLLANDE OCCUPE LE TERRAIN

"L'enjeu numéro un est d'arriver à reprendre la main après une offensive réussie de François Hollande", fait valoir Brice Teinturier, de l'institut Ipsos. "Le deuxième élément important est de retracer un cap cohérent par rapport aux impératifs économiques et sociaux, tout en apparaissant différent et plus crédible que François Hollande."

Nicolas Sarkozy paraît avoir perdu la main depuis la dégradation de la note souveraine de la France par l'agence de notation Standard & Poor's, le 13 janvier. "La perte du triple A a été très déstabilisante", reconnaît un député UMP.

Les sondages donnent toujours François Hollande en tête du premier tour et largement vainqueur au second, le 6 mai.

L'écart a même eu tendance à augmenter cette semaine, pendant laquelle le candidat socialiste a occupé le terrain, de son discours du Bourget, dimanche, à son face-à-face avec le numéro deux du gouvernement Alain Juppé, jeudi soir sur France 2, en passant par la présentation de son programme.

L'intervention de Nicolas Sarkozy "sera une manière de faire contraste avec le discours de François Hollande, qui est la négation d'une vision stratégique -aucune réforme de structure de notre pays, aucune proposition courageuse", dit un ministre.

Un député UMP juge que si le "curseur" des sondages ne "bouge pas" dans les huit jours après l'intervention du chef de l'Etat, "on pourra se dire que les carottes sont un peu cuites".

"C'est une dynamique qu'il faut installer", renchérit un haut responsable du parti présidentiel, tandis que l'Elysée et des ministres promettent des "mesures fortes".

MEA CULPA ?

Mais toute une partie de la majorité s'inquiète en même temps de l'impact sur l'électorat d'annonces comme celle, probable, d'une hausse de TVA en contrepartie d'un allègement des cotisations sociales patronales.

"Avec une augmentation de trois ou quatre points de TVA, ce n'est pas la peine d'aller aux élections", met en garde un ministre. "Il ne faut pas confondre réflexion à long terme sur le financement de la protection sociale et décisions hâtives."

Un conseiller extérieur à l'équipe élyséenne assure que Nicolas Sarkozy va "promettre des choses faisables" et "montrer que sa seule obsession c'est la compétitivité économique".

Face à un François Hollande, qui s'est dépouillé de son costume d'amateur de bons mots pour endosser celui, plus strict, de présidentiable, le chef de l'Etat pourrait aussi avoir à coeur de tenter de corriger son image négative dans l'opinion.

Ebauchera-t-il le mea culpa que des membres de son entourage et du gouvernement le pousse à faire pour se donner une touche d'"humilité" et "d'humanité" ?

"Il faut défendre le bilan du quinquennat mais on ne peut le faire qu'en reconnaissant certaines erreurs", dit un ministre. "Le président de la République est prêt à faire oeuvre d'humilité et à reconnaître ses erreurs de comportement. Il faut aller plus loin."

"On a besoin d'un personnage à la Churchill qui dise : 'La France est en train de passer en deuxième division et je ne l'accepte pas'", ajoute- t-il. "C'est le seul rôle qui permettra à Nicolas Sarkozy de se faire réélire. Il faut qu'il se réinstalle dans le coeur des Français."

Edité par Patrick Vignal

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