[scald=109705:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

VESTRIC-ET-CANDIAC, Gard (Reuters) - C'est un petit bar-PMU de campagne sans autre attrait que son existence dans cette bourgade du Gard, dont les quelques clients paraissent deux fois plus âgés que le gérant en chemise blanche derrière son comptoir : le "Café de l'avenir".

"Tout un programme", glisse une sexagénaire aux cheveux courts teints en roux - une militante UMP venue d'un département voisin distribuer des tracts et "voir" son candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy.

Entre un déjeuner en plein air avec des agriculteurs de l'Hérault, près de Montpellier, et un meeting à Nîmes, c'est là, à Vestric-et-Candiac, que le chef de l'Etat sortant a donné rendez-vous au président de la Confédération nationale des buralistes, Pascal Montredon, et à quelques uns de ses collaborateurs.

Nicolas Sarkozy commande un verre d'eau et un café, loue le rôle de "service public" des 28.000 buralistes de France, jure de ne pas revenir sur la TVA réduite pour la restauration s'il est réélu mais maintient qu'il continuera à augmenter le prix du tabac parce que c'est "un problème de santé publique".

En échange, il promet de faire pression sur la Française des Jeux pour augmenter les marges des buralistes sur les loteries - "Je préfère que vous gagniez de l'argent là-dessus plutôt que sur le tabac" - mais aussi de lutter contre la contrebande, qui, à deux heures de l'Espagne, pèse sur leur chiffre d'affaires.

Pas vraiment l'endroit où l'on ressent le "mouvement de fond" qu'il dit déceler derrière des sondages plus favorables à son endroit, même s'ils prédisent toujours la victoire de son adversaire socialiste, François Hollande, le 6 mai.

Le président-candidat, cependant, y croit, tout en se gardant bien de fanfaronner comme il l'avait fait il y a cinq ans presque jour pour jour, à La Réunion. En campagne pour la présidentielle de 2007, il avait alors lancé à une foule de supporters : "Cette élection, je commence à bien la sentir".

DÉCISIF

"J'ai pris cinq ans de plus et je ne fais pas les mêmes erreurs", confie-t-il à des journalistes dans le petit bar bondé. "Rien n'est décisif avant le 6 mai. Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. J'ai toujours dit que c'était ouvert."

"Si vous voulez me dire que c'est mieux d'avoir pris dix points en cinq semaines plutôt que d'en avoir perdu dix, c'est incontestable. Mais ce n'est pas pour ça qu'on gagne."

Comme il l'a également confié cette semaine à Paris-Match, il n'en décèle pas moins une "dynamique" en sa faveur et estime qu'elle a commencé bien avant que l'affaire du tueur au scooter Mohamed Merah ne remette la sécurité au coeur de sa campagne.

"Ça se joue sur les émissions qu'on fait, sur les audiences, sur le nombre de gens dans les salles, sur la façon dont ils écoutent", dit-il. "Le sondage vient bien après. Les mouvements de fond, on les sent venir avant les sondages."

Nicolas Sarkozy ironise sur François Hollande, "un candidat excellent qui ne fait pas d'audience".

"Les gens ont l'esprit de sacrifice !" raille-t-il avant d'ajouter plus sérieusement, en s'inspirant du slogan du candidat socialiste : "Le changement c'est nous, puisque toutes les idées nouvelles viennent de nous !"

Il n'en reconnaît pas moins les avantages de sondages qui s'améliorent depuis plusieurs semaines, après un démarrage qui semblait lui promettre un désastre électoral. "Ça compte dans le sens que ça renforce l'unité d'une famille", souligne-t-il.

CAMPAGNE MAGIQUE OU DÉSASTREUSE

Le président-candidat, qui en est pratiquement à cinq meetings par semaine, lors desquels il cogne à bras raccourcis sur François Hollande et les socialistes, a promis de présenter la semaine prochaine un programme chiffré, reprenant les propositions qu'il a égrenées depuis la mi-février.

Mais il refuse de préciser quel jour et comment, pour maintenir le plus longtemps possible un effet de surprise dont il veut jouer depuis le début de sa campagne.

Raison invoquée : l'omniprésence des médias d'information continue - télévision, radio, internet. "La campagne a beaucoup changé par rapport à 2007", dit-il. "Toute idée dévoilée est une idée usée immédiatement. Une annonce faite maintenant, c'est déjà du réchauffé. Il faut intégrer cette nouveauté."

"Regardez le livre de M. Hollande : qui en parle ? Moi, on en parle et je ne l'ai pas fait !" ironise Nicolas Sarkozy, dont le projet de livre, pourtant très avancé, ne semble plus, pour le moment, d'actualité.

Mais ce que l'on retiendra surtout, ajoute-t-il, c'est sa victoire ou sa défaite : "Si je gagne, on dira que c'était une campagne magique, si je perds une campagne désastreuse."

Mais à la fin de son meeting de Nîmes, Nicolas Sarkozy écartera de nouveau les doutes.

"Vous êtes en train d'infliger un démenti extraordinaire à tous les pronostiqueurs, à tous les sondeurs, à tous les médias, à tous ceux qui nous disent 'cette élection, elle est faite'", a-t-il lancé à quelque 4.000 partisans survoltés.

Edité par Marine Pennetier

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