[scald=64413:sdl_editor_representation]par Yann Le Guernigou

BORDEAUX (Reuters) - Nicolas Sarkozy s'est érigé vendredi en protecteur du modèle social français et annoncé le lancement rapide d'un débat pour changer son mode de financement, sans attendre la présidentielle de 2012, pour qu'il repose moins sur la taxation du travail.

En déplacement à Bordeaux, le chef de l'Etat a estimé en outre que sa préservation passait par la lutte contre les fraudes sociales, qu'il a assimilées à du vol.

Il s'est abstenu néanmoins de toute annonce nouvelle sur le sujet, se contentant de confirmer le projet d'interconnexion des fichiers des différentes administrations qui doit permettre de faire échec à la fraude aux prestations.

Le gouvernement a déjà entériné mardi certaines mesures, comme l'ajout d'une journée de carence dans le privé pour les arrêts maladie et d'en instaurer une pour les fonctionnaires, qui n'y étaient pas soumis jusqu'à présent, au grand dam des organisations syndicales.

Evoquant le financement de la protection sociale, Nicolas Sarkozy a dit sa "certitude" que le statu quo du modèle actuel, fondé essentiellement sur des cotisations assises sur les salaires, n'était plus possible alors que l'économie française est pénalisée par le coût du travail.

"Il nous faut à présent ouvrir un débat serein", a-t-il indiqué en annonçant la création à ces fins d'un Haut Conseil du financement de la protection sociale qu'il souhaite voir mis en place avant la fin de l'année.

Il appartiendra cette instance, à laquelle les partenaires sociaux seront associés, de réfléchir "avec de la sérénité, du sérieux et de l'objectivité" à des questions comme l'élargissement des ressources de la sécurité sociale à d'autres impôts.

"Je lui demanderai de faire des propositions qui soient à la hauteur de l'ambition que je porte pour notre modèle social", a encore déclaré Nicolas Sarkozy.

SARKOZY DÉFEND SON BILAN

Même s'il n'est pas encore officiellement en campagne électorale, le président a longuement défendu son bilan en la matière, se présentant, face à ceux qui lui reprochent le contraire, comme le meilleur protecteur du modèle social issu du Conseil national de la Résistance (CNR) mis en place en 1945, "qui fait aujourd'hui partie de l'identité de la Nation".

Il est revenu ainsi à plusieurs reprises sur la réforme des retraites, qui a permis selon lui de sauver un "acquis social majeur" de ce modèle.

"Ceux qui ont trahi le Conseil national de la Résistance, ce sont ceux qui depuis des décennies ont refusé toute réforme par lâcheté politique ou par opportunisme", a-t-il dit.

Le président s'en est pris également aux sénateurs socialistes, coupables d'avoir fait voter à la chambre haute une progression de 3,8% de l'objectif de dépenses d'assurance maladie pour 2012, là où le gouvernement veut maintenant la limiter à 2,5%, "et de les payer par des augmentations d'impôts".

De même, il a qualifié d'irresponsables les signataires d'un manifeste récent "pour une santé égalitaire et solidaire" lancé par cinq professeurs de médecine et experts de santé, leur reprochant de vouloir "abandonner tout mécanisme de maîtrise des dépenses de santé et s'en remettre aux augmentations automatiques de cotisations".

"Je n'accepterai pas le mensonge, la dissimulation de la vérité sous prétexte qu'il y a des rendez-vous électoraux qui arrivent. C'est trop grave. Les Français choisiront, ils ont droit à la vérité, pas au mensonge", a-t-il dit.

Il a enfin vivement attaqué la fraude sociale, dans laquelle il voit "la plus terrible et la plus insidieuse trahison de l'esprit de 1945".

Sous l'impulsion de la Droite sociale, l'aile sécuritaire de l'UMP, le gouvernement est passé depuis la rentrée à la vitesse supérieure dans la lutte contre cette fraude, dont le coût a été estimé dans un rapport publié cette année à environ 20 milliards d'euros.

Sur ce total, de deux à trois milliards proviendraient de prestations indûment perçues.

"Nous devons être sans indulgence contre les tricheurs et les fraudeurs", a déclaré le chef de l'Etat. "Frauder, je veux dire voler la Sécurité sociale (...) c'est voler chacun et chacune d'entre nous , chacun et chacune d'entre vous", a-t-il dit.

Edité par Yves Clarisse

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