Le Rassemblement national caracole en tête en région Paca selon les sondages, l'abstention pourrait être historique et les écologistes espèrent remporter les Pays de la Loire.

Dans un bureau de vote à Perpignan le 15 juin 2020.
Dans un bureau de vote à Perpignan le 15 juin 2020. © AFP / Jean-Christophe Milhet

155 listes déposées dans 13 régions. Près de 48 millions de Français appelés aux urnes ce dimanche 20 juin pour le premier tour des élections régionales. Les sondages laissent entrevoir une très forte abstention. La moitié des électeurs attendus ne compte pas voter. Depuis le début de la campagne, France Inter décrypte les forces en présence, les thèmes de campagne région par région. Voici les sept grand enjeux de cette élection, à avoir en tête dimanche soir au moment des résultats.

Le Rassemblement National va-t-il remporter une région ? 

La parti de Marine Le Pen est en tête des sondages au premier tour dans six des treize régions en jeu. A moins d'un an de l'élection présidentielle, le RN affiche ses ambitions et compte bien en remporter au moins une à l'issue du second tour le 27 juin. Ce serait une première. Gagner pour se lancer dans la bataille de l’Élysée. C'est en Provence-Alpes-Côte-d'Azur où les plus grands espoirs subsistent. La région est un laboratoire pour la RN, et Marine Le Pen clame : 

Ce que Thierry Mariani fait dans la région, c'est ce que je souhaite faire à l'élection présidentielle.

Ancien élu de droite, l'eurodéputé Thierry Mariani est en tête des intentions de vote au premier et au second tour. Pourtant, son principal adversaire, le président sortant LR Renaud Muselier s'est allié avec La République en marche. Les deux candidats s'invectivent, l'animosité est forte. En 2015, Christian Estrosi avait retourné la situation pour l'emporter, malgré ses 14 points de retard face à Marion Maréchal Le Pen après le premier tour. 

Une autre région est convoitée haut et fort par le RN : la Bourgogne-Franche-Comté. Lors d'un déplacement fin mai à Chalon-sur-Saône, Marine Le Pen affichait ses ambitions. Elle estime qu'elle fait partie du "top 3 de régions gagnables". La tête de liste, Julien Odoul, 36 ans, est loin devant dans les sondages au premier tour, devant le candidat de droite Gilles Platret et l'actuelle présidente PS Marie-Guite Dufay. Mais ses réserves de voix sont maigres. Seule une quadrangulaire (avec le maintien du candidat LREM) permettrait à Julien Odoul de remporter la région. Déjà en 2015 le RN n'était pas passé loin. 

La troisième région dont le RN rêve : les Hauts-de-France. Mais une victoire dans le fief électoral de Marine Le Pen, ancien bastion de la gauche, semble moins probable qu'en 2015. La patronne du RN avait remporté 41% des suffrages au premier tour. L'affaire semblait pliée, mais le "front républicain" avait permis l'élection de Xavier Bertrand. Cette année, les sondages sont moins reluisants pour Sébastien Chenu, il est crédité selon l'Institut Ipsos de 32% des voix au premier tour. 

Si le RN est attendu en première position dimanche soir en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine, en Bretagne, c'est du Grand-Est et de Centre-Val-de-Loire que la surprise peut venir. Il y a du brouillard sur ces deux régions tant les sondages sont incertains. Dans la première, le RN Laurent Jacobelli, 51 ans, est un ancien cadre chez TF1. "L'éternel parachuté" comme le décrit Libération, s'était déjà présenté en 2015, sous la bannière de Debout la France. Dans la deuxième, Aleksandar Nikolic, 34 ans, figure montante du parti, a émergé dans cette campagne.

Une victoire de Xavier Bertrand pour bondir vers l'Elysée ? 

L'ancien ministre de la santé conditionne son avenir politique aux résultats de ce scrutin. "Si je perds, ce sera terminé de ma vie politique" affirmait début avril Xavier Bertrand

Si (...) je n'ai pas leur confiance, je ne peux pas aller solliciter la confiance de 67 millions de français.

Le fauteuil de président de la région Haut-de-France semble désormais trop petit pour celui qui affiche ses ambitions présidentielles. Ce scrutin, c'est un peu sa primaire : il veut montrer à ses futurs adversaires à quel point il est plébiscité. Bien que talonné par le RN, les sondages peuvent le rassurer. Preuve que l'Elysée regarde de près les faits et gestes de Xavier Bertrand et compte bien lui mettre des bâtons dans les roues, cinq ministres figurent sur la liste LREM. La tête de liste, Laurent Pietraszewski, le secrétaire d'Etat chargé des Retraites, est épaulé par le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti ou encore par le ministre chargé des PME Alain Griset. 

La droite peut-elle perdre des régions ? 

Une victoire pour se lancer dans l'arène de la présidentielle. Xavier Bertrand n'est pas le seul à en rêver. Deux autres présidents sortants de droite font figure de potentiel candidat : Valérie Pécresse en Ile-de-France, et Laurent Wauquiez, en Auvergne-Rhône-Alpes. Tout les deux ont été élus en 2015, et tout les deux caracolent en tête dans les sondages, loin devant les candidats RN et LREM. Ils sont ambitieux, encore discrets sur 2022, mais cherchent avec cette élection une manière de se légitimer. La joute n'a pas encore vraiment commencé, mais chacun place ses pions, laisse parler leurs proches. Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez ne sont pas les seules cartes pour LR. Sept régions étaient coloriés en bleu en décembre 2015. En Normandie, le centriste Hervé Morin, soutenu par la droite, ne semble pas s'inquiéter pour sa réélection. En revanche, dans les Pays de la Loire et dans le Grand-Est, Christelle Morançais et Jean Rottner vacillent.  

Cinq régions en rose depuis 2015, mais combien le 27 juin ? 

Après la désillusion à la présidentielle, aux législatives, et aux municipales, le Parti socialiste va-t-il de nouveau perdre des bijoux de famille ? En Centre-Val-de-Loire et en Bourgogne-Franche-Comté, tout reste à jouer. Mais dans trois autres régions, l'Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne, les président sortants sont en bonne position pour une réélection. Carole Delga, Alain Rousset et Loïg Chesnais-Girard compte sur les voix de La France insoumise, des écologistes et des communistes pour s'imposer. 

Dans les Hauts-de-France, c'est l'exception. Toute la gauche s'est rassemblée derrière la Verte Karima Delli : EELV, PS, LFI, PCF. Elle recueillerait 17% des suffrages, loin derrière le RN et Xavier Bertrand. Ailleurs, la gauche s'est divisée. L'exemple le plus criant est en Ile-de-France. La France insoumise, Europe-Ecologie-Les-Verts, le Parti socialiste et Lutte ouvrière présentent chacun un candidat. C'est le cas également en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie ou encore en Auvergne-Rhône-Alpes. En toile de fond se joue le rapport de force pour la prochaine présidentielle. Quel parti portera l'étendard de la gauche en 2022 ?  

Les ministres de La République en marche peuvent-ils s'imposer ?

Ils sont quatre à mener campagne avec la casquette de tête de liste. L'unique chance pour le gouvernement de ne pas repartir bredouille de ce scrutin s'appelle Marc Fesneau, le discret ministre MoDem des Relations avec le Parlement. 

"Il est solide et fiable, agile et loyal, discret, capable d'anticiper" 

Voilà les mots élogieux écrits par l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et Gilles Boyer dans un livre. Pour l'instant, les sondages placent l'ancien maire de Marchenoir (Loir-et-Cher, 670 habitants) en seconde place au premier tour, devant le président sortant socialiste François Bonneau. Comme Marc Fesnau, Geneviève Darrieussecq est issu des rangs du MoDem. La ministre déléguée chargée de la mémoire et des anciens combattants arrive en troisième position dans les sondages. L'ancienne maire de Mont-de-Marsan, proche de François Bayrou, aura du mal à détrôner le socialiste Alain Rousset. 

Ailleurs, LREM patine, comme dans les Hauts-de-France, où quatre ministres ont été envoyés en renfort pour soutenir Laurent Pietraszewski. Le secrétaire d'Etat chargé des retraites et de la santé au travail, peu connu du grand public, a eu du mal à lancer sa campagne. Il aura fallu la venue notamment d'Eric Dupond-Moretti pour attirer l'attention médiatique. Dans les sondages, le candidat LREM dépassent de justesse les 10%, le minimum pour se qualifier au second tour.  

Dans le Grand-Est, c'est la ministre déléguée à l'Insertion qui porte la voix de la Macronie. Pourtant, elle se présente sous une liste "sans étiquette". Brigitte Klinkert n'est pas inconnue dans la région : première femme conseillère générale du Haut-Rhin, elle en prendra la présidence en 2017. Sa candidature siphonne des voix du président sortant LR Jean Rottner. Avec ses 14% d'intention de vote, elle peut se maintenir au second tour. Ce choix pourrait faire gagner le Rassemblement national. Jusqu'où ira le "front républicain" ? A défaut de remporter une ou plusieurs régions, LREM se rêve en faiseur de roi et ira chercher des alliances. A priori, tous les candidats de la majorité sont en mesure d'aller au second tour. Par exemple, La République en marche n'exclut par de soutenir la socialiste Marie-Guite Dufay en Bourgogne-Franche-Comté, pour l'aider à contrer le RN.

Une première région écolo ? 

Après le raz-de-marée des élections municipales et la victoire à Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Besançon, Tours ou encore Poitiers en 2020, les Verts peuvent-ils reproduire un tel exploit ? L'espoir repose sur une région : les Pays de la Loire, avec sa tête de liste Mathieu Orphelin. L'écologiste et ancien député marcheur de 48 ans croit en une victoire. La présidente sortante Christelle Morançais le dépeint comme "candidat de Jean-Luc Mélenchon" à cause de quelques élus de La France insoumise sur sa liste. Mais la critique glisse sur lui. 

Seul accroc, une alliance entre la candidate LR et La République en marche de François de Rugy pourrait remettre en cause l'ascension de l'écologiste, originaire de Saint-Nazaire. Mais la dynamique des européennes et des régionales semble ralentie, mise à part Mathieu Orphelin, les candidats verts partis en solo sont crédités entre 8% à 12% des intentions de vote.  

L'abstention à un niveau historique ? 

Le sondage publié par l'institut Ipsos parle de lui-même. Au premier tour, l'abstention pourrait atteindre près de 60%. Au moins 39% des électeurs comptent voter. En 2015, moins de la moitié des électeurs s'étaient déplacés dans les bureaux de vote. L'abstention était encore plus importante en 2010 (53,7%). Selon Ipsos, 77% des moins de 35 ans comptent s'abstenir. Mais quelles sont les raisons de cette grève des urnes ? La crise sanitaire pourrait rebuter. A l'inverse, l'approche des vacances d'été, la fin du port du masque et le beau temps incitent plus à partir en week-end et à se promener qu'à voter. La campagne électorale a été rapide, difficile pour les candidats d'aller rencontrer les électeurs dans ces vastes régions.

Cette élection peut désintéresser les électeurs, car ils ne connaissent pas le rôle, les responsabilités de la région, comme le disait un habitant de la Nièvre, sur France Inter, ce 17 juin. Dans le journal Les Echos, le vie-président d'Opinion Way Bruno Jeanbart donne son analyse : "Le décrochage est de plus en plus fort entre l'offre politique et les Français. Beaucoup n'y retrouvent pas quelque chose qui leur donne envier d'aller, notamment à gauche." Enfin, lorsque l'abstention est forte, ce sont bien souvent les "extrêmes" qui en bénéficient. Leurs électeurs sont plus prompts à aller mettre un bulletin dans l'urne.

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