Le Premier ministre Edouard Philippe est réélu au Havre avec 59% des voix. Louis Aliot offre Perpignan au RN. Anne Hidalgo est facilement réélue. Et on assiste à une poussée écologiste spectaculaire dans toute le pays : Bordeaux, Lyon ou Strasbourg, entre autres, basculent en vert. A Lille, Martine Aubry est réélue.

Un départ, un maintien, une arrivée pour ces municipales 2020
Un départ, un maintien, une arrivée pour ces municipales 2020 © AFP / Sameer Al-DOUMY / Raymond ROIG / SYLVAIN LEFEVRE / Hans Lucas

Edouard Philippe sauve (pour l’instant) son siège à Matignon. Le Premier ministre Edouard Philippe est réélu haut la main au Havre devant le communiste Jean-Paul Lecoq. Cette élection du Premier ministre est un "signal très positif", a déclaré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur France 2, elle a cependant fait part de la "déception" de la majorité, qui a enregistré des scores parfois "extrêmement décevants" en raison de ses "divisions".

Le fait politique de cette soirée est niché dans la liste impressionnante des villes enlevées, selon nos estimations, par les candidats écologistes : Marseille, Lyon, Bordeaux, Besançon, Poitiers, Strasbourg et Tours. Et encore, EELV rate Lille de quelques voix, laissant la mairie à la socialiste Martine Aubry. A l’autre bout de la France, l’atmosphère est tout autre à Perpignan où Louis Aliot l'emporte, offrant au RN une ville de plus de 100 000 habitants. 

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Edouard Philippe conforté

Au Havre, Edouard Philippe l'emporte facilement, avec 58,83% des voix. Le Premier ministre va rencontrer le président Emmanuel Macron dès lundi matin. Sera-t-il à la tête du gouvernement remanié qui devrait être annoncé dans les jours qui viennent ? "Les résultats sont nets", a déclaré Edouard Philippe, peu après 20h. "C'est à la fois un acte de confiance et une responsabilité exceptionnelle qu'il faut prendre très au sérieux, et que nous allons tous prendre au sérieux".

Une poussée écologiste spectaculaire

La liste des grandes villes gagnées par les écologistes est longue. A Lyon, selon nos estimations, le candidat EELV, allié avec le PS, le PCF et LFI, Grégory Doucet, est largement en tête avec 52,4% loin devant Yann Cucherat (DVC-LR) avec 30,8% et Georges Képénékian avec 16,8%, selon les dernières estimations. A Marseille la candidate EELV Michèle Rubirola, à la tête d'une coalition de gauche, arrive largement en tête à Marseille devant la candidate LR Martine Vassal, selon les estimations des instituts.

Bordeaux, qui pour la première fois depuis plus de 70 ans ne sera pas dirigée par un maire de droite installe l'écologiste Pierre Hurmic, allié avec le PS et le PCF, à sa tête. Il l'emporte avec 46,8% des voix d'après nos estimations en fin de soirée, devant le maire sortant LR Nicolas Florian, qui avait pourtant reçu le soutien de LREM entre les deux tours, avec 43,2%. Philippe Poutou arrive en troisième position avec 10%. 

L'écologiste Anne Vignot remporte Besançon, où la gauche rassemblée réunit 43,83% des voix selon les résultats définitifs, devant le candidat LR qui obtient 41,61% des voix. Le candidat LREM-MoDEM arrive loin derrière avec 14,55%. 

A Poitiers, la candidate EELV Léonore Moncond'huy a revendiqué sa victoire. Les résultats définitifs communiqués par le ministère de l'Intérieur lui donnent 42,83% des voix. Le maire sortant, Alain Clays (PS), a reconnu sa défaite. A Tours également, le candidat écologiste Emmanuel Denis a revendiqué sa victoire. L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réagi à ces premières victoires, saluant "une espérance autour d'un beau projet" écologiste lors des élections municipales. Invité sur TF1, il a déclaré : 

"Ce qui a gagné ce soir, me semble-t-il, c'est la volonté d'une écologie concrète, d'une écologie en action"

A Strasbourg, l'une des villes où LREM espérait l'emporter au terme d'une fusion avec la liste LR, le candidat Alain Fontanel est pourtant devancé par la candidate EELV-PCF Jeanne Barseghian avec 42% arrivée en tête. Alors que le parti présidentiel, La République en Marche, n'a pour l'heure pas remporté de grande ville, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a quant à elle affirmé sur France 2 : 

"Ce soir nous éprouvons une déception, car il y a des endroits, comme Lyon, où notre propre division interne nous a conduits à des scores extrêmement décevants".

Anne Hidalgo l'emporte haut la main, Aubry de quelques centaines de voix

A Paris, sans grande surprise, Anne Hidalgo emporte la mairie ; mais sa victoire, selon les premières estimations, est plus large qu'attendu : 48,7%, contre 33,8% pour les listes portées par Rachida Dati (LR) et 13,3% pour celles soutenues par Agnès Buzyn et LREM. "Vous avez choisi l'espoir, vous avez choisi le rassemblement, vous avez choisi (...) une ville plus solidaire qui ne laisse personne sur le bord du chemin", a-t-elle déclaré sur le parvis de l'Hôtel de ville, pour fêter sa victoire. 

A Perpignan, la victoire est acquise pour le candidat RN Louis Aliot, avec entre 53,09%  des voix selon les Ipsos/Sopra Steria, devant le candidat LR Jean-Marc Pujol avec 46,9%. Perpignan, chef-lieu des Pyrénées-Orientales, devient ainsi la plus grande ville gérée par un élu RN. 

A Lille, la soirée électorale a été très tendue pour la maire sortante Martine Aubry, en poste depuis 2001 : les résultats définitifs la donnent gagnante, avec seulement 227 voix d'avance. En début de soirée, les premières estimations la donnaient pourtant détrônée par le candidat écologiste Stéphane Baly.

Les résultats dans d'autres villes grandes et moyennes

  • Toulouse : le maire sortant, Jean-Luc Moudenc (LR, allié avec LREM), l'emporte avec 51,6% selon les dernières estimations, devant l'écologiste Antoine Maurice (EELV-LFI-PS-PCF) avec 48,4%.
  • Montpellier : dans un second tour dont la droite était exclue, le candidat du PS (rejoint par le PCF et EELV) Michaël Delafosse l'emporte avec 47%, devant le maire sortant Philippe Saurel (DVG) avec 34,5%. L'homme d'affaires Mohed Altrad arrive en troisième place avec 18,5%, selon les estimations, dimanche soir. 
  • Nancy : selon les estimations, le candidat de la gauche (PS-PCF-EELV) Mathieu Klein l'emporte avec 54,53% devant le maire sortant, le Radical Laurent Hénart allié avec LREM et le MoDEM, avec 45,46%.
  • Nice : Le maire sortant Christian Estrosi a revendiqué sa victoire. Selon lui, la liste qu'il a conduite a obtenu 59,3% des suffrages exprimés, suivi par la liste écologistes à 19,4% et celle du Rassemblement national avec 21,3%. Mais la participation est très faible, avec 27,8%.
  • Bastia : Pierre Savelli, membre du parti autonomiste Femu a Corsica est réélu avec 49,37% des voix, selon des résultats définitifs. 
  • Arles : selon les premières estimations données par France 3, l'ancien président de France Télévisions, Patrick de Carolis, est arrivé en tête du second tour avec 57,22% des voix. 
  • Mulhouse : La maire sortante LR, Michèle Lutz, est réélue avec 38,6% des voix devant le candidat écologiste Loïc Minery (27,22%) au terme d'une quadrangulaire dans cette ville très durement frappée par l'épidémie de Covid-19. L'abstention y a atteint un taux dépassant les 75%. 

Une situation sanitaire inédite

Sur un peu moins de 35 000 communes françaises, 30 143 ont déjà vu leur conseil municipal réélu à l'issue du premier tour. Il reste donc environ 15% des communes pour lesquelles la situation se joue lors de ce second tour ; mais de nombreuses grandes villes étant concernées, au total 16 millions d'électeurs et d'électrices (39% du corps électoral). 

Mais la situation de ce second tour est inédite : le premier tour de scrutin a eu lieu le 15 mars, soit deux jours avant l'annonce du confinement par le gouvernement. Il s'est donc écoulé plus de trois mois entre les deux tours de l'élection, dont le report au 28 juin n'a été confirmé que tardivement, après que les autorités ont estimé que le vote pouvait se dérouler dans des conditions sanitaires garantissant la sécurité des électeurs et des assesseurs. Seules sept communes de Guyane, où l'épidémie est encore active, voient leur second tour encore reporté.

L'enjeu de la participation

Selon les estimations Ipsos/Sopra Steria, pour les villes où le second tour a eu lieu, la participation est estimée à seulement 41%, soit encore moins que la participation du 1er tour, qui s'était ainsi élevée à 44,6%, une baisse de près de vingt points par rapport à 2014 (63,5%). Deux jours avant le confinement, au début de la crise du Covid-19 une partie des électeurs avaient appelé à ne pas se rendre dans les bureaux de vote dans un contexte d'incertitude sanitaire. 

Pour pallier le risque qu'une telle situation se reproduise, les règles du vote par procuration avaient été étendues : chaque personne qui se rend dans un bureau de vote peut détenir deux procurations, et les personnes qui ne peuvent pas se déplacer en raison du Covid-19 peuvent demander à ce que leur procuration soit collectée à domicile par la police ou la gendarmerie. Des mesures qui n'ont apparemment pas suffi à favoriser la participation pour ce deuxième tour.

Quelle progression pour EELV et le RN ?

Pour l'heure, Grenoble est la seule ville de plus de 100 000 habitants à avoir un maire écologiste. A l'issue du premier tour, EELV espère pouvoir conquérir d'autres grandes villes – même si le jeu des alliances lui est défavorable dans des villes où les résultats du premier tour étaient pourtant bons, comme Bordeaux, Lyon ou Strasbourg.

Enfin, le RN espère consolider son ancrage dans les villes où il était installé : une mission en partie accomplie au premier tour, plusieurs maires RN ayant été renouvelés, comme David Rachline à Fréjus ou Steeve Briois à Hénin-Beaumont. Le principal lieu de bataille pour le parti de Marine Le Pen pour ce second tour sera Perpignan, où Louis Aliot est arrivé largement en tête au premier tour (35,6%, le candidat LR Jean-Marc Pujol à 18%), mais doit faire face au retrait des deux autres candidats maintenus au second tour. 

Un second tour avant un remaniement ?

Avec plusieurs ministres ou secrétaires d'État candidats (après l'élection de deux ministres au premier tour, Gérald Darmanin à Tourcoing et Franck Riester à Coulommiers), l'élection prend aussi des airs de test pour le gouvernement. Les résultats d'Edouard Philippe, mis en ballotage favorable au Havre face au communiste Jean-Paul Lecoq, seront notamment scrutés de près alors que les observateurs politiques prévoient un remaniement dans les jours à venir. Une défaite d'Édouard Philippe pourrait lui coûter son poste. 

Pour La République en marche, l'enjeu est aussi de sauver les meubles après de nombreux premiers tours qui lui ont été défavorables. Si à Paris la victoire d'Agnès Buzyn semble inatteignable pour le parti présidentiel, le jeu des alliances, majoritairement à droite (dans 76 villes, dont à Lyon où Gérard Collomb s'est retiré au profit du candidat LR, ou Bordeaux ou Strasboug), parfois à gauche (dans 33 villes), pourrait aider LREM à maintenir un ancrage local dans les conseils municipaux de villes moyennes et grandes. 

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