Le site du barrage de Sivens
Le site du barrage de Sivens © MaxPPP

Déminer le dossier ! C'est l'objectif de Ségolène Royal. La ministre de l'Écologie réunit mardi en fin d'après-midi défenseurs de l'environnement, représentants des agriculteurs, élus locaux et experts.

Une affaire hautement politique

Le projet a été suspendu pour une durée indéterminée après la mort il y a neuf jours de Rémi Fraisse, un jeune manifestant écologiste tué par une grenade lancée par les gendarmes. Ségolène Royal a affirmé que la décision appartiendrait au conseil général du Tarn et non à l'Etat :

Ma responsabilité est de trouver des solutions, l'objectif de cette réunion c'est de trouver des solutions. Ceux qui pensent qu'on peut faire les choses en tout ou rien se trompent. Nous allons examiner toutes les solutions alternatives. Au service de l'intérêt général, je vais tenter de rapprocher des points de vue très divergents

Le barrage de Sivens est devenu une affaire hautement politique, au même titre que le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, et un compromis pourrait être recherché autour d'un projet alternatif. À son arrivée au ministère, le président de la Chambre régionale d'agriculture de Midi-Pyréenées, Jean-Louis Cazaubon, a salué cette position : "Ce qu'a dit Madame Royal ce matin, ça me convient. On n'est pas dans le tout ou rien", a-t-il dit. "On est prêt à construire ensemble, par exemple à partager l'eau" avec d'autres secteurs.

Les écologistes, eux, réclament l'abandon pur et simple du barrage, destiné à retenir 1,5 million de mètres cubes d'eau, soulignant que cette retenue viendrait détruire 13 hectares de "zones humides" qui abritent "un réservoir de biodiversité". "Abandonner le barrage est une question de bon sens", affirme mardi dans le Parisien Nicolas Hulot, conseiller de François Hollande pour la protection de l'environnement.

À l'Assemblée nationale mardi après-midi, Ségolène Royal a affirmé ne pas vouloir céder à la pression de la rue.

Les débats entre socialistes et écologistes ont été houleux

Réduire le projet ?

Nicolas Hulot :

Je pense qu'il y a des agriculteurs qui avaient besoin de ces réserves d'eau, mais ce que disent un certain nombre d'expertises, c'est qu'on n'a pas exploré d'autres alternatives. Ce sur quoi tout le monde est d'accord, c'est que le projet est démesuré.

Le député Vert Noël Mamère doute pour sa part de la légalité du projet, en plus d'être "une aberration écologique et un fiasco politique". "Il n'est pas légal, il y a un vice originel. Les experts sont les mêmes qui ont construit le barrage, une société d'économie mixte [... qui a fait l'étude et réalisé le barrage."

Les élus du conseil général du Tarn jugent cet ouvrage de 8,4 millions d'euros indispensable pour irriguer les terres agricoles et assurent qu'une autre zone humide sera recréée non loin. Le chantier bénéficie de fonds structurels européens et de subventions de la part de l'agence de l'eau Adour-Garonne. Le député PS du Tarn, Jacques Valax, a menacé de démissionner de son mandat de conseiller général si le barrage n'était pas construit. "Cette réunion au ministère de l'Ecologie n'est pas nécessaire", a déclaré l'élu, qui n'y participait pas, répétant que le rapport commandé par Ségolène Royal était une "erreur".

Les experts estiment que les besoins en retenue d'eau ont été surestimés et que l'étude d'impact a été de "qualité moyenne". Les experts ne remettent pas en cause le projet, jugeant qu'il est trop avancé pour l'annuler, mais préconisent de réduire le volume d'eau destiné à l'irrigation classique pour le reporter sur d'autres usages.

Sivens : vers un compromis ?
Sivens : vers un compromis ? © Radio France
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