Battus dès le premier tour, les partis de gauche doivent se remettre en ordre de marche en vue des législatives.

Hamon et Mélenchon sont chacun soumis aux divergences au sein de leur propre camp.
Hamon et Mélenchon sont chacun soumis aux divergences au sein de leur propre camp. © Maxppp / Alexandre MARCHI

Mélenchon aux prises avec les communistes, ses alliés, Hamon taclé par le Parti socialiste, son propre mouvement... les deux principaux candidats de gauche à l'élection présidentielle de 2017 sont chacun au cœur de la tourmente au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron.

Les ténors socialistes, qui, depuis le début de la campagne, affichent un soutien modéré au candidat élu à la primaire, sont désormais au pied du mur avec la victoire du candidat d'En marche. Il leur faut faire un choix pour la suite à savoir les législatives.

Pour l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la décision est prise de "s'inscrire dans la majorité présidentielle", comme il l'a expliqué à nos confrères de France Bleu Loire Océan. L'actuel ministre des Affaires étrangères n'est pas le seul a se ranger derrière Macron plutôt que derrière la ligne de Benoît Hamon, le candidat PS qui n'a recueilli que 6,3 % de suffrages au premier tour de la présidentielle.

Juste après la défaite du candidat socialiste, Manuel Valls avait estimé que le Parti socialiste était en phase de décomposition, que cette période était "la fin d'une histoire", et avait appelé "à bâtir une majorité présidentielle large et cohérente à l'assemblée autour de Macron".

Jean-marie Le Guen, l'un des leaders de la "droite" du PS, a lui aussi estimé qu'il fallait rejoindre la majorité présidentielle : "Je ne suis pas de ceux qui vont aller dans l'opposition", a expliqué le secrétaire d'Etat en charge de la Francophonie.

De son côté, Benoît Hamon, après avoir félicité Emmanuel Macron, a clairement affiché son opposition au programme du candidat d'En marche :

"Si 63% des Français ont voté pour Emmanuel Macron, cette majorité n'existe pas pour démanteler le Code du travail par ordonnance. Elle n'existe pas pour augmenter la CSG et supprimer l'Impôt de solidarité sur la fortune. Elle n'existe pas pour diminuer le nombre de fonctionnaires et laisser disparaître les services publics, dégrader l'hôpital et les écoles. Elle n'existe pas pour approuver les traités de libre-échange", explique le candidat socialiste dans un long texte publié sur son compte Facebook et relayé des milliers de fois. Benoît Hamon appelle la gauche, du Parti communiste aux Verts en passant par les militants de Jean-Luc Mélenchon, au rassemblement pour remporter les élections législatives.

Guerre ouverte en perspective

Cette opposition évidente au sein même du Parti socialiste fait craindre une guerre ouverte au sein du parti alors que les législatives s'annoncent déjà compliquées étant donné l'arrivée des candidats En marche et La France insoumise dans toutes les circonscriptions.

Avant la réunion qui doit se dérouler ce mardi, nul ne sait ce que la direction du PS va décider de faire concernant les candidats socialistes qui se présenteront sous l'étiquette En marche. Seront-ils financés par le PS ou exclus du parti ? Pour le moment, Jean-Christophe Cambadélis reste flou.

La tête de Manuel Valls

Mais En Marche a déjà fait savoir en fin de semaine qu’il n’y aurait finalement pas de problème à voir à concourir sous une double étiquette « PS En marche » afin d’assurer au Président une majorité à l’Assemblée. Aubrystes et Hamonistes y sont totalement opposés et comptent bien mardi demander au patron du PS de clarifier les choses.

La tête de Manuel Valls notamment devrait être symboliquement demandée. Peu de chances qu’elle leur soit accordée. Quand on regarde d’ailleurs la nouvelle plateforme législative du PS qui a fuité en fin de semaine, exit le revenu universel, le 49.3 citoyen, le burn out, la fin du nucléaire ou du diesel d'ici 2025...Tout le programme du candidat Hamon est retoqué et des propositions d’En Marche intégrées.

Mais le Ps ne va pas mourir demain. Il est trop tôt vu l’enjeu financier de ces législatives comme l'a rappelé le député René Dosière à Marianne : "Pour les législatives, le système de financement des partis politiques est très incitatif (…) Aujourd'hui, si un parti arrive à présenter au moins 50 candidats qui obtiennent au moins 1% des voix, chaque voix supplémentaire lui rapporte 7 euros. On comprend alors mieux le motif de cette multiplication des candidats. L'actualité nous en donne un bon exemple avec l'accord entre le PS et EELV (…), c'est vital pour EELV".

Il y a fort à parier que ça va se finir en tout le monde derrière Macron à la droite du PS, gueule de bois à sa gauche et un bon congrès à l'automne pour tout faire exploser.

Les écolos hésitants

Les écologistes sont certes moins divisés mais il n'en sont pas moins hésitants. Le candidat Europe Ecologie Les Verts élu à la primaire du mouvement, Yannick Jadot, avait renoncé à la présidentielle au profit de Benoît Hamon. Le PS et EELV ont signé un accord programmatique en vue des législatives.

Mais pour le moment, le détail des candidatures n'est pas connu, même si l'ont sait que 40 circonscriptions seront "réservées aux écologistes" – autrement dit, aucun candidat socialiste ne devait s'y présenter contre les candidats écologistes.

Mélenchon brigue le leadership

Très vite, dimanche soir, le candidat de la France insoumise a pris la parole pour appeler à la "mobilisation" contre Macron qu'il a qualifié de "nouveau monarque présidentiel". Le leader de La France insoumise se pose ainsi en principal opposant du nouveau président. Pour le moment, le Parti communiste et les "Insoumis" n'ont pas encore trouvé d'accord sur les circonscriptions dans lesquelles les candidats des uns se retireront au profit des autres.

Fort de son score au premier tour avec plus de 19 % des voix, Jean-Luc Mélenchon veut mener la bataille aux législatives au profit de son mouvement et ne laissera sans doute que peu de latitude au PS et au PC.

Laurence Peuron analyse pour France inter cette situation inédite à gauche avec le troisième tour social lancé par la France insoumise, la guerre interne au PS et finalement les enjeux pour les législatives :

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