Au Parlement européen, mercredi, l’eurodéputé Yannick Jadot a réclamé publiquement une minute de silence, mais le président de l’hémicycle l’a recadré. Ce dernier, David Sassoli, a répondu qu'un hommage avait déjà été rendu la veille mais a toutefois accepté que le moment de silence soit observé par les eurodéputés.

Yannick Jadot, le 27 novembre au Parlement européen de Strasbourg.
Yannick Jadot, le 27 novembre au Parlement européen de Strasbourg. © Capture d'écran / Europarl TV

C’est une affaire qui fait du bruit, dans les couloirs du Parlement européen. Mercredi, l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot a réclamé à ses collègues du Parlement européen d'observer une minute de silence, en mémoire des 13 soldats français tués au Mali, dans la collision entre deux hélicoptères de l'armée française. Cette prise de parole spontanée, comme il y en a très régulièrement dans l'hémicycle, intervenait alors que les élus s’apprêtaient à approuver le bureau de la nouvelle Commission européenne.

"Chers collègues, il y a deux jours 13 militaires français ont trouvé la mort dans une opération de lutte contre le terrorisme et ce Parlement n'a pas eu l'occasion d'honorer leur sacrifice par une minute de silence, donc je vous propose d'avoir une minute de silence et que tous nos collègues se lèvent pour nos soldats qui se sont sacrifiés au Mali", lance Yannick Jadot. 

"Peut-être étiez-vous distrait, peut-être étiez vous absent ?"

Tandis qu'une partie des eurodéputés présents dans l'hémicycle strasbourgeois se lèvent, en réponse à l'appel de l'écologiste, le président du Parlement européen, David Sassoli, s'adresse à l'eurodéputé français. Plutôt sèchement. "Un moment, un moment", commence-t-il. "Monsieur Jadot, vous n'étiez peut-être pas là hier dans l'hémicycle mais nous avons salué la mémoire de ces militaires tombés au Mali. Peut-être étiez-vous distrait, peut-être étiez vous absent ? Mais notre assemblée a déjà rendu hommage à ces militaires tombés au Mali", recadre M. Sassoli.

Selon l’équipe de M. Jadot, qui s’explique dans une longue série de tweets et que nous avons eu au téléphone, l’eurodéputé a pris la parole mercredi en ce sens pour contrer le “refus” de la présidence du Parlement d’observer une minute de silence et ainsi imposer ce moment à l’assemblée. 

François-Xavier Bellamy à l'origine de la demande

D’après les informations recueillies par France Inter auprès des différentes formations, c’est François-Xavier Bellamy, élu du groupe PPE, qui avait contacté le premier ses collègues français au sein des autres groupes politiques du parlement pour réclamer la tenue d’une minute de silence. Voyant que sa demande n’avait pas été entendue et n’aboutirait pas, l’eurodéputé de droite a préféré organiser un hommage mercredi midi dans les couloirs du Parlement, comme l’indique cette photo, postée sur son compte Twitter

Le président du Parlement européen avait en effet effectué une simple prise de parole la veille, s’exprimant en français face à l'hémicycle, sans appeler à une minute de silence : "Nous avons appris avec tristesse le décès de 13 militaires français au Mali lors d'un accident d'hélicoptères, engagés dans la lutte contre le terrorisme ; un défi qui nous uni. Nos pensées vont aux victimes, leurs familles et amis, ainsi qu'à tout le peuple français", avait-il déclaré, après avoir également rendu hommage aux victimes du séisme en Albanie, qui a fait 46 morts. 

Yannick Jadot était bien présent, selon son entourage, à la plénière de mardi. Et c’est pour contraindre David Sassoli à faire observer cette minute de silence que l’eurodéputé Yannick Jadot aurait donc pris la parole le lendemain. 

"Pas très élégant"

"Pas joli de récupérer sur un tel sujet", a toutefois reproché Sylvie Guillaume, à propos de l'initiative de Yannick Jadot. Ce dernier a d'ailleurs tweeté la séquence sur son compte, en prenant le soin de retirer le rappel du président du Parlement... 

Un geste qui fait d'ailleurs râler dans les couloirs de Strasbourg : “L’important reste que la minute ait lieu, mais lui a tweeté son intervention plutôt que le moment de silence”, regrette-t-on dans les rangs de la gauche européenne française. “Ce n’est pas très élégant”, ajoute-t-on à droite. 

"Puisque c'est le sentiment partagé par tous les parlementaires", David Sassoli a bien accepté que cette minute de silence se tienne comme le montre cette vidéo du Parlement européen : 

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