Une enquête préliminaire a été ouverte mardi à Lille.

David Rachline  à La Bazoche-Gouet le 3 avril 2017
David Rachline à La Bazoche-Gouet le 3 avril 2017 © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER

Cette enquête concerne la période entre 2010 et 2015, et intervient trois mois après la saisine de juges d'instruction à Paris pour des soupçons identiques visant les eurodéputés du FN à Strasbourg. Elle vise "Le groupe Front national" de l'ex-région Nord-Pas-de-Calais, alors présidé par Marine Le Pen, et David Rachline, l'actuel directeur de campagne de la candidate à l'élection présidentielle. L'enquête a été ouverte après une dénonciation anonyme au parquet de Paris. Il s'agit d'une lettre anonyme portant sur trois emplois, reçue fin novembre 2015 par le juge d'instruction de Paris qui l'a transmise à celui de Lille pour compétence par l'intermédiaire de son parquet.

"Le service d'enquête a été saisi en janvier 2016", a ajouté cette source avant de rappeler: "Ce n'est qu'à l'issue de cette enquête que le parquet décidera d'engager des poursuites, d'ouvrir une information ou de classer sans suite."

Selon Le Canard Enchainé, qui révèle l'affaire, les magistrats soupçonnent Marine Le Pen "d'avoir préparé la campagne présidentielle de 2012 depuis le conseil régional, en utilisant les moyens humains et matériels de la collectivité".

Quant à David Rachline, il "a été salarié par le groupe FN du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Alors que l’actuel sénateur-maire de Fréjus a été élu conseiller régional de Le Pen père en Paca", affirme Le Canard Enchaîné.

David Rachline avait siégé à la région Paca dans la foulée des élections régionales de 2010, au moins jusqu'en 2014 lorsqu'il fut élu sénateur. Il a par ailleurs été conseiller municipal à Fréjus dès 2008, ville dont il est devenu maire en 2014.

Sur La Chaîne Parlementaire, David Rachline confirme qu'il a été salarié pendant 3 mois il y a 7 ans :

C'est étonnant de voir qu'on s'occupe d'un dossier d'il y a 7 ans 15 jours avant la présidentielle. Ça ne surprendra personne de savoir que je travaillais pour Marine Le Pen, ça fait 10 ans que je le fais. Je devais être conseiller municipal de Fréjus. Il suffit d'avoir de l'enthousiasme, de l'énergie pour mener plusieurs combats de front. Tout le monde sait que le pouvoir est aux abois, qu'il souhaite essayer de déstabiliser un certain nombre de candidatures, la notre particulièrement. On connait les méthodes des amis de M. Hollande, ce n'est pas une grande surprise. Il est toujours surprenant de voir après une perquisition les documents saisis très vite dans les médias.

Selon sa "déclaration d'intérêts et d'activités" déposée le 28 novembre dernier auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), M. Rachline a perçu auprès du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais 11.000 euros nets pour une courte période de trois mois en 2010 (de janvier à mars). Il était "Assistant de groupe", précise ce document, disponible sur le site de cette instance.

Un pavé de plus dans la campagne

Au début des années 2010, M. Rachline était connu pour gérer l'activité numérique du parti frontiste, il a notamment été coordinateur de la campagne web de Marine Le Pen et secrétaire national à la communication numérique en 2011-2012.

"Une enquête visant expressément la candidate et le directeur de campagne, je crois que l'attaque politique est signée !", a réagi auprès de l'AFP David Rachline.

"A J-19...joli prétexte en tout cas pour mettre légalement sur écoute le directeur de campagne de MLP. Ils sont forts ces socialistes", a affirmé de son côté le vice-président du FN Florian Philippot sur Twitter.

Le FN est par ailleurs soupçonné d'avoir eu recours à des emplois fictifs d'une vingtaine d'assistants au Parlement européen, ce qu'il conteste vivement, un dossier qui fait l'objet d'une information judiciaire confiée en janvier dernier à des juges d'instruction du pôle financier du parquet de Paris.

Parallèlement, ce même parquet a ouvert une enquête à la suite d'un signalement d'une eurodéputée Front national dénonçant des emplois fictifs parmi des collaborateurs de députés européens d'autres partis.

Le parlement européen a d'autre part lancé des procédures de recouvrement pour un total de 1,1 million d'euros, par le biais de prélèvements sur les indemnités de six eurodéputés frontistes, dont Mme Le Pen (environ 340.000 euros) et son père, Jean-Marie Le Pen (environ 320.000 euros).

Deux assistants ont été mis en examen et deux eurodéputées, Marine Le Pen et Marie-Christine Boutonnet, ont fait valoir leur immunité parlementaire pour ne pas se rendre à une convocation des juges.

Le Front National et les affaires
Le Front National et les affaires © Radio France / cs
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