Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses, perspectives), enseignant à Sciences Po et à HEC est issu de la même promotion de Sciences Po Paris que Nathalie Loiseau. À l'époque, il était membre du service d'ordre de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR, mouvement trotskiste).

Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses, perspectives), enseignant à Sciences-po et à HEC vient au secours de Nathalie Loiseau.
Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses, perspectives), enseignant à Sciences-po et à HEC vient au secours de Nathalie Loiseau. © AFP / Thomas Samson

Le site d’information Mediapart a révélé lundi que Nathalie Loiseau avait été candidate, quand elle était étudiante à Sciences Po, sur une liste de l'Union des étudiants de droite (UED), "un syndicat né sur les cendres du GUD et prônant l’union des droites". La tête de liste pour La République En Marche aux élections européennes assure elle n'avoir pas "perçu" à l'époque la tonalité politique d'extrême-droite de cette liste. Elle affirme même avoir "rendu service" à des camarades acceptant de compléter leur liste pour qu'ils puissent se présenter.

En 1984, Stéphane Rozès était lui aussi à Sciences Po Paris, et il était très engagé politiquement, de l'autre côté de l'échiquier. Nous lui avons demandé si, selon lui, Nathalie Loiseau avait pu prendre part à cette liste sans se rendre compte qu'elle penchait vers l'extrême-droite.

L'UED peinait à constituer ses listes

Stéphane Rozès, ancien dirigeant de l'institut de sondage CSA, connaissait fort bien le syndicat UED, dont il combattait (parfois physiquement) les militants. Il était lui-même membre du service d'ordre de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). "Nous savions, nous militants d'extrême gauche, que l'UED était composée de militants d'extrême-droite. Chacun fichait un peu les autres", dit-il à France Inter. 

Les deux camp se retrouvent régulièrement la nuit pour se battre : "C'était des affrontements qui pouvaient être assez violents et qui se déroulaient rarement dans l'enceinte de Sciences Po", se souvient-il.

Dans le numéro 23 du journal Réplique, publié par le syndicat UED, les trotskistes sont caricaturés comme Stéphane Rozès au centre portant une doudoune et un cartable Solidarnocs.
Dans le numéro 23 du journal Réplique, publié par le syndicat UED, les trotskistes sont caricaturés comme Stéphane Rozès au centre portant une doudoune et un cartable Solidarnocs. / Capture d'écran d'un tract de l'UED.

Sur les tracts et les affiches, l'UED fustige les "marxistes" comme dans le numéro 23 de leur journal "Réplique". "Dans ce dessin, je suis affublé d'un cartable Solidarnosc car j'en dirigeais le comité de soutien", décrypte l'ancien sondeur.

Les deux camps se font la guerre et se connaissent bien, mais en dehors de Sciences Po. Quand arrivent les élections étudiantes, il s'agit de constituer des listes, ce qui n'est pas chose facile. "L'UED peinait à constituer ses listes", dit-il, en ajoutant :

À la décharge de Nathalie Loiseau, l'UED ne s'affichait pas comme étant d'extrême-droite, ils s'affichaient comme voulant regrouper toutes les droites, y compris l'extrême-droite. 

Selon Stéphane Rozès, "au moment où il fallait trouver des noms pour constituer des listes, des gens de droite ont pu avoir leur confiance abusée pour ce syndicat. Le fait de figurer sur des listes syndicales à Sciences Po ne voulait pas dire forcément qu'on était un militant du noyau dur".

"Chaque syndicat, appuie-t-il, allait à la pêche de gens à mettre sur les listes syndicales, donc la confiance de Nathalie Loiseau a pu être abusée à l'époque".

L'extrême-gauche avait d'ailleurs repéré, à l'époque, qu'au moment des élections étudiantes, l'UED se gardait bien de mettre en évidence son noyau dur d'extrême-droite pour insister sur le "regroupement des droites" et l'anti-marxisme, selon lui. 

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