La mesure devait être annoncée la semaine dernière: la suppression de l'ENA, accusée d'être élitiste et coupée du terrain. Par quoi remplacer cette formation ? Et faut-il la remplacer ? Pour ces candidats au concours, l'ENA n'est pas parfaite, mais ce serait pire sans...

Fronton de l'École nationale d'administration à Strasbourg en 2013
Fronton de l'École nationale d'administration à Strasbourg en 2013 © AFP / Patrick Hertzog

Pour évoquer la fin (peut-être) programmée de cette école, quoi de mieux que d'interroger ceux qui travaillent pour y entrer ? Nous avons rencontré des étudiants de la prépa ENA à l'École Normale Supérieure d'Ulm, à Paris, pour savoir ce qu'ils en pensaient.

Des étudiants qui travaillent d'arrache-pied pour préparer l'entrée dans la prestigieuse école, et qui sont assez loin des clichés que l'on peut avoir sur les candidats à l'ENA. Thibaut, par exemple, est originaire de Savoie, fils d'un agent municipal et d'une aide soignante. Il redoute de faire partie des dernières promotions. "Je pense qu'il y aura encore une ou deux années de concours de l'ENA", prédit-il. "Après, il est possible qu'il y ait une refonte de la fonction publique et des concours. Est-ce qu'on aura toujours des hauts fonctionnaires d'une qualité égale ? On ne sait pas."

Car pour ces candidats, sans le concours, c'est la porte ouverte aux petits arrangements et aux connivences... Pour Pierre, il faudra forcément une formation pour remplacer l'ENA : "Je pense qu'on supprimera le nom, mais pas la formation des fonctionnaires, parce qu'il en faudra une. Une réforme du concours ou de la formation aurait été plus judicieuse."

Tous les élèves de l'ENA ne vont pas en politique

D'autant que l'école évolue déjà pour se rendre plus accessible et limiter une forme de reproduction sociale. Pierre rappelle ainsi que "l'ENA a ouvert récemment les classes préparatoires intégrées, pour des personnes venant de zones difficiles, les boursiers... Il y a donc des façons de faire sans supprimer l'école."

Camille estime de son côté qu'au-delà des idées reçues (sur l'ENA comme antichambre des carrières politiques), il y aura "forcément besoin de recruter des hauts fonctionnaires", formés pour cela. "Il faut savoir manager, gérer, produire des rapports, etc. Ce serait dommage de considérer que tous les hauts fonctionnaires vont faire de la politique, alors qu'en réalité ce sont avant tout des techniciens et des personnes très qualifiées."

Supprimer l'ENA est une mesure populiste, disent aussi ces étudiants. Certains sont d'ailleurs issus de milieux modestes : la prépa ENA de Sciences Po Paris, par exemple, compte 30% de boursiers.

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