Si dimanche dernier, c'était Manuel Valls qui était plus isolé, cette fois c'est Benoît Hamon, en pleine ascension, qui a été la cible privilégiée de ses adversaires.

Quelques moments de tension dans ce troisième débat de la primaire
Quelques moments de tension dans ce troisième débat de la primaire © Radio France / Capture France Info

Au cœur du débat le plus vif, la proposition de revenu universel portée par Benoît Hamon. Et les tacles sont venus de toutes parts : Manuel Valls qui dénonce la "gauche qui fait des promesses à crédit", Arnaud Montebourg qui moque le coût du projet (300 milliards), soit "l'équivalent du budget de l'État actuellement", Vincent Peillon, François de Rugy et Sylvia Pinel qui se montrent tout aussi critiques envers leur camarade. Des attaques qui ont visiblement agacé le principal intéressé. Seul Jean-Luc Bennahmias a invité son camarade à ne pas "se décourager", estimant qu'il porte "la seule idée nouvelle qu'on ait eu depuis des années".

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Le protectionnisme, un autre sujet de divergences

Avec cette fois un affrontement Valls / Montebourg, ce dernier reprochant à l'ex-Premier ministre d'avoir faire remplacé dans l'armée les fusils Famas, produits en France, par le HK allemand, confectionné par "une entreprise étrangère, sans lui demander de travailler en France". Il se dit ouvert à ce qu'on "s'autorise des nationalisations d'entreprises", et cite les chantiers navals de Saint-Nazaire comme exemple possible. Manuel Valls, lui, rebondit, agacé que l'on "oppose le soutien à l'économie et la lutte contre la pauvreté".

Pour François de Rugy, on ne peut pas "continuer la fuite en avant du libre-échange. Mais on ne reviendra pas en arrière sur le marché unique européen, parce que ce n'est pas notre intérêt".

Côté santé, un amour commun de la Sécu mais pas d'accord sur les mutuelles

Tous les candidats, en opposition générale au programme de François Fillon qui la menacerait selon eux, se sont présentés en défenseurs de la Sécurité sociale. Vincent Peillon et Arnaud Montebourg plaident toutefois pour une "complémentaire santé publique" (pour 10 euros par mois pour le second), quand François de Rugy critique le principe d'une assurance maladie universelle. Benoît Hamon s'est à nouveau démarqué en évoquant dans ce thème "santé" les perturbateurs endocriniens et le lobbying qui les entoure.

Tir groupé sur Macron

Benoît Hamon n'a pas été la seule cible lors de ce débat. Dans la section "politique" (au sens un peu réducteur de "négociations de partis"), l'ancien ministre de l'Économie a suscité des réactions allant du paternalisme à un certain mépris. Vincent Peillon l'a ainsi désigné comme un "fils prodigue" qui ne leur fait "pas peur". "Il va sortir un jour de l'ambiguité, et sa grande famille l'accueillera", ironise-t-il. Manuel Valls a fustigé d'éventuels "accords d'appareil", et balayé toute possibilité de ralliement. "Il y a les sondages et puis il y a les suffrages", assure Arnaud Montebourg, qui dénonce une candidature "confuse". Quant à Benoît Hamon, il estime que le projet Macron "n'est pas inintéressant", juste "vieux" dans les mesures qu'il propose.

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Seul Jean-Luc Bennahmias évoque, au nom du futur rassemblement de la gauche qu'il appelle de ses vœux, un autre candidat avec lequel il faut pourtant compter à gauche : Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas autant inspiré les autres participants.

Trump et la "guerre" de Valls et Peillon

Autre duel, celui entre l'ancien Premier ministre et l'ancien ministre de l'Éducation nationale, autour du terme de "guerre", que Manuel Valls utilise pour évoquer le nouveau président américain, coupable selon lui d'avoir initié une "vraie déclaration de guerre politique". Vincent Peillon réplique : "si l'on prend les mots au sérieux, n'employons pas le mot guerre, surtout lorsqu'on se prépare à être chef de l'État". Un conseil dont Manuel Valls s'amuse : "Vincent Peillon me rappelle parfois mon vieux professeur".

Je crois qu'il ne faut pas faire la guerre tout le temps et à tout le monde. Il faut garder ce mot pour une utilisation précise ( Vincent Peillon, à Manuel Valls)

Les menaces contre l'Europe du nouveau président américain sont en tout cas prises au sérieux par les sept candidats. François de Rugy s'est notamment alarmé du scepticisme de Trump sur l'accord trouvé à Paris dans le cadre de la COP21. "Moi, je n'ai pas envie de rire quand je vois la politique qu'il prépare", s'inquiète-t-il.

Consensus élargi sur d'autres sujets

Améliorer l'hébergement des SDF, en cette période de grand froid, a largement rassemblé les candidats. Sylvia Pinel, ex-ministre du Logement, a ainsi estimé qu'il fallait "protéger nos concitoyens, notamment les SDF, du froid mais aussi tout au long de l'année". Jean-Luc Bennahmias, lui, s'engage à "améliorer l'accès aux services de renseignement" sur les hébergements, trop souvent saturés. Manuel Valls reconnait quant à lui que si "personne ne peut être indifférent aux morts", il se "méfie des slogans 'SDF zéro'" qu'ont pu utiliser certains de ses prédécesseurs.

Autre sujet consensuel, la situation en Syrie. Les sept candidats ont globalement rejeté toute discussion ou négociation avec Bachar al-Assad, qu'ils jugent "entièrement responsable" de la situation sur place.

Enfin, tous étaient d'accord sur l'ennemi commun à afficher en cette période pré-présidentielle. Arnaud Montebourg a ainsi estimé avec gravité que ce quinquennat serait "la dernière station-service avant le lepénisme".

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