ÉLECTIONS RÉGIONALES 2021 – Chaque jour, France Inter examine les enjeux du scrutin dans une région. Pour ce douzième épisode, zoom sur la région Bretagne, où les "dauphins" de Jean-Yves Le Drian sont divisés, laissant l'espace au RN pour se hisser en tête des sondages.

Gilles ennelle, Thierry Burlot, Loïg Chesnais-Girard, Isabelle Le Callennec et Claire Desmares-Moirrier
Gilles ennelle, Thierry Burlot, Loïg Chesnais-Girard, Isabelle Le Callennec et Claire Desmares-Moirrier © AFP / Baptiste Roman / Fred Tanneau / Martin Bertrand / Nicolas Tucat

Chaque jour, France Inter vous propose de faire le point dans l’un des 13 territoires métropolitains concernés par les élections régionales des 20 et 27 juin. Douzième volet en région Bretagne. 

Carte d’identité 

  • Population  : 3 333 730 habitants 
  • Budget : 1,675 milliard d’euros 
  • Capitale : Rennes 
  • Départements : Côtes-d’Armor (22), Finistère (29), Ille-et-Vilaine (35), Morbihan (56) 

Le sortant : Loïg Chesnais-Girard  

La Bretagne est, historiquement, une terre dominée depuis des années par l’actuel ministre des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui la dirigeait depuis 2004. Mais en 2017, il a dû se résoudre à passer la main à son dauphin, Loïg Chesnais-Girard, son directeur de campagne pendant les élections de 2015. Il espère aujourd’hui garder ce poste.  

Ce qu’il s’était passé en 2015  

Solide dans sa région, Jean-Yves Le Drian était arrivé largement en tête dès le premier tour, avec 34,92% des voix. Il était suivi, de loin, par le candidat LR Marc Le Fur, avec 23,46% des suffrages. La triangulaire était complétée par le candidat du FN Gilles Pennelle. Au deuxième tour, Jean-Yves Le Drian l’a largement emporté avec 51,41% des suffrages exprimés, apportant 53 sièges à sa majorités, soit un de plus que pendant le mandat précédent. Le FN faisait alors son entrée au conseil régional de Bretagne, avec 12 sièges, alors qu’Europe écologie les Verts en disparaissait, perdant ses 11 sièges.  

Les forces en présence  

Dans cette élection, il n’y a pas un… mais deux dauphins de Jean-Yves Le Drian. Si Loïg Chesnais-Girard espère être réélu, cette fois sur son propre nom, un autre "poulain Le Drian" est candidat : Thierry Burlot, vice-président à la région. Les deux hommes viennent de la même majorité : le premier, a refusé de devenir macroniste. Resté socialiste, il ne réclame rien – même pas un soutien – de son ancien mentor : "Jean-Yves Le Drian reste un ami, c'est un homme libre, et quand il veut dire des choses, il les dit", affirme-t-il. En revanche, en face, Thierry Burlot affiche clairement sa proximité avec Jean-Yves Le Drian : "J'ai construit cette proposition, évidemment, en lui en parlant. On a construit le projet. Je lui ai présenté mes listes, et suis fidèle à l'esprit de rassemblement qui l'a toujours animé".  

Alors, quelle est la bonne stratégie ? Cette bataille fratricide rend l’issue du scrutin particulièrement incertaine. Une chose est sûre, Thierry Burlot, soutenu par les marcheurs, le Modem et l’UDI, gêne sacrément la droite d’Isabelle Le Callennec, qui a perdu la plupart de ses partenaires : "J'ai dans mon équipe des LR, des centristes et des régionalistes, puisqu'on considère que la Bretagne est une région singulière, et qu'elle a besoin d'avoir des compétences particulières", explique la candidate.  

Cet éparpillement politique réjouit le Rassemblement national : "Je pense qu'en face, on a une offre déchirée par les querelles politiciennes, morcelée, donc je pense que c'est l'heure du Rassemblement national en Bretagne", dit sa tête de liste, Gilles Pennelle. A moins que ce soit l’heure des écolos : Claire Desmares-Poirrier, tête de liste, pourrait accepter de s’associer au socialiste Loïg Chesnais-Girard : "Il y a une responsabilité, aujourd'hui, si on veut garder la région Bretagne à gauche, de créer une nouvelle donne politique". Ce serait une révolution dans cette région agricole : Jean-Yves Le Drian l’avait toujours refusé. Comme si une page était décidément en train de se tourner.   

Ce que disent les sondages : le RN profite de la division  

Selon un sondage Ipsos pour France 3, surprise dans la région : c'est le RN qui se hisse en tête des intentions de vote au premier tour : Gilles Pennelle obtient 20% dans les sondages, suivi par Thierry Burlot et Loïg Chesnais-Girard avec 19% chacun. Isabelle Le Callennec, pour Les Républicains, n'arrive que plus loin avec 14%, mais reste en mesure de se qualifier. Au second tour, en cas de quadrangulaire, Loïg Chesnais-Girard pourrait bénéficier du report des voix EELV (12% au premier tour) et conserver son poste.   

Le thème de campagne : les algues vertes

L'un des sujets centraux du débat, c'est la question de la pollution aux algues vertes. Et pourtant... gérer les algues vertes, ce n'est pas - du tout - une compétence du Conseil régional. Mais la question est au cœur de la campagne. Comment lutter contre la prolifération des algues vertes, dont plusieurs rapports attestent que les apports d'azote et de phosphore liés à l'agriculture sont les responsables de ces "marées vertes" ? Pour le président sortant, Loïg Chesnais-Girard, il faut continuer à concilier l'économie agricole et l'écologie : "Il faut une production maximum durable. Et qu'on soit en bio ou en conventionnel, on doit produire de bons produits dont on est fiers, qui nourrissent la Bretagne, qui nourrissent la France, qui nourrissent Paris". 

Et c’est là tout l’enjeu : la Bretagne, c’est 3,3 millions de Bretons, mais ses agriculteurs produisent pour 17 millions de Français. Comment freiner cette production intensive ? Thierry Burlot, le candidat LREM, estime qu’il faut confier à la région la gestion des subventions de la Politique agricole commune , c'est-à-dire "les 600 millions d'aides qui sont apportées annuellement aux agriculteurs bretons. Il faut être en charge du déploiement de cette politique publique pour mieux concilier économie et écologie agricole". Ce qui fait sourire le candidat RN Gilles Pennelle : "C'est effectivement l'un des échecs de la majorité régionale sortante... et entre autres de M. Burlot, qui était le vice-président à l'environnement et à l'eau"... mais celui-ci ne fait aucune proposition. 

La Verte, Claire Desmarres-Poirrier, considère, sans surprise, que tout le système de production est à revoir. Même diagnostic pour l'écologiste Daniel Cueff : stopper les intrants... mais la méthode est différente : "Nous travaillerons avec [les agriculteurs] les solutions, mais ce seront leurs solutions, pas les nôtres, et à ce moment-là nous les financerons". En d'autre termes, arrêter avec l'agri-bashing, et miser sur une opportunité : un agriculteur sur deux, d'ici à 2030, doit prendre sa retraite. 

L’anecdote de campagne : Thierry Burlot a de quoi avoir le tournis !

Ce conseiller régional de Bretagne depuis déjà 17 ans, et futur retraité en septembre prochain, a accepté d'être la tête de liste LRM, le parti présidentiel. Et depuis ? Le tapis rouge lui est déroulé... Entretien en tête-à-tête avec Emmanuel Macron, dans le bureau du président : "Il a été d'une gentillesse !!!" Il y a 10 jours, c'est le Premier ministre Jean Castex qui lui a téléphoné. "C'était un dimanche à midi. J'ai l'habitude de faire des frites à mes enfants ce jour-là. J'ai décroché. Mais je lui ai courtoisement demandé de me rappeler !" Et Thierry Burlot a même eu droit à une vidéo de soutien signée Edouard Philippe...

Toutes les listes présentes

Avec 13 listes candidates, la région Bretagne détient le record pour cette élection : 

  • "Hissons haut la Bretagne", portée par Isabelle Le Callennec (Les Républicains)
  • "Bretagne d'Avenir", portée par Claire Desmares-Poirier (Europe Écologie - Les Verts)
  • "Un nôtre monde", portée par Christophe Daviet (Divers)
  • "Bretagne Insoumise", portée par Pierre-Yves Cadalen (La France Insoumise)
  • "Tous unis contre l'islamophobie, agir pour ne pas subir", portée par Kamel Elahiar (Union des démocrates musulmans français)
  • "Nous la Bretagne avec Thierry Burlot", portée par Thierry Burlot (La République En Marche)
  • "La Bretagne avec Loïg" portée par Loïg Chesnais-Girard (Parti socialiste)
  • "La Bretagne en héritage" portée par Yves Chauvel (Volontaires pour la France)
  • "Lutte ouvrière, faire entendre le camp des travailleurs", portée par Valérie Hamon (Lutte Ouvrière)
  • "Une Bretagne forte, liste soutenue par le Rassemblement national", portée par Gilles Pennelle (Rassemblement national)
  • "Bretagne ma vie" portée par Daniel Cueff (liste écologiste)
  • "Bretagne responsable" portée par Joannic Martin (Parti breton)
  • "Debout la Bretagne, Debout la France", portée par David Cabas (Debout la France)