ÉLECTIONS RÉGIONALES 2021 - Chaque jour, France Inter examine les enjeux du scrutin dans une région. Pour ce sixième épisode, zoom sur la région Centre-Val de Loire, historiquement socialiste, "prenable" pour le candidat-ministre Marc Fesneau et où le RN a aussi toutes ses chances.

François Bonneau, Marc Fesneau, Aleksandar Nikolic et Nicolas Forissier, candidats aux régionales en Centre-Val de Loire.
François Bonneau, Marc Fesneau, Aleksandar Nikolic et Nicolas Forissier, candidats aux régionales en Centre-Val de Loire. © Maxppp, capture d'écran Facebook

Chaque jour, France Inter vous propose de faire le point dans l'un des 13 territoires métropolitains concernés par les élections régionales des 20 et 27 juin. Sixième épisode en Centre-Val de Loire.

Carte d'identité

  • Population : 2 561 451 habitants
  • Budget : 1,7 milliards d’euros
  • Capitale : Orléans
  • Départements : Cher (18), Eure-et-Loir (28), Indre (36), Indre-et-Loire (37), Loir-et-Cher (41), Loiret (45).

Le sortant : François Bonneau

Le socialiste François Bonneau est président de la région Centre-Val de Loire depuis 2007. Il avait succédé a l'ex-ministre Michel Sapin, dans une région placée à gauche depuis 1998.

Ce qu'il s'était passé en 2015 : le FN en tête, la gauche avait sauvé sa peau

Avec 35,43 %, le président socialiste sortant, François Bonneau (PS-PRG-EELV) l'avait emporté de peu face à Philippe Vigier (LR-UDI-MoDem), qui avait remporté 34,58 % des voix. Arrivé en tête au premier tour, le candidat du Front national, Philippe Loiseau, avait terminé troisième, avec 30 % des voix. Un scénario similaire à de nombreuses autres régions, dans ces élections de 2015 où le PS était sorti très affaibli du scrutin. 

Les forces en présence : un ministre candidat, le RN en embuscade

Dirigée depuis plus de 20 ans par les socialistes et le sortant François Bonneau, la région Centre-Val de Loire est le principal espoir de conquête pour la majorité présidentielle, avec le ministre candidat Marc Fesneau, récemment soutenu par l'ancien Premier ministre Edouard Philippe. Mais, sur ces terres que l’on croirait paisible, le Rassemblement national ne cesse de grimper et la droite tente de résister. 

En 2015, Marc Fesneau s’était lancé aux régionales avec Guillaume Peltier. Une nouvelle alliance se prépare-t-elle pour l’entre-deux-tours ? Le député LR, Nicolas Forissier, entrouvre la porte vers un rapprochement : "C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses, comme on dit chez moi dans le Berry. On verra bien. Il faut une alternance après un quart de siècle du Parti socialiste et des Verts." Les écologistes, justement, victorieux à Tours l’an dernier aux municipales, partent de leur côté avec les Insoumis et Charles Fournier (EELV), actuel vice-président de la région, en tête de liste. 

Du côté du Rassemblement national, la tête de liste, Aleksandar Nikolic, 34 ans, ne veut pas "critiquer pour critiquer" et cite "des bonnes idées comme la Loire à vélo". Un RN donné vainqueur en quadrangulaire, ce qui devrait pousser LR et En Marche à se parler ou se désister. 

La campagne officielle a démarré le 31 mai.
La campagne officielle a démarré le 31 mai. © Radio France / Maxence Lambrecq

Ce que disent les sondages : un résultat (très) incertain

Le sondage Ipsos-SopraSteria réalisé pour France Bleu et France 3 et publié le 18 mai, indique que le Rassemblement national arriverait en tête à l'issue du premier tour avec 28% des intentions de vote, un score légèrement inférieur à celui obtenu aux dernières élections régionales de 2015 (30,5%). Le RN pourrait même remporter l'élection en cas de quadrangulaire au second tour mais, à ce jour, l’écart avec la liste de gauche et la liste LREM/MoDem reste très faible, rendant l’issue d’une quadrangulaire totalement incertaine.

L'autre indication de ce sondage est l'implantation de Marc Fesneau. Dernier déclaré dans la course à la présidence de la région Centre-Val de Loire, le ministre, soutenu par la République en marche et le MoDem, arrive en deuxième position des intentions de vote (21%). Devant le sortant (PS, PCF) François Bonneau - malgré un bilan salué par les électeurs - et le LR-UDI Nicolas Forissier (16%). 

Le thème de campagne : la désertification médicale

Un quart des habitants sans médecin référent, moins de 60 généralistes pour 100.000 habitants en Eure-et-Loir : la région Centre-Val de Loire est la plus touchée par ce phénomène de désertification médicale, dont la droite fait un puissant argument de campagne contre la majorité socialiste. 

"Ça fait 23 ans qu'ils sont au pouvoir et l'on se retrouve à être la région qui a le moins de médecins par habitant. C'est juste incroyable et un échec retentissant", lance Nicolas Forissier à France Inter. La région n’a qu’un CHU à Tours, il en veut un autre à Orléans. Mais le sortant, François Bonneau, réplique. Centre-Val de Loire est la première région en matière de maisons de santé, avec à terme 300 médecins salariés, "un engagement très fort car je ne supporte pas que mes concitoyens soient privés de ce droit élémentaire", dit-il. 

Voilà de l’enfumage, pour le ministre-candidat Marc Fesneau. "Il en avait proposé 150, il y en a sept. Pour arriver à 300, rendez-vous au vingt-deuxième siècle !", ironise-t-il. La faute au manque d’attractivité de la région ? Pas seulement, aux yeux du RN. "Il y a trop d'écart salarial entre un médecin libéral et ce qu'on lui propose en région centre. Je pense qu'il faut être moins ambitieux, mieux les payer et les dispatcher sur le territoire", estime la tête de liste Aleksandar Nikolic. L’écologiste Charles Fournier mise sur la prévention et veut croire au succès des médecins salariés.

Coulisses de campagne : Guillaume Peltier, "l’épouvantail"

"Marine Le Pen n’est pas l’ennemie de la République" ; "Je porte les mêmes convictions que Robert Ménard" ; "Pas une voix ne doit se porter sur Macron en 2022". Ces récentes déclarations de Guillaume Peltier compliquent la tâche du candidat LR en Centre-Val de Loire, Nicolas Forissier. Car, pendant longtemps, Guillaume Peltier était censé être tête de liste de la droite dans la région. Le député du Loir-et-Cher "a fait sa déclaration dans le cadre d’un débat politique nationale", tente de minimiser Nicolas Forissier. "Ici, nous nous conduisons une campagne régionale, nous ne sommes pas dans le même registre." 

Nicolas Forissier n’est pas le seul à prendre ses distances avec Guillaume Peltier. En 2015, dans son département du Loir-et-Cher, l’ex-FNJ était le chef de file de l’UMP avec, sur sa liste, le patron du MoDem dans la région, un certain... Marc Fesneau. Le candidat de la majorité s’en détache au maximum désormais : 

La liste régionale était mené par un centriste, Philippe Vigier. Vous pouvez retrouver tous les écrits, j’avais expliqué dans quelles conditions cette alliance s’était faite.

L’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, venu soutenir Marc Fesneau le 4 juin à Tours, veut aussi braquer les projecteurs sur LR : "J’ai l’impression qu’ils ont des problèmes, des problèmes de lignes manifestement", ironise Edouard Philippe. "Mais je crois qu’ils ont des procédures pour régler leurs problèmes en interne : qu’ils les utilisent ! En tout cas, ce n’est pas mon sujet." 

"C’est quelqu’un d’inquiétant sur les jonctions qu’il pourrait faire avec le RN", s’alarme la tête de liste EELV, Charles Fournier, "alors ils ne l’ont pas mis en front-office, devant la scène, mais il a gardé énormément d’amitiés dans cette liste... La tête de liste dans le Loiret, Constance de Pélichy, est une proche de Guillaume Peltier. Evidemment Guillaume Peltier est devenu un épouvantail. Et en 2015, avec Marc Fesneau, qui était avec lui, il y avait pas une feuille de papier à cigarettes qui les séparait, c’était ça leur message. Que s’est-il passé depuis ?" "L’épouvantail" Guillaume Peltier pourrait ainsi bien venir compliquer les éventuelles discussions d’entre-deux-tours entre Marc Fesneau et Nicolas Forissier.

L'ex-Premier ministre et maire du Havre, Edouard Philippe, est venu soutenir Marc Fesneau début juin.
L'ex-Premier ministre et maire du Havre, Edouard Philippe, est venu soutenir Marc Fesneau début juin. © Radio France / M. L.

Toutes les listes présentes

  • "Nouveau Souffle Ecologiste et Solidaire", conduite par Charles Fournier (Europe écologie-Les Verts, la France insoumise et alliés) 
  • "Ensemble, le meilleur est avenir", conduite par Marc Fesneau (MoDem, La République en marche, Les Centristes et alliés)
  • "Pour une région qui vous protège", conduite par Aleksandar Nikolic (Rassemblement national et alliés)
  • "Plus Fort, Ensemble !, conduite par François Bonneau (Parti socialiste, Parti communiste français, Parti radical de gauche et alliés)
  • "Démocratie Écologique", conduite par Jérémy Clément (Liste écologiste)
  • "Union de la droite, du centre et des indépendants", conduite par Nicolas Forissier (Les Républicains, UDI et alliés)
  • "Faire entendre le camp des travailleurs", conduite par Farida Megdoud (Lutte ouvrière)