ÉLECTIONS TERRITORIALES 2021 - Chaque jour, France Inter examine les enjeux du scrutin dans une région. Pour ce quatrième épisode, zoom sur la Corse, aux mains des nationalistes, qui depuis se sont divisés. Un thème dans la campagne : la gestion des déchets sur l'île.

Les principaux candidats en Corse : Gilles Simeoni, Jean-Charles Orsucci, Laurent Marcangeli et Jean-Guy Talamoni.
Les principaux candidats en Corse : Gilles Simeoni, Jean-Charles Orsucci, Laurent Marcangeli et Jean-Guy Talamoni. © Maxppp / *

Chaque jour, France Inter vous propose de faire le point dans l'un des 13 territoires métropolitains concernés par les élections régionales des 20 et 27 juin. Cinquième épisode en Corse, où le scrutin est un peu différent des régions du continent. 

Carte d'identité

  • Population : 349 269 habitants
  • Budget : 1,3 milliards d’euros

La spécificité corse : le mode de scrutin

Comme la Guyane et la Martinique, la Corse est une collectivité territoriale. Elle exerce à la fois les compétences départementales et régionales. L'objectif est de renouveler les 63 sièges de conseillers de l'Assemblée de Corse. Ces conseillers élisent ensuite les 11 conseillers exécutifs et leur président, mais également le président de l'Assemblée de Corse. La majorité absolue, soit 50 % plus une voix, est requise aux deux premiers tours, il suffit d'obtenir la majorité relative au troisième. 

Depuis la fusion des conseils départementaux de Corse-du-Sud et de Haute-Corse, avec la collectivité territoriale, en 2017, la collectivité de Corse a de nouvelles compétences, comme la gestion des infrastructures (ports, réseau ferroviaire), la culture, le sport et l'environnement.

Les conseillers territoriaux sont élus à la proportionnelle. Pour accéder au second tour, il y a deux règles. D'abord, pour avoir le droit de fusionner avec d’autres listes, il faut récolter 5 % des suffrages. Puis, pour se maintenir, il faut dépasser la barre des 7% (contre 10% sur le continent).

Le(s) sortant(s) : Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni

Le premier est le président de l'exécutif corse. L'autonomiste Gilles Simeoni, 54 ans, est l'ancien maire de Bastia et l'un des avocats d'Yvan Colonna, condamné pour l'assassinat en 1998 du préfet Erignac.

Le second est le président de l'Assemblée de la Corse. Lors de son investiture en 2015, Jean-Guy Talamoni a marqué les esprits, avec un discours très offensif : "Nous sommes arrivés ici avec tous ceux qui, comme nous, ont toujours combattu les autorités françaises sur la terre de Corse."

Ce qu'il s'était passé en 2015, puis 2017: victoire des nationalistes

C’était une victoire inattendue, d'Ajaccio à Bastia, jusqu’à Paris. Le 17 décembre 2015,  l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni est élu à la présidence de l’Assemblée avec 35,3 % des voix. Dans le même temps, le leader autonomiste et maire de Bastia Gilles Simeoni s’empare du conseil exécutif, que l’on peut qualifier de "mini- gouvernement" sur l'île. Avec la liste de coalition "Pè a Corsica", leur score est confirmé deux ans plus tard aux élections territoriales, avec 56,6% des voix. Un scrutin marqué par une forte abstention, qui dépasse les 48%. La liste régionaliste de Jean-Martin Mondoloni est placée en deuxième position, loin devant la liste de LREM. Jean-Charles Orsucci avait recueilli 12,67% des voix.

Les forces en présence : Simeoni favori, LREM faiseur de roi au second tour ?

Aux dernières élections, les nationalistes avaient obtenu la majorité absolue, mais leur union a explosé. L’autonomiste Gilles Simeoni, président sortant de l’exécutif corse, part tout de même favori. Mais il est, pour ses anciens alliés, le responsable du divorce : "Ce n'est pas de ma faute. J'ai exposé à mes partenaires un certain nombre de propositions. Elles n'ont pas été retenues. J'en prends acte." De son côté, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, président sortant de l’Assemblée de Corse, est parti de son côté. Il ne retient plus ses coups : "Gilles Simeoni a choisi une attitude conciliante à l'égard de Paris et même parfois une attitude de soumission."

Ajoutez-y deux autres listes nationalistes, menées par Jean-Christophe Angelini et Paul-Felix Benedetti, et vous avez la droite de Laurent Marcangeli, en outsider : "Nous ne sommes pas en position de favoris. Le favori est bien souvent le sortant." Mais le candidat sortant a un bilan contesté : amnistie des prisonniers, autonomie renforcée, co-officialité de la langue corse. Ces projets sont toujours au point mort. 

Et comme dans toute élection, il faut un faiseur de rois. C’est le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci. Il est soutenu par la République en Marche et compte jouer un rôle entre les deux tours : "Une chose est sûre, c'est que mon ambition s'inscrit dans la République. Je veux faire en sorte que dans le bureau du président de l'exécutif corse, on y retrouve le drapeau français à côté du drapeau corse et du drapeau européen." Quant au Rassemblement national de François Filoni, fort aux élections nationales, faible aux élections locales, il ambitionne tout juste de faire son entrée à l’Assemblée.

Le thème de campagne : la gestion des déchets

"La Corse, décharge publique" titrait il y a quelques années le journal Corse-matin. Des conteneurs qui débordent, des sacs poubelles qui pourrissent le paysage et la vie des habitants. Le candidat de la droite Laurent Marcangeli promet de mettre fin à ces crises à répétitions : "Nous avons dû exporter des déchets sur la Côte d'Azur et la région de Marseille !" Le maire d'Ajaccio veut construire une usine de valorisation des déchets pour produire de l’énergie. "Encore faut-il commencer par le commencement, c’est-à-dire le tri", répond la candidate écologiste Agnès Simonpietri : "Nos voisins en Sardaigne sont à 73% de tri. Nous, à 11% en collecte sélective, à 30% avec les déchetteries."

L’exécutif s’était pourtant engagé à atteindre les 60% de tri. On en est loin. Gilles Simeoni assure qu’il fait ce qu’il peut avec la situation dont il a hérité. "La situation était catastrophique. Il n'y avait aucune politique de tri. Il y avait un enfouissement généralisé avec des conséquences économiques et écologiques désastreuses" affirme-t-il. Les conséquences économiques, justement, c’est ce qui met hors de lui le chef de file du Rassemblement national François Filoni : "C'est un problème déterminant car on paye quatre fois le prix de la taxe d'ordures ménagères par rapport à ailleurs. On retrouve ça dans le panier de la ménagère." Alors que faire ? Enfouissement, incinération ? Problème complexe légalement et économiquement, car la manne est énorme pour les opérateurs privés. Mais ce problème est essentiel pour une île de Beauté régulièrement défigurée.

L'anecdote de campagne : quand le patron des pêcheurs réunit les deux favoris

Il est des événements qui transcendent les rivalités politiques. Il en est ainsi de la Saint-Erasme, la fête du saint patron des pêcheurs. Dans la petite procession qui descendait de l'église de la rue Forcioli-Conti jusque sur les quais, mercredi à Ajaccio, on a ainsi vu côte-à-côte Laurent Marcangeli et Gilles Simeoni. Le premier, maire de la ville, est présenté comme le principal concurrent du second, président sortant de l'exécutif corse, pour ces élections territoriales. Les deux hommes ont échangé quelques sourires, mais point de familiarités excessives. Gilles Simeoni a d'ailleurs préféré attendre d'être seul pour répondre à nos questions. Histoire d'éviter d'avoir à dire du mal de son adversaire en sa présence, sans doute...

Les 10 listes présentes

  • "Les nôtres avant les autres", conduite par François Filoni (Rassemblement national)
  • "Corsica Fiera", conduite par Jean-Antoine Giacomi (Extrême-droite)
  • "Un Soffiu Novu - un nouveau souffle", conduite par Laurent Marcangeli (Divers droite)
  • "Corsica Libera", conduite par Jean-Guy Talamoni (Régionalistes)
  • "Ecologia Sulidaria", conduite par Agnès Simonpietri (Écologistes)
  • "Corse, terre de progrès", conduite par Jean-Charles Orsucci (Divers gauche)
  • "Fà populu inseme", conduite par Gilles Simeoni (Régionalistes)
  • "Avanzemu", conduite par Jean-Christophe Angelini (Régionalistes)
  • "Core in fronte", conduite par Paul-Félix Benedetti (Régionalistes)
  • "Campà megliu in Corsica - Vivre Mieux en Corse", conduite par Michel Stefani (Parti communiste français)