S'opposant sur la réforme de la directive européenne concernant le travail détaché, Emmanuel Macron et la première ministre polonaise se sont vivement critiqués vendredi.

En déplacement en Bulgarie, Emmanuel Macron a tiré à boulets rouges sur le gouvernement polonais. La première ministre Beata Szydlo a dénoncé des propos "arrogants".
En déplacement en Bulgarie, Emmanuel Macron a tiré à boulets rouges sur le gouvernement polonais. La première ministre Beata Szydlo a dénoncé des propos "arrogants". © AFP / Hristo Rusev

Par discours et communiqués interposés, le président français Emmanuel Macron et la première ministre polonaise Beata Szydlo s’opposent sur le thème du travail détaché. Alors que le premier est en tournée en Europe de l’est afin de promouvoir un durcissement de la directive de 1996, la seconde est fortement réfractaire à quelconque réforme de ce système, permettant à une entreprise de l'UE d'envoyer à titre provisoire dans d'autres pays de l'Union ses salariés en continuant à payer les cotisations sociales dans le pays d'origine.

Vendredi, le ton est monté d’un cran entre les deux représentants. Lors d’un point presse à Varna, en Bulgarie, Emmanuel Macron a vivement critiqué le refus polonais de durcir la directive sur le travail détaché. Le chef de l’État a estimé que la Pologne, par la voix de sa première ministre, commettait "une nouvelle erreur" et se plaçait "en marge de l’histoire, du présent et du futur de l’Europe".

Le président français a également lancé que "la Pologne ne saurait être aujourd’hui le pays qui donne son sens ou sa direction à l’Europe", ajoutant que "le peuple polonais mérite mieux que cela", en réponse à la position adoptée par Beata Szydlo.

Un discours qui ne passe pas en Pologne

Des déclarations qui, au-delà de la divergence d’opinion au sujet du travail détaché, ne passent pas du tout du côté polonais. La première ministre a vivement réagi, dénonçant des "déclarations arrogantes" sur le site wpolityce.pl.

Peut-être, ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d'expérience et de pratique politique, ce que j'observe avec compréhension, mais j'attends qu'il rattrape rapidement ces lacunes et qu'il soit à l'avenir plus réservé.

Szydlo : "Je conseille à M. le président de s'occuper des affaires de son pays"

Pour Beata Szydlo, "ce n'est ni le président de la France ni aucun autre dirigeant qui décidera personnellement de l'avenir de l'Europe mais l'ensemble des membres de la communauté", appelant "M. le président à rester plus conciliant et à ne pas briser l'UE. Je [lui] conseille de s'occuper des affaires de son pays, il réussira alors peut-être à avoir les mêmes résultats économiques et le même niveau de sécurité de ses citoyens que ceux garantis par la Pologne".

Quelques minutes auparavant, le chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski, avait ironisé sur l’isolent de la Pologne. S'adressant à la presse en compagnie de ses homologues roumain et turc, et du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, il a déclaré : "Nous accueillons aujourd'hui une réunion importante, le président Macron ne suit donc pas attentivement les informations."

Le chargé d'affaires français convoqué par le ministère des Affaires étrangères polonais

En fin d'après-midi, le chargé d'affaires ad interim de la République française en Pologne, Sylvain Guiaugué, a été convoqué vendredi au ministère des Affaires étrangères à Varsovie où on lui a fait part de "l'indignation du gouvernement polonais suite aux propos du président français", selon un communiqué du ministère.

Au terme de sa rencontre avec le premier ministre bulgare Boïko Borissov, Emmanuel Macron s'est néanmoins montré optimiste quant à la conclusion d'un accord cette année sur la révision du travail détaché. "Un accord à la majorité qualifiée pour revoir la directive travailleurs détachés est possible. Et il est possible selon les termes ambitieux mis sur la table par la France", a déclaré le président de la République.

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