Il y a trente ans jour pour jour, François Mitterrand inaugurait la grande pyramide du Louvre, l'un de ses projets d'envergure. Et si, comme Georges Pompidou, Valéry Giscard-d'Estaing ou Jacques Chirac, Emmanuel Macron voulait laisser sa trace architecturale dans le paysage français, quel pourrait être son choix ?

Emmanuel Macron, le soir de sa victoire à la présidentielle devant la Pyramide du Louvre
Emmanuel Macron, le soir de sa victoire à la présidentielle devant la Pyramide du Louvre © Maxppp / Jean-Christophe Tardivon

Le 4 mars 1988, François Mitterrand inaugurait en grande pompe un monument encore en chantier, à l'époque controversé, aujourd'hui devenu partie intégrante du patrimoine parisien : la Pyramide du Louvre (et son alter ego souterrain, la pyramide inversée, devenue symbole spirituel avec le best-seller Da Vinci Code), conçue par l'architecte Ieoh Ming Pei. 

Ce geste architectural, porte d'entrée principale du plus grand musée du monde, marquait aussi la première étape-clé du "Grand Louvre" voulu par le président de la République de l'époque, et plus globalement, dans une logique de grands travaux engagés pour Paris, incluant le ministère de l'Economie à Bercy, l'Opéra Bastille et la Bibliothèque nationale de France que François Mitterrand aura tout juste le temps d'inaugurer avant la fin de son mandat. 

Pas de grands chantiers pour Hollande et Sarkozy

Si le premier président socialiste de la Ve République avait vu grand, avant lui, ses prédécesseurs avaient eux aussi voulu marquer l'histoire : Georges Pompidou a été l'instigateur du grand musée d'art et de culture contemporaine devenu en 1977 Centre Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, moins féru d'art contemporain, a lancé le projet du Musée d'Orsay ; quant à Jacques Chirac, amoureux des arts premiers, il a porté la création du Musée du Quai Branly (qui porte depuis 2016 son nom). 

Et après ? Nicolas Sarkozy a lancé puis abandonné l'idée d'une "Maison de l'histoire de France" à la place des actuelles Archives nationales, à Paris. Quant à François Hollande, son projet architectural d'envergure, une grande rénovation de l'Île de la Cité, n'a été dévoilé qu'en février 2017, trop tard pour que le projet lui soit solidement attaché dans la postérité, et surtout sans aucune certitude que son successeur lui emboîte le pas. 

Ces "grands travaux", souvent vus comme un fait du prince, ne sont-ils pas des décisions on-ne-peut-plus "jupitériennes" ? Dès lors, quel pourrait être le "grand projet" de la présidence Macron ? 

Un musée… mais de quoi ?

Parmi les grandes réalisations qui sont attachées à un président de la République, les musées arrivent en bonne place : Beaubourg, Orsay, le Louvre et le Quai Branly sont fièrement arrimés à l'image du président qui les ont voulus (ou rénovés). 

Mais entre-temps, la donne a changé dans le paysage des musées : pour les grandes réalisations parisiennes, le privé a pris le pas sur le public. La fondation Louis Vuitton en 2014, l'ouverture cette semaine de la fondation Lafayette Anticipation et le futur lieu d'art de François Pinault dans l'ancienne bourse de Paris, dont l'ouverture est prévue en 2019, montrent ce changement de donne. Bien que soutenus par les pouvoirs publics, ils sont financés (ainsi que leurs collections) par des fonds privés

Mais c'est peut-être, paradoxalement, à l'étranger qu'Emmanuel Macron imprimera sa patte en matière de culture française. Si le Louvre Abu Dhabi a été initié avant son mandat, les partenariats signés par le Centre Pompidou à Bruxelles et Shanghai, pourraient être l'une des marques de la politique culturelle française sous Macron.  

Urbanisme, JO, Grand Paris : une vision à "trop" long terme ? 

Faut-il plutôt chercher du côté des grands projets urbains ? De ce point de vue, en revanche, Emmanuel Macron soutient de nombreux projets. Il y a, d'une part, les aménagements en vue des Jeux Olympiques de 2024, dont une deuxième salle à côté de l'actuel Palais omnisports de Paris-Bercy, et surtout une métamorphose de Saint-Denis pour acceuillir le village olympique.

D'autre part, il y a les grands chantiers du Grand Paris Express, censés métamorphoser les villes autour de Paris aux abords des gares des futures lignes de métro 15 à 18 : en octobre dernier, 51 projets d'urbanisme ont été présentés pour l'ensemble de l'Île-de-France

Mais ces projets seront-ils vraiment ceux d'Emmanuel Macron ? Même si le Président soutient tous ces chantiers, le Grand Paris a été initié avant le début de son mandat, et la décentralisation déporte ces projets à l'échelle de la métropole du grand Paris, dirigée par Patrick Ollier. Même chose pour les Jeux Olympiques, où la candidature de Paris a avant tout été portée à bout de bras par la maire de Paris, Anne Hidalgo. 

D'autant plus que pour les chantiers du Grand Paris, l'horizon est encore loin, aux alentours de 2030. Peut-être trop loin pour qu'Emmanuel Macron y imprime sa patte. 

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