[scald=37441:sdl_editor_representation]par Samia Nakhoul

TRIPOLI (Reuters) - Les Tripolitains étaient confrontés samedi aux pénuries d'eau courante et d'électricité, sur fond d'accalmie des combats dans la capitale, les insurgés s'efforçant désormais de réduire les derniers bastions de Mouammar Kadhafi à travers le pays.

On ignore toujours où se trouve le Guide libyen, s'il est toujours quelque part dans Tripoli ou s'il a réussi à échapper aux mailles du filet tendu par les insurgés.

Un convoi de six Mercedes a franchi vendredi la frontière algérienne, a rapporté l'agence de presse égyptienne Mena. Selon une source citée par l'agence, il n'est pas impossible que ce convoi évacuait de hauts responsables libyens, voire Mouammar Kadhafi lui-même et ses fils.

Des tirs sporadiques étaient encore entendus dans Tripoli, mais l'on était loin des combats de rue de ces derniers jours, dont la plus grande part a eu pour cadre le quartier d'Abou Salim.

Le Conseil national de transition (CNT) s'efforce désormais d'étendre son autorité sur Tripoli, mais ses hauts responsables n'ont pas encore quitté Benghazi, en Cyrénaïque, où il a été basé dès sa création.

La route côtière menant à Tripoli est encore coupée par les partisans de Kadhafi au niveau de Syrte, ville natale du n°1 libyen, à 450 km à l'est de la capitale. Les troupes fidèles à Kadhafi refusent de se rendre aux insurgés, qui escomptaient tout d'abord une capitulation rapide de cette ville côtière.

"D'intenses consultations et négociations sont en cours avec les chefs de la communauté de Syrte", a expliqué à Tripoli un porte-parole du CNT, Mahmoud Chammame. "Nous sommes en mesure de nous en emparer militairement, mais nous souhaitons la prendre sans faire couler le sang", a-t-il ajouté.

Les insurgés se sont emparés vendredi du poste de Ras Jdir, à la frontière avec la Tunisie, et des combats subsistaient samedi aux abords de Zouara, ville à 160 km à l'ouest de Tripoli, a-t-il précisé.

"Les brigades de Kadhafi pilonnent la route, mais nous espérons nous rendre maîtres du secteur dans la journée", a déclaré Mahmoud Chammame.

LES ORDURES S'ENTASSENT DANS LES RUES DE TRIPOLI

Tripoli, où vivent deux millions d'habitants, est encore loin d'avoir retrouvé son visage habituel. Les services de base se sont effondrés et les pénuries dominent.

"Il y a d'importantes pénuries de carburant, de vivres et de matériel médical, notamment sur les hauteurs du djebel Nefoussa (ouest du pays) et à Tripoli", a dit à New York le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Selon des informations dont il s'est fait l'écho, le système d'adduction d'eau de la capitale et de ses environs pourrait s'effondrer, ce qui mettrait en danger trois millions d'habitants, voire plus.

Les pénuries dans Tripoli se sont aggravées alors même que le président du CNT, Moustafa Abdeldjeïl, a déclaré jeudi que ses forces avaient découvert de gigantesques stocks de vivres et de médicaments amassés dans la capitale par le clan Kadhafi, à même d'éloigner pour un moment le spectre de telles pénuries.

Chammame a indiqué que le CNT souhaitait la reprise du travail du personnel de la compagnie National Oil Corporation (devenue de facto le ministère de l'Energie), avant toute chose pour faire face aux pénuries d'essence ou de gaz naturel.

"Une cargaison de fioul doit arriver. Une cargaison de bonbonnes de gaz sera disponible dans deux jours", a-t-il dit. "Une réunion s'est tenue à la raffinerie de Zaouïah pour évoquer les moyens d'approvisionner l'ouest de la Libye en gaz et de remettre en service la raffinerie".

Des ordures, dégageant une odeur pestilentielle, s'entassent dans les rues de la capitale. Dans certains quartiers, les habitants y ont mis le feu pour éviter le déclenchement d'épidémies. L'électricité est coupée fréquemment et l'eau courante arrive rarement. Les habitants apportent des conteneurs vides dans les mosquées, qui disposent souvent de puits dans leur cour. Devant une mosquée, on a affiché cet écriteau: "Il ne reste plus d'eau".

Dans le quartier d'Abou Salim, des caisses de cartouches jonchent une place. Une cinquantaine de véhicules, carbonisés, sont abandonnés ici et là, portières ouvertes.

Des dizaines de corps en décomposition gisent dans l'hôpital du quartier et aux abords, abandonnés par le corps médical durant les combats.

Les cadavres de 53 personnes ont été découverts dans un entrepôt du sud de la ville, a rapporté samedi la chaîne britannique Sky News, selon laquelle ils semblent avoir été exécutés.

"C'est une scène de massacre", déclare le correspondant de la chaine, Stuart Ramsay, d'après lequel 150 personnes ont été assassinées dans ce secteur les 23 et 24 août, alors que les insurgés engageaient la bataille pour faire tomber la capitale.

Avec Adrian Croft à Londres; Eric Faye pour le service français

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