[scald=65687:sdl_editor_representation]par Guillaume Frouin

NOTRE-DAME-DES-LANDES , 18 novembre (Reuters) - Pomme de discorde des négociations entre socialistes et écologistes, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) est combattu par des militants anarchistes, qui viennent occuper illégalement les maisons rachetées ou les zones en friches.

Depuis deux ans, une centaine d'entre eux ont aménagé des cabanes ou investi des caravanes dans une quinzaine de lieux, répartis sur les 1.650 hectares de cette "zone d'aménagement différé" (ZAD) à 30 kilomètres au nord de Nantes et 90 km au sud de Rennes.

Au lieu-dit Le Sabot, une demi-douzaine de baraquements ont ainsi été érigés sur un terrain défriché il y a maintenant six mois. Alimentés en électricité par des panneaux solaires, ses occupants y font aujourd'hui pousser "des légumes qui sentent bon la lutte", vendus à prix libre aux occupants de la ZAD.

"En étant présents ici, on s'oppose concrètement aux travaux préliminaires des géomètres et des bureaux d'étude", explique Camille, 25 ans. "On leur rend la tâche plus difficile, car ils ont besoin des forces de l'ordre pour intervenir."

"Nous voulons réoccuper cette zone, que les décideurs de ce projet se sont efforcés de vider depuis trente ans", complète Nicolas, un autre opposant au projet. "Il n'y a peut-être pas des milliers d'habitants ici, mais il y a des milliers d'hectares de terres à sauver."

LUTTE GLOBALE

Le combat contre cet aéroport interrégional du Grand Ouest, imaginé en 1965 pour accueillir le Concorde et qui doit recevoir l'Airbus A380 en 2017, s'inscrit aussi pour ces militants dans le cadre plus large d'une lutte contre l'économie de marché.

Des réunions ont ainsi lieu deux fois par semaine pour piloter collectivement la vie de cette zone à défendre et organiser par exemple l'accueil des journalistes ou la collectivisation des potagers.

D'autres opposants au projet ont eux décidé d'occuper illégalement des maisons rachetées à leurs propriétaires par le conseil général de Loire-Atlantique, comme au lieu-dit Les Planchettes, où des bornes de géomètres arrachées sont exhibées comme des trophées.

Tous font l'objet depuis juin de procédures d'expulsion, qui devraient être effectives pour certains dès le mois prochain. Ils sont néanmoins bien accueillis par les riverains, comme Alain Bretesché, locataire en bail précaire avec sa famille d'un ancien corps de ferme racheté par le conseil général.

"Nous avons de très bons rapports avec les nouveaux arrivants, même si on ne vit pas de la même façon", insiste cet électricien de 44 ans originaire de la commune, qui peut être expulsé du jour au lendemain d'ici deux mois. "Vinci pensait peut-être arriver ici avec un truc prêt à aménager, mais il reste des gêneurs dans le coin".

EXCELLENCE ENVIRONNEMENTALE

La construction et la concession du futur aéroport ont été confiées il y a un an au groupe Vinci, qui évalue son coût à 560 millions d'euros. Il en déboursera 320, le reste étant payé par l'Etat (125,5 millions) et les collectivités locales (115,5 millions).

Le projet, dont les écologistes réclament l'abandon, est soutenu par les élus socialistes locaux, parmi lesquels le député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault. Il a fait l'objet d'un "constat de désaccord" entre les deux partis, en marge de leur accord en vue des élections présidentielles et législatives de 2012.

Le même cas de figure s'était déjà présenté lors des dernières élections régionales en Pays de la Loire, où les écologistes avaient conclu un accord électoral avec les socialistes sans s'interdire de manifester contre le projet et de ne pas voter les crédits nécessaires.

Présenté par ses promoteurs comme un "transfert" de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique, situé en périphérie immédiate de la ville et menacé selon eux de "saturation", ce nouvel aéroport vise à réduire les nuisances en termes de bruit et le "sentiment d'insécurité" d'une partie des habitants de l'agglomération survolés par les avions.

Sa construction, qui "a pour ambition l'excellence environnementale", doit démarrer en 2014.

Edité par Thierry Lévêque et Jean-Philippe Lefief

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.