[scald=218477:sdl_editor_representation]par Sybille de La Hamaide

PARIS (Reuters) - Six carcasses de chevaux contenant des produits potentiellement nocifs pour la santé humaine, et pas seulement trois, ont failli se retrouver sur le marché français en raison d'un cafouillage entre les autorités sanitaires britanniques et françaises, disent les sociétés impliquées.

Ces carcasses font partie d'un lot de huit testées positives au phénylbutazone au Royaume-Uni, dont six ont été exportées vers la France en plein scandale de la viande de cheval, même si les deux affaires ne sont a priori pas liées.

Elles avaient un seul et même client: la Ferme du Paradis, une société basée à Calais, qui distribue de la viande de cheval à près de 4.000 clients par jour sur les marchés.

Le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé samedi dernier que trois carcasses de viande, arrivées avant les résultats des tests, étaient entrées dans la chaîne alimentaire et consommées, tout en minimisant les risques sanitaires de cet anesthésiant anti-inflammatoire souvent utilisé pour les chevaux.

Mi-février, il avait déclaré que les trois autres testées positives avaient en revanche été interceptées dans le Nord-Pas-de-Calais et qu'elles allaient être détruites.

Mais une confusion administrative a fait qu'il s'en est fallu de peu pour qu'elles entrent elles aussi dans le circuit, seulement quelques jours après l'annonce du ministre.

Sur la base d'informations reçues par les autorités britanniques, la Food Safety Authority (FSA), la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) a transmis les références des carcasses testées positives au phénylbutazone à la Ferme du Paradis.

Mais les numéros étaient erronés.

La société, qui compte 120 salariés, a ainsi mis de côté des carcasses saines et libéré les carcasses testées positives, expliquent les sociétés et les autorités concernées.

"On aurait pu avoir des carcasses mauvaises qui soient commercialisées et des bonnes qui ne le soient pas parce qu'ils avaient fait l'amalgame entre des numéros," a déclaré Didier Duchêne, directeur de la Ferme du Paradis.

HUIT TONNES DE VIANDE DÉTRUITES

Lorsqu'elles ont constaté l'erreur il était trop tard, la viande avait déjà été mélangée avec le reste et était prête à partir. Huit tonnes de viande fraîche ont donc dû être détruites pour éviter que la viande intoxiquée ne soit vendue.

"On a jeté à la poubelle un peu plus de sept tonnes de viande totalement saine," explique Didier Duchêne.

Ce dernier a évalué le préjudice entre 25.000 et 30.000 euros, soulignant toutefois que la facture revenait à l'exportateur britannique, un abattoir situé à Taunton, dans l'ouest du Royaume-Uni, ce qu'a confirmé son propriétaire, Stephen Potter, dans un entretien téléphonique.

Les autorités françaises imputent la faute aux Britanniques, selon un document de la DDPP demandant à la Ferme du Paradis d'échanger les lots et dont Reuters a eu une copie.

"Les informations transmises par les autorités sanitaires britanniques n'étant pas suffisamment précises, une confusion est intervenue entre le numéro de frappe présent sur les carcasses équines et le numéro de tuerie repris dans les documents relatifs à l'alerte," écrit la DDPP.

"En voyant ça, on se demande si on est vraiment en sécurité," s'inquiète Didier Duchêne, soulignant que les inspecteurs de la DDPP ne sont pas des professionnels de la viande.

La FSA reconnaît que les chiffres transmis pouvaient prêter à confusion.

Elle souligne que les tests sont devenus obligatoires au Royaume-Uni depuis la fin-janvier à la suite du scandale de la viande de cheval, tout en ajoutant que des enquêtes aléatoires menées précédemment indiquaient que près de 6% des carcasses de cheval britanniques testées contenaient du phénylbutazone.

Ce produit est interdit aux animaux destinés à la consommation humaine en raison de sa dangerosité potentielle.

Le dépistage n'est pas obligatoire en Europe et repose sur la bonne foi des propriétaires qui doivent déclarer sur un document s'ils ont utilisé le produit pour soigner leur cheval.

Avec Neil Maidment à Londres, édité par Yves Clarisse

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