Le président Emmanuel Macron, mais aussi une quinzaine de ministre du gouvernement Philippe ont potentiellement été ciblé par le logiciel espion Pegasus pour le compte du Maroc.

Le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 24 octobre 2017.
Le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 24 octobre 2017. © AFP / Eric Feferberg

Le téléphone utilisé par Emmanuel Macron pendant sa campagne de 2017 et après son élection faisait partie de la liste des nombreux numéros potentiellement ciblés par le renseignement marocain grâce au logiciel espion Pegasus. Il n’est pas possible d’affirmer que le chef de l’État a été espionné, mais l’Élysée réagit, "si ces faits sont avérés ils sont évidemment très graves". Une bonne partie du gouvernement en place en 2019 est aussi sur la liste marocaine : une quinzaine de ministres sont concernés, dont le premier d'entre eux à l'époque, Édouard Philippe. La question de l'usage que font les membres du gouvernement de leur téléphone portable se pose.

Huit règles d’or

Quand un ministre et son cabinet prennent leurs fonctions, ils sont systématiquement briefés par un haut fonctionnaire spécialisé. Les premières règles édictées sont les suivantes : ne pas laisser son téléphone dans une chambre d'hôtel et ne jamais le brancher sur le port USB d'un taxi. Un téléphone Samsung crypté est remis au nouveau ministre. C'est ce numéro qu'il faut utiliser pour les échanges confidentiels au sein du gouvernement.

Un guide des bonnes pratiques est remis aux ministres et à leurs équipes. "Huit règles d’or" y sont y inscrites : "Séparez strictement vos usages à caractère personnel de ceux à caractère professionnel", "ne connectez pas vos équipements professionnels sur des réseaux non maîtrisés comme le Wi-Fi public" ou encore "considérez tout cadeau (clé USB, Wi-Fi gratuit, etc.) comme piégé et placez en lieu sûr tout document ou matériel sensible"

Le guide prend pour exemple différents scénarios : "Un agent ministériel se fait voler son ordinateur personnel dans le coffre de sa voiture. Interrogé, il signale aux autorités qu’il y stockait un répertoire contenant l’ensemble de ses contacts interministériels. Dès le lendemain, l’incident fuite dans la presse et est rapidement repris sur les réseaux sociaux." Un autre scénario imagine une réception "par son homologue étranger pour une entrevue dans une ambassade. Un conseiller décide de garder sur lui son téléphone, faisant fi des consignes exigeant le dépôt de ses équipements auprès des équipes de sécurité. Compromis, le téléphone a permis à un groupe aux intérêts douteux de suivre cet échange en direct."

Teorem, le téléphone crypté très peu utilisé

Ce guide, publié en 2017, alerte bien sur la possibilité d’être espionné : "Vos communications peuvent être écoutées, ne communiquez pas d’information confidentielle à partir de votre téléphone mobile." Par exemple, pour les appels téléphoniques classifiées, un ministre ou son conseiller peut demander "un téléphone interministériel sécurisé mobile Teorem". Ce téléphone à clapet ultrasécurisé est fourni aux plus hauts représentants de l’État. Les communications sont chiffrées. Il est conçu par Thales, compliqué à utiliser, il n’y a pas d’application ni d’accès aux réseaux sociaux. En 2017, 3 325 Teorem étaient utilisés en France, selon l’Anssi, l’agence chargée de la sécurité numérique de l’État. 

Mais nombreux sont les ministres qui se plaignent d'une technologie trop lourde, trop lente. Ils préfèrent, sauf pour leurs mails ou leur agenda, continuer sur les applications de leurs propres smartphones. "Personne n'arrive à se passer de son téléphone, car on n'est pas ministre à vie !" confie un membre du gouvernement, pourtant très exposé. Certaines règles sont scrupuleusement respectées, aucun téléphone n’est toléré dans l'enceinte d'un conseil des ministres ou d'un conseil de défense.

L’affaire Pegasus révèle "la vulnérabilité de nos systèmes et de nos démocraties", estime un ministre de premier plan, inquiet pour la campagne présidentielle. Pour Matignon, Pegasus est un exemple concret de l’utilité d'une agence spécialisée, qui sera créée en septembre et mobilisera à terme 60 personnes, pour traquer les manipulations de l'information en provenance de l'étranger.