Après son passage dans le JT de TF1 jeudi 12 avril, depuis une école de l'Orne, le président de la République a livré dimanche soir un grand entretien de plus de 2h30. Mené par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, l'entretien a pris des tournures de débat.

Le président de la République Emmanuel Macron face aux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel
Le président de la République Emmanuel Macron face aux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel © AFP / FRANCOIS GUILLOT

C'est un ton inédit pour un entretien présidentiel. Face aux deux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, qui s'illustrent l'un et l'autre à RMC et Mediapart pour leur pugnacité et leur ton franc et rentre-dedans, Emmanuel Macron a été soumis à un flot de questions dont certaines ressemblaient parfois à des interpellations.

Mais sur la forme, malgré les invectives des uns ou de l'autre, reprochant des inexactitudes, des "amalgames" ou des "bêtises", rien de vraiment neuf dans le discours présidentiel.

Le chef de l'État a pourtant tenté une nouvelle fois de donner du sens à sa politique, alors que la contestation se fait forte, un demi-siècle après Mai-68. Grève des cheminots, des étudiants, évacuation de Notre-Dame-des-Landes, critiques autour de la décision d'une intervention ciblée en Syrie... S'il entend toutes les colères, Emmanuel Macron réfute une "coagulation des mécontentements".

"Pas de nouvel impôt"

Évoquant la grève en pointillés des cheminots, "c'est une colère que je comprends, que je respecte mais qui est liée à une décision que nous prenons, que j'assume, une réforme que nous mènerons jusqu'au bout", a-t-il développé.  Il a rappelé que s'il avait "dès le jour de (son) investiture" évoqué le besoin de "réconcilier le pays", ça ne se ferait "pas du jour au lendemain".

Qualifié de "président des riches", Emmanuel Macron a ainsi défendu la suppression partielle de l'ISF afin de "garder les talents, les attirer et réinvestir dans notre économie".  La fiscalité n'augmentera durant le quinquennat et "il n'y aura pas de création d'un nouvel impôt local, ni d'un impôt national", a assuré le chef de l'État.

Il a également affirmé qu'il n'y aurait "pas d'économies sur l'hôpital dans ce quinquennat" et qu'il annoncerait "début mai" des décisions pour tenter de répondre à la crise des services d'urgences. 

Concernant la SNCF, Emmanuel Macron a confirmé que l'État reprendrait "progressivement" une partie de la dette de la SNCF "à partir du 1er janvier 2020" quand le groupe serait réformé, sans toutefois avancer de montant. Cette dette devrait alors atteindre une cinquantaine de milliards d'euros. 

Pour l'hôte de l'Élysée, les étudiants sont "souvent minoritaires" parmi ceux qui bloquent les universités pour contester la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur. Il a dénoncé des violences "inadmissibles".  

Alors que de nouveaux heurts se sont déroulés dimanche à Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron a en outre jugé que la "colère" des opposants à l'expulsion de la Zad n'était "pas légitime", et que "tout ce qui devra être évacué le sera".

La France n'a "pas déclaré la guerre" au régime syrien

Le Président a longuement justifié les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi contre des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar al-Assad, en affirmant que c'était "la communauté internationale qui est intervenue"

Il a toutefois affirmé que la France n'avait "pas déclaré la guerre au régime". Le président a expliqué qu'il voulait désormais "convaincre" les Russes et les Turcs de venir à la table des négociations, insistant sur le fait qu'il voulait "parler avec tout le monde" sur le dossier syrien. "Nous avons regagné de la crédibilité au regard des Russes" après les frappes, a-t-il estimé.

Au total, l'intervention aura duré 2h40, depuis le Palais de Chaillot, la tour Eiffel scintillant toutes les heures en fond du Président, comme pour attester du direct de l'entretien. Un semi-marathon à l'issu duquel Emmanuel Macron a répondu "chiche" pour recommencer, dans un an.

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