[scald=95779:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La stratégie de dédiabolisation du Front national n'est qu'une façade et islamophobie et racisme constituent toujours l'ordinaire du parti d'extrême droite, affirme une journaliste qui a infiltré le FN pendant huit mois.

Dans "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée", qui sortira le 27 février, Claire Checcaglini raconte avoir gravi les échelons du mouvement, qui lui aurait proposé d'être candidate aux législatives à Neuilly-sur-Seine, près de Paris.

"J'ai voulu prouver que cette 'dédiabolisation' du FN était fausse", explique-t-elle sur le site d'information Mediapart, qui publie des extraits de l'ouvrage.

Claire Checcaglini a effectué une immersion au sein du FN des Hauts-de-Seine, de mai 2011 à janvier 2012, comme l'avait déjà fait la journaliste Anne Tristan en 1987 dans les quartiers Nord de Marseille.

Bien que les Hauts-de-Seine soient le département le plus riche de France, les quartiers populaires y sont nombreux. "Je suis allée rencontrer la frange de la classe moyenne qui vote pour le Front national", explique la journaliste.

Claire Checcaglini a utilisé un nom d'emprunt, Gabrielle Picard, et s'est inventé une profession, "écrivain public".

Elle affirme que son objectif était de voir si le parti dirigé depuis janvier 2011 par Marine Le Pen, qui suscite, selon elle, un véritable engouement, avait vraiment changé et ce qui liait ses militants.

"Marine Le Pen ayant une apparence assez sympathique, je me suis dit qu'elle avait peut-être finalement attiré des personnes avec son discours de 'dédiabolisation'. J'ai au contraire trouvé beaucoup de gens racistes et assumant leur racisme", dit-elle.

L'ISLAMOPHOBIE, CIMENT DES MILITANTS

"En réalité, les gens sont au Front national essentiellement parce qu'ils sont contre les musulmans", ajoute-t-elle, affirmant que l'islamophobie est le ciment de 99% des militants.

Selon Claire Checcaglini, les thèmes économiques et sociaux mis en avant depuis plusieurs mois par la candidate à l'élection présidentielle sont peu évoqués par les militants.

"Parler de souveraineté, ce n'est pas tout à fait aussi facile que de dire 'j'en ai marre de ces Ben-merguez'", avance-t-elle.

La journaliste confirme les difficultés de la chef de file du Front national pour recueillir les 500 parrainages de maires lui permettant de se présenter à la présidentielle.

Elle souligne cependant avoir rencontré- alors qu'elle même participait à la chasse aux signatures - des maires UMP "très accueillants".

Elle cite ainsi Philippe Pemezec, maire du Plessis-Robinson, qui aurait refusé sa signature faute de pouvoir se retrancher derrière l'anonymat mais était "ravi d'échanger auprès de personnes qui vont le comprendre."

"Il nous dit: 'Moi, je me suis jamais trompé d'ennemi, je suis de droite, et j'ai même voté Jean-Marie Le Pen en 2002 contre Jacques Chirac.'"

Claire Checcaglini affirme avoir hérité très vite de responsabilités au FN, devenant responsable du parti à Neuilly, puis responsable "formations-débats" en Ile-de-France.

"Donc j'ai pu moi-même initier des réunions, comme celles des formations", dit-elle.

Gérard Bon, édité par Patrick Vignal

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