les écologistes divisés au sujet du brûlot de cécile duflot
les écologistes divisés au sujet du brûlot de cécile duflot © reuters

"De l'intérieur, voyage au pays de la désillusion". Le titre de l'ancienne ministre du logement, Cécile Duflot, annonçait la couleur ces dernières semaines. Un an après leur départ du gouvernement, les membres d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) entendent désormais se montrer très critiques sur la politique de François Hollande, orchestré aussi par Manuel Valls et son équipe.

La dirigeante écologiste considère dévastatrice la manie du chef de l'Etat de fixer des objectifs"qu'il ne peut pas tenir".

__

J'ai voté Hollande, cru en lui et été déçue... J'ai essayé de l'aider à tenir ses promesses, de l'inciter à changer la vie des gens, de le pousser à mener une vraie politique de gauche. Et j'ai échoué. Alors je suis partie.

Cécile Duflot justifie alors son départ du gouvernement Ayrault en mars 2013, et celui du second ministre Vert Pascal Canfin, par son impuissance à peser sur les choix de François Hollande.

Les explications pour France Inter de Christine Moncla :

Cécile Duflot dénonce globalement "Un discours d'affichage non suivi d'effets" de la part du président de la République :"A force d'avoir voulu être le président de tous, il n'a su être le président de personne" Mais Manuel Valls en prend aussi pour son grade. L'élue écologiste considère que son arrivée à Matignon a précipité son départ. Elle voit en lui quasiment un homme de droite :

A force de reprendre les arguments et les mots de la droite, de trouver moderne de briser les tabous, et donc de défendre la fin des trente-cinq heures, de dénoncer les impôts, de s'en prendre aux Roms, de prôner la déchéance de la nationalité pour certains condamnés, de taper sur les grévistes, quelle est la différence avec la droite ?

Emmanuelle Cosse
Emmanuelle Cosse © MaxPPP

Ce jeudi matin, à quelques heures du démarrage des débats à Bordeaux, c'est la secrétaire nationale d'EELV Emmanuel Cosse qui prend le relais.

Dans une interview à Libération, elle justifie de ne pas "dire amen" à la politique du gouvernement.

Toutefois, la responsable souligne que le mouvement écologiste reste partenaire de la majorité :

J'assume notre appartenance à la majorité, mais aussi notre devoir de dire que la gauche, quand elle gouverne, doit réussir et s'en donner les moyens. Ce n'est pas parce que nous sommes partenaire du PS que nous devons dire amen à sa politique. Hollande et Valls ne travaillent pas assez à avoir au Parlement une majorité de gauche plus large.

Les Verts sont donc dans le sud ouest jusqu'à samedi pour affuter leurs arguments. Aucune réponse officiel n'est venu de l'Elysée ou de Matignon. Dans son interview accordée mercredi au Monde, François Hollande a surtout voulu adresser un message d'apaisement au Parti radical de gauche, dernier allié du PS après le départ des Verts du gouvernement.

Le PRG se montrait inquiet de la réforme territoriale et menace de faire bande à part. Son président Jean-Michel Baylet exigeait notamment le "maintien du conseil général dans les départements ruraux" . Le PRG, fort de trois ministres, menaçant de quitter le gouvernement.Et puis, selon le canard enchaîné de mercredi, Manuel Valls aurait donné des instructions aux membres de son équipe pour attaquer le bilan de Cécile Duflot, ancienne ministre du logement.

"Qu'attend-on des écologistes ?"

Mais la contestation à Bordeaux pourrait venir également des écologistes envers les écologistes. Certains évoquent pudiquement des "discussions internes sur la stratégie" . Et la secrétaire nationale Emmanuelle Cosse renchérit : "Si le parti est divisé, c'est aussi que la situation politique n'est pas bonne".

Les précisions de Christine Moncla :

jean-vincent placé appelle les lycéens à se mobiliser en faveur de leonarda
jean-vincent placé appelle les lycéens à se mobiliser en faveur de leonarda © reuters

Jean-Vincent Placé chef de file des sénateurs écologistes affiche lui aussi un regard critique en interne "le mouvement est dans une position un peu complexe et confuse". Deux grosses sessions vont traduire les doutes d'EELV pendant ces trois jours. L'un des titres est d'ailleurs évocateurs : "qu'attend-on des écologistes ?"La contestation s'est exprimée également ces derniers mois avec le départ de grandes voix du mouvement. La sénatrice Marie-Christine Blandin a quitté EELV, dans lequel elle dit "ne plus se retrouver" . En juin dernier, elle dénoncé alors "invectives" et "volte-face" .

"La crise d'adolescence n'est pas terminée"

L'élue critiquait ses anciens collègues et"le manque de travail collectif et d'anticipation pour les sénatoriales, ce qui aboutit à des déchirements de dernière minute, à des échanges personnifiés et violents et à un vote du bureau exécutif qui fragilise l'avenir du groupe au Sénat".

Yves Cochet ancien ministre écologiste de Lionel Jospin ne croit pas que les verts sont devenus adultes. Il était ce jeudi l'invité du journal de 13 heures de Patrick Boyer :

L'ancienne ministre du gouvernement Jospin, Dominique Voynet, n'est pas tendre non plus. Dans une interview au Figaro ce jeudi, l'ancienne secrétaire nationale des Verts estime que la "crise d'adolescence" d'EELV n'est pas "terminée" . Ce qu'elle résume aussi à travers une question :"Pèse-t-on plus depuis que l'on a quitté le gouvernement ? Bien sûr que non !".

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.