Ségolène Royal a été élue députée pour la première fois en 1988. Ce mercredi, elle sort "Ce que je peux enfin vous dire", un livre de 289 pages, édité par Fayard, dans lequel elle raconte toutes les attaques sexistes dont elle a été victime au cours de sa carrière. Jusqu'à très récemment.

La première partie du livre de Ségolène Royal s'intitule "Femmes en politique : survivre dans un monde d'hommes"
La première partie du livre de Ségolène Royal s'intitule "Femmes en politique : survivre dans un monde d'hommes" © AFP / Eric Piermont

Il y en a plusieurs dizaines. Peut-être plus d'une centaine. Des très récentes et des plus anciennes. L'ancienne candidate à l'élection présidentielle révèle dans "Ce que je peux enfin vous dire" les nombreuses attaques sexistes dont elle a été victime au cours de sa carrière politique.

En 1988, à la tribune de l'Assemblée : "À poil!"

La première partie de son livre s'intitule "Femmes en politique : survivre dans un monde d'hommes". Ségolène Royal raconte ses premiers pas de députée en 1988. "L'une des premières fois où je suis montée à la tribune de l'Assemblée nationale pour m'exprimer, j'ai effectivement entendu, comme tous les députés présents, l'un d'entre eux me crier 'À poil !' Puis les ricanements de ceux qui l'entouraient, tout cela dans l'absence totale de réactions du président de l'Assemblée et des autres députés". 

Elle est députée mais on lui demande si elle est "assistante"

Elle raconte aussi que les hommes députés entraient sans problème à l'Assemblée mais que "les députées femmes étaient systématiquement bloquées à l'entrée pour justifier leur identité". Avec, "immanquablement la question : 'vous êtes l'assistante de qui ?'".

En 2000, Ségolène "la vache folle"

En novembre 2000, elle participe à la commission d'enquête sur les farines animales. Le député qui préside la commission et dont elle ne donne pas le nom, commente alors : "Ségolène Royal est désignée. Nous nous réjouissons ainsi de la participation d'une vache folle au bureau de la commission d'enquête". Selon cette page du Sénat, le président de cette commission est l'actuel sénateur (UMP) de l'Allier Gérard Dériot.

Moins de 10% de femmes à l'Assemblée

Lors de son second mandat, en 1995, il y a moins de 10% de femmes à l'Assemblée. "J'observe à ce moment-là avec consternation que, depuis mon élection en 1988, rien n'a vraiment bougé", écrit Mme Royal. 

En 2007, Alain Duhamel l'oublie purement et simplement

À quelques mois de la présidentielle de 2007 au cours de laquelle elle affrontera Nicolas Sarkozy, le politologue Alain Duhamel publie "Les Prétendants", un ouvrage sur les principaux candidats à la présidentielle. Un livre dans lequel il omet de parler de Ségolène Royal qui sera pourtant finaliste... Il expliquera plus tard, raconte Ségolène Royal dans son livre, "qu'il n'avait pas vu venir ma candidature parce que, écrit-il, il 'ne s'intéressait guère à la politique des alcôves'".  

"La gauche bécassine"

La même année, à quelques jours de l'élection, Laurent Joffrin le patron de Libération publie un livre. Son titre ? "La gauche bécassine".

Les remarques condescendantes de Claude Allègre

En 2000, Ségolène Royal est secrétaire d'État à l'Enseignement scolaire, sous la tutelle du ministre de l'Éducation Claude Allègre. À la fin d'une réunion de recteurs, il dit, selon le récit de Mme Royal : "Je vous laisse avec la ministre déléguée, elle va vous parler des cantines, des enfants handicapés, des sorties scolaires et autres bricoles"... À un autre moment, le même Allègre lui aurait dit : "L'enseignement supérieur, c'est moi, parce que je suis chercheur ; le lycée, c'est fondamental, c'est moi, et le collège aussi d'ailleurs. L'école primaire, c'est moi aussi car j'ai des idées. Tu t'occuperas de la maternelle. Ah non, se ravise-t-il, l'école maternelle, puisque ma mère a été directrice d'école maternelle, je connais. Je m'en occupe."

Laurent Fabius : "Qui va garder les enfants ?"

Ségolène Royal raconte le festival de remarques sexistes auquel elle a eu le droit en 2006 et 2007 pendant la campagne. Le fameux "Qui va garder les enfants ?" de Laurent Fabius. "La présidentielle n'est pas un concours de beauté" (non attribué) ou "Les militants socialistes ne choisissent pas la couverture de Paris Match" (non attribué). L'ancienne candidate publie deux pages pleines de remarques sexistes qui datent de cette époque...

Il y a deux ans : "les gros seins à droite, les petits à gauche".

Certaines remarques sont très récentes. Cette scène se passe "il y a deux ans". Alors qu'elle est ministre de l'Environnement, Ségolène Royal a dû sanctionner un "cadre supérieur" qui s'adressait aux femmes en ces termes : "Les gros seins à droite, les petits seins à gauche".

Ségolène Royal raconte une scène édifiante en 2016, à Venise, alors qu'elle se trouve avec le président et deux ministres français.
Ségolène Royal raconte une scène édifiante en 2016, à Venise, alors qu'elle se trouve avec le président et deux ministres français.

En 2016, un ministre : "Bonne à faire autre chose que de la politique"

Cette autres scène se passe en mars 2016, à Venise, lors d'un sommet franco-italien. "Nous sommes dans un bateau en acajou dans la lagune de Venise". Elle est en présence du président français François Hollande, du Premier ministre italien Matteo Renzi et de deux ministres français hommes. Les deux ministres "chuchotent" en regardant le programme de la journée. Ils laissent échapper un rire gras. Ségolène Royal leur demande ce qu'il se passe. "Je les revois encore s'esclaffer en citant une ministre italienne qui doit participer à la réunion de travail : 'Celle-là, elle doit être bonne à faire autre chose que de la politique'". Selon elle, "Matteo Renzi blêmit et croise mon regard consterné".

Un an plus tôt, en 2015, à l'Elysée, lors d'un autre sommet franco-italien, "un ministre et non des moindres", se penche vers Ségolène Royal et lui glisse une remarque du même acabit à propos d'une ministre italienne : "Elle serait meilleure à faire autre chose que de s'occuper de son ministère !".

Ségolène Royal raconte une scène très gênante causée par les propos de deux ministres français lors d'un sommet franco-italien à Venise.
Ségolène Royal raconte une scène très gênante causée par les propos de deux ministres français lors d'un sommet franco-italien à Venise. © AFP / Filippo MONTEFORTE

En 2016, la remarque déplacée de Valls à Macron

En janvier 2016, au moment du débat sur la loi travail, s'est exacerbée la rivalité entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. Un matin, Emmanuel Macron dit dans la presse que la croissance est en berne. Quand ce dernier arrive dans l'hémicycle, Manuel Valls lui lance, devant Ségolène Royal : "Et ta q.......e, elle est en berne ?"

Mercredi matin, invitée de la matinale de France Inter, Ségolène Royale est revenu sur ces épisodes sexistes. 

"Le plus dur c'est d'être mise en cause dans son intelligence, d'être traitée de folle.  C'est très fréquent d'être traitée de folle, de quelqu'un d'incontrôlable, qui va perdre ses nerfs, qui fait des colères. J'ai repris les attaques de mon camps - les adversaires, c'est la règle du jeu - mais de son propre camps, aucun homme politique n'a connu cela et ce que j'ai voulu décrire c'est ce qu'une femme subit en politique et qu'un homme ne subit pas, en mettant bout à bout l'ensemble de ces attaques. Ces attaques sont insupportables."

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