Il a longtemps été le plus jeune président français de la Ve République. Valéry Giscard d'Estaing, celui qui, sous son mandat, a dépénalisé l’avortement et abaissé la majorité à 18 ans, et qui fut défenseur acharné de l'idéal européen, est mort ce mercredi 2 décembre des suites du Covid. Il avait 94 ans.

Valéry Giscard d'Estaing à Chamalières, dont il était le maire, lors du premier tour de l'élection présidentielle, le 5 mai 1974
Valéry Giscard d'Estaing à Chamalières, dont il était le maire, lors du premier tour de l'élection présidentielle, le 5 mai 1974 © Getty / Gamma-Rapho / Daniel SIMON

L'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing est mort, ce mercredi, à l'âge de 94 ans des suites du Covid. Admis en septembre dernier à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris, celui qui fut président de la République de 1974 à 1981 avait de nouveau été hospitalisé à Tours (Indre-et-Loire), en novembre.

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Plusieurs personnalités politiques ont fait part de leur tristesse comme l'ancien ministre et candidat à l'élection présidentielle, François Bayrou. Celui qui succéda à VGE comme leader du centre-droit estime que l'ancien président "dominait par la vivacité de son intelligence et la force de ses intuitions", selon l'AFP.

"Pour Valéry Giscard d’Estaing, l’Europe devait être une ambition française et la France une nation moderne" écrit sur Twitter Michel Barnier.

Pour Nicolas Sarkozy, sur Facebook, "Valéry Giscard d’Estaing aura toute sa vie œuvré au renforcement des liens entre les nations européennes, cherché et réussi à moderniser la vie politique, et consacré sa grande intelligence à l’analyse des problématiques internationales les plus complexes."

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Le pays "perd un homme d'État qui a fait le choix de l'ouverture au monde" et qui a "modernisé la France" écrit l'ancien président François Hollande, qui salue un homme "résolument européen". "Conscient de sa grande intelligence qu'il mettait au service de son pays, il espérait apparaître comme un président simple et proche des Français. Il n'a pas toujours été compris", écrit François Hollande.

À gauche encore, la maire de Paris Anne Hidalgo "salue cet Européen convaincu qui a œuvré pour inscrire notre pays sur la voie du progrès. Il portait Paris dans son cœur et lui a toujours voué un intérêt tout particulier."

Né en Allemagne

Né le 2 février 1926 à Coblence, en Allemagne, il était issu d'une famille bourgeoise qui avait obtenu le droit d'ajouter la particule "d'Estaing" en 1922 ; père inspecteur des Finances et mère elle-même petite-fille de ministre. Valéry Giscard d'Estain s'engage à 18 ans, en 1944, dans la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny ou il se distingue lors de la Libération, puis pendant huit mois en Allemagne et en Autriche jusqu'à la capitulation du Reich.

Il est bien moins âgé que sa calvitie ou ses stricts costumes ne le laissent penser, quand à 48 ans, en 1974, Valéry Giscard d'Estaing, ancien ministre de l'Économie et des finances de de Gaulle et Pompidou, se présente à la présidentielle, et élimine au premier tour Jacques Chaban-Delmas. À l'époque, il est encore peu connu.

Secrétaire d'État à 32 ans

Élève du lycée Louis-le-Grand à Paris, puis polytechnicien et énarque, il n'a que 29 ans lorsqu'il est nommé directeur adjoint de cabinet d'Edgar Faure, président du Conseil sous la VIe République et 32 ans lorsqu'il obtient, en 1959, son premier poste gouvernemental, comme secrétaire d'État aux Finances auprès du ministre des Finances Antoine Pinay.

C'est bien sa "jeunesse" qui sert d'argument électoral à ce ministre vu comme un peu hautain, mais qui veut succéder à un président qui vient de mourir et à un général, certes à la stature historique, mais octogénaire. Sur ses affiches électorales, il pose aux côtés de sa fille Jacinte, alors âgée de 13 ans. Personnalités et jeunes gens arborent cet été là le tee-shirt avec le slogan de sa campagne "Giscard à la barre".

Anne-Aymone Giscard d'Estaing et deux de ses enfants Valérie-Anne et Henri devant l'affiche de leur père pour la présidentielle 1974
Anne-Aymone Giscard d'Estaing et deux de ses enfants Valérie-Anne et Henri devant l'affiche de leur père pour la présidentielle 1974 © AFP

"Vous n'avez pas le monopole du coeur"

Le 10 mai, au cours du débat télévisé de l'entre-deux tours (le premier jamais organisé) face à François Mitterrand qui évoque une juste répartition des richesses car "c'est presque une question d’intelligence, c'est aussi une affaire de cœur", Valéry Giscard d'Estaing rétorque :

"Tout d'abord je trouve toujours choquant et blessant de s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur ! Vous ne l'avez pas... J'ai un cœur comme le vôtre qui bat à sa cadence et qui est le mien. Vous n'avez pas le monopole du cœur. "

Une phase que Giscard considère, dans "Le pouvoir et la vie", comme celle qui lui a permis de remporter l'élection.

Une présidence "moderne"

Le 27 mai 1974, ce nouveau président jeune et sportif marquera le début de son septennat par le refus de la jaquette traditionnelle et du collier de l'ordre de la légion d'honneur. Il choisit de poser dans le jardin de l'Élysée pour la photo officielle et descend à pied les Champs-Élysées.

En octobre 2018, à l’occasion du 60e anniversaire de la Ve République, un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et le Figaro dressait le palmarès des meilleurs présidents de ces 40 dernières années. Valéry Giscard d’Estaing récoltait alors 13% des citations en tant que meilleur président. Un an après, selon un sondage ifop pour le JDD, réalisé juste après le décès de Jacques Chirac, et en pleine vague d'émotion, VGE ne récoltait plus que 3%...

Pourtant les réformes mises en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing ont réellement marqué la société des années 70 et jusqu'à aujourd'hui.

Le gouvernement dirigé par Jacques Chirac ne compte que 15 ministres parmi lesquels des personnes issues de la société civile, comme Simone Veil à la Santé ou René Haby à l'Éducation nationale. Un secrétariat d'État à la Condition féminine est créé et confié à la journaliste Françoise Giroud.

VGE a fait, entre autres, voter l'abaissement de la majorité à 18 ans, a décidé la fin de la tutelle sur les médias via la suppression de l'ORTF (qui a vu la création de Radio France). Il a fait adopter des mesures d''égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Il a également voté la loi instaurant le divorce par consentement mutuel et la dépénalisation de l'avortement : cette seule réforme, portée par Simone Veil, est un puissant marqueur du septennat Giscard d'Estaing, comme le sera plus tard la suppression de la peine de mort par François Mitterrand. Giscard y avait pensé, mais l'opinion publique ne lui semblait pas encore prête à accepter une telle réforme.

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Le président qui se veut proche du peuple

Un nom à particule, un château, un phrasé un peu précieux, pourtant Giscard s'est vraiment voulu président populaire. On a de la peine à l'imager : mais le président jouait de l'accordéon à la télévision (et fort mal d'ailleurs).

C'est aussi un président qui s'invite régulièrement à la table des Français, pour connaitre leurs préoccupations, pour "regarder la France au fond des yeux", l'une de ses formules.

Le premier dîner a lieu le 22 janvier 1975, chez un encadreur. Puis ce sont les familles d'un chauffeur routier des Yvelines, d'un sapeur-pompier parisien, ou la famille d'un éducateur en menuiserie et ses amis pour le réveillon. Tous auront l'honneur de recevoir monsieur Giscard et madame, qui viennent d'ailleurs très simplement, sans escorte ni conseilleurs. Mais sans oublier tout de même une petite photo pour la presse. VGE avait bien compris l'intérêt de la communication.

Le geste le plus remarqué sera peut-être ce petit déjeuner offert à trois éboueurs de la ville de Paris à l'Élysée.

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Le virage de la rigueur

Le septennat a commencé en fanfare : le minimum vieillesse est, par exemple, majoré de 21%. Mais les deux chocs pétroliers signent la fin des Trente Glorieuses et le début des plans d'austérité qui s'accompagnent d'une augmentation des prix et du chômage qui atteindra le cap du million de personnes et l'arrivée de Raymond Barre comme Premier ministre. 

Malgré cela, et malgré le fait que Jacques Chirac se présente contre lui, Giscard est le favori de la campagne présidentielle de 1981. Une campagne qui sera marquée par "l'affaire des diamants de Bokassa" révélée par Le Canard enchaîné.

Jacques Chirac, 3e du premier tour, refuse d'appeler ses partisans à soutenir Valéry Giscard d'Estaing. Lors du débat télévisé de l'entre-deux tours, le 5 mai 1981, François Mitterrand qualifie Valéry Giscard d'Estaing d'homme du passif, en réaction à "l'homme du passé" dont Giscard l'avait affublé sept ans plus tôt.

Son discours de fin de mandat qu'il conclut par un "Au revoir", avant de se lever et de quitter la pièce dans un geste qui se veut "dramatique", sera utilisé et caricaturé au point de devenir le jingle de fin d'une émission de télévision.

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Valéry Giscard d'Estaing est resté dans les esprits comme l'Européen acharné. Mais celui qui publie en 2014 "Europa, la dernière chance de l'Europe" est également l'auteur de "Le Passage", un roman paru en 1994 où il raconte l'aventure entre un notaire et une jeune auto-stoppeuse. Dans la même veine paraîtra en 2009 "La Princesse et le Président", qui imagine une relation sentimentale entre deux personnages rappelant Lady Diana et lui-même...

Essais, romans ou mémoires, VGE est l'auteur de 14 livres qui lui vaudront d'être élu le 11 décembre 2003 à l'Académie française dès le premier tour de scrutin.

Une vaste réforme des médias publics

Coté médias, en décidant de supprimer l'ORTF, l'office qui regroupait jusque-là radio et télévision publique, VGE a fait naître sept organismes autonomes : Radio France pour la radio, TF1, Antenne 2 et FR3, pour la télévision, la SFP pour la production, TDF pour la diffusion et l’INA pour les archives.

Quelques années plus tard, en 1980, face à la multiplication des radios pirate et en prévision des élections, Radio France lancera Radio 7, une radio pour les jeunes, ainsi que Radio Bleue pour les seniors, et les premières radios locales : Fréquence Nord, Radio Mayenne, et Melun FM.