Deuxième grand oral devant l'Assemblée pour Manuel Valls
Deuxième grand oral devant l'Assemblée pour Manuel Valls © Radio France / Thomas Padilla

Dans sa deuxième déclaration de politique générale face aux députés, le Premier ministre a avant tout tenté de convaincre son propre camp, revendiquant une orientation politique à gauche. Avec des gages de bonne volonté socialiste, et notamment l'annonce d'une baisse d'impôt en 2015.

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Il devait simplement introduire brièvement le vote de confiance demandé aux députés : finalement, Manuel Valls est resté plus de 45 minutes devant l'hémicycle, pour un discours particulièrement offensif, censé rassurer les moins convaincus des élus socialistes... Voire ceux de l'opposition, qui a même applaudi lorsque le Premier ministre a évoqué les entreprises comme source de richesse pour la France.

Au final, pas de surprise : la confiance a bien été accordée par les députés, par 269 voix contre 244. C'est 37 voix de moins qu'en avril, quand il avait demandé (et obtenu) la confiance de l'Assemblée nationale après sa nomination comme Premier ministre. Une trentaine de députés socialistes (les fameux "frondeurs") ont préféré marquer leur désaccord sur la politique du gouvernement... en s'abstenant.

Parmi eux, des figures comme Henri Emmanuelli ou François Lamy, membre du bureau national du PS.

Convaincre avec les "valeurs chères à la gauche"

C'est pourtant bien à l'aile gauche de son camp que Manuel Valls a le plus fait les yeux doux dans sa déclaration. En taclant, tour à tour, l'Allemagne ("la France décide elle seule de ce qu'elle doit faire" ) ou le Medef ("personne ne doit prendre le risque d'affaiblir, par je ne sais quelle provocation, par je ne sais quelle surenchère, l'indispensable dialogue social qui est la marque de ce quinquennat" ). À la fameuse "main invisible" chère au libéralisme économique, il oppose la "main visible de l'État" à laquelle il affirme croire plus que tout.

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Le Premier ministre affirme même que si l'on soutient les valeurs de gauche et la République, on ne peut que soutenir les réformes entreprises par son nouveau gouvernement. "Gouverner, c'est résister. Gouverner, c'est tenir" , assure celui qui a de toute façon annoncé qu'il maintiendrait le cap quelque soit le résultat du vote de confiance.

Je sollicite votre confiance car la politique du gouvernement est guidée par les valeurs de la République, des valeurs chères à la gauche -la Nation, le principe d'égalité et de justice- qui s'adressent à tous les Français.

Dans son discours, Manuel Valls a aussi manié l'anaphore (cette figure de style consistant à utiliser une répétition pour appuyer son propos). Pas (encore) de "moi président", mais un "réformer, ce n'est pas..." adressé là encore à Pierre Gattaz, que la gauche juge trop bien traité jusqu'ici par le Premier ministre.

Réformer, ce n'est pas réduire le Smic. Réformer, ce n'est pas supprimer le CDI. Réformer, ce n'est pas diminuer les salaires dans la fonction publique. Réformer, ce n'est pas casser notre modèle social. Ce modèle n'a pas vécu.

Au-delà de la philosophie et de la stratégie politiques, Manuel Valls a aussi annoncé des mesures plus concrètes :

  • une baisse d'impôt sur le revenu, qui concernera 6 millions de ménages en 2015, contre 4 millions en 2014

  • un coup de pouce pour le minimum vieillesse, qui passerait à 800 euros (8 euros de plus qu'actuellement)

  • une prime exceptionnelle pour les retraites inférieures à 1 200 euros

Des mesures offertes à l'aile gauche du PS comme autant de gages de sa bonne volonté de socialiste.

Suffisant ? L'avenir proche le dira. Mais le chef du gouvernement a déjà gagné une bataille : celle de l'applaudimètre, avec des députés socialistes debout pour saluer son discours.

Relire les principaux moments de la déclaration de politique générale de Manuel Valls sur Twitter

Les réactions de gauche à droite

Les emprunts innombrables au vocabulaire et aux fantasmes de la droite extrême infestent le discours. Le reste est une banale répétition confuse et embrouillée des plans en cours d'application, de la réforme territoriale à l'ouverture des magasins le dimanche sans hiérarchie ni cohérence.

C'est aussi un insupportable numéro de déni du réel que ses refrains contre la brutalité mutilante de sa politique d'austérité. Pour l'essentiel, il s'agit seulement de la feuille de route édictée par la Commission européenne. En fait, Valls est venu demander à des députés tétanisés par la peur de la dissolution d'inspirer confiance à Mme Merkel.

Jean-Luc Mélenchon (PG)

Il est clair que Manuel Valls refuse de prendre en compte la large défiance qui s'exprime dans tout le pays à l'égard de sa politique. Le Premier ministre n'annonce rien : c'est consternant. Il maintient un cap économique déjà totalement en échec. C'est la main visible de l'austérité qui guide sa politique. C'est un discours qui tourne le dos aux Français.

Pierre Laurent (PCF)

Manuel Valls a acté l'échec de sa politique économique, dont l'objectif principal est la réduction des déficits et la réduction des dépenses publiques, sans pour autant proposer un infléchissement susceptible de permettre aux écologistes de retrouver une confiance que les Françaises et Français ont déjà perdue.

Communiqué d'Europe Écologie / Les Verts

Nous avons besoin d'une France attachée à ses valeurs républicaines, apaisée et réconciliée capable de faire entendre sa voix en Europe et dans le monde. Cette France confiante, vous ne pouvez plus l'incarner. Ce défi historique, vous n'êtes pas en capacité de le relever. Vous ne disposez pas aujourd'hui des moyens nécessaires pour conduire cette mission au service de la France.

Pierre Vigier (UDI)

Monsieur le Premier Ministre, vos jours sont comptés. Si aujourd'hui, votre sort était entre les mains des Français, vous seriez sans doute renvoyé chez vous. C'est sans doute la première fois depuis 1958 qu'ils sont à ce point désemparés. Ils ne vous donneront pas une seconde chance.

Dès votre renomination fin août, on a compris que vous étiez cerné. L'Histoire nous dira un jour la trace que vous laisserez, peut-être la trace d'un réformateur contrarié par une majorité hostile. Mais à ce stade, l'unique trace que vous aurez laissée, c'est celle d'avoir dirigé le gouvernement le plus éphémère de la Ve République : 147 jours, beaucoup moins que le temps passé à Matignon par Jean-Marc Ayrault.

Christian Jacob (UMP)

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