Qui est-il ? Quelle ligne politique suit-il ? Peut-il réussir ? Alors que le nouveau gouvernement, un "gouvernement de combat" selon Hollande doit être annoncé demain, le ministre préféré des Français est à la barre.

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Les raisons du choix Valls

Manuel Valls
Manuel Valls © PHOTOPQR/LE DAUPHINE / PHOTOPQR/LE DAUPHINE

Social démocrate, Manuel Valls l'a été bien avant François Hollande. A l'époque où l'expression était encore un gros mot chez les socialistes. A ce titre, son arrivée à Matignon semble logique, d'autant que l'ex-premier flic de France ne manque pas d'atouts : il est populaire à l'inverse du Premier ministre sortant. Il sait aussi se montrer tranchant, voire autoritaire, là ou Jean-Marc Ayrault était accusé par ses détracteurs de ne jamais rien décider.

Et puis il y a la com', la communication que Manuel Valls maîtrise sur le bout des doigts, à la manière d'un Nicolas Sarkozy. Sera t-il l'homme qui convaincra Francois Hollande de s'y mettre a son tour ? Manuel Valls en zorro du gouvernement, ce serait aller un peu vite en besogne car son arrivée va aussi se heurter à plusieurs ecueils majeurs. D'abord elle risque de réduire le socle de la majorité, avec le départ annoncé des deux ministres écolos du gouvernement. Il y a ensuite son caractère, latin, sanguin. Manuel Valls n'est pas du genre à accepter sans broncher qu'on passe par dessus son épaule, comme François Hollande avait pris l'habitude de le faire avec Jean-Marc Ayrault. Enfin, en nommant à Matignon le candidat le plus à droite de tous les postulants, François Hollande prend aussi le rique de froisser un peu plus son électorat, ce même peuple de gauche, qui lui a tant fait défaut dans les urnes dimanche.

Un "briseur de tabou"

Entré à 17 ans au PS, il rallie d'abord Michel Rocard et sa "deuxième gauche", avant de devenir jospiniste puis, sur le tard, fervent défenseur de François Hollande. A cet égard, certains s’inquiètent déjà de l’arrivée à la tête du gouvernement d’un rocardien pur jus, d’un homme à la droite de la gauche.

Il est l’homme de la situation : à cet égard, je ne comprends pas l’emballement des commentaires avant toute déclaration d’acte politique (…). Manuel Valls fait partie des socialistes qui pensent que les producteurs existent aussi et qu’il n’y a pas de politique de gauche quand la production est en panne. C’est un briseur de tabou.

L’ancien Premier ministre et père de Martine Aubry, lui, invité sur l’antenne de France Inter, y voit plutôt l’homme de la situation. Un pragmatique, en somme, l’un de ceux qui, comme lui, "pensent que les producteurs existent aussi et qu’il n’y a pas de politique de gauche quand la production est en panne ". En somme, un "briseur de tabou ".

> Ecoutez Michel Rocard :

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Un bilan mitigé à l'Intérieur

dieudonné de nouveau en garde à vue après la plainte d'un huissier
dieudonné de nouveau en garde à vue après la plainte d'un huissier © reuters

Manuel Valls a bien failli s'impatienter. En fin d'année dernière déjà, il l'espérait, il l'attendait, cette nomination à Matignon. Pendant les 23 mois passés place Beauvau, l'ancien maire d'Evry a réussi à convaincre de son autorité mais sa fermeté sur la question Rom notamment, est loin d'avoir été partagée par tous les membres du gouvernement.Peu importe. Cet homme - hyperactif et combatif - ne lâche rien. Face à Dieudonné, à ses quenelles, son discours raciste, il obtient l'interdiction des spectacles du polémiste. Pas question de toucher aux valeurs de la République. Manuel Valls a toujours été constant sur ce sujet et peu importe qu'il y ait perdu quelques points de popularité.Ce redoutable communicant pensait peut-être les remonter avec sa tournée avant les élections municipales dans plusieurs fiefs du Front national. C'est raté. Il faut dire que les écoutes de Nicolas Sarkozy ne l'ont certainement pas aidé. Il a "joué" avec sa crédibilté en jurant d'avoir tout appris de cette affaire dans la presse.

Le gouvernement Valls, un gouvernement de communicants ?

Stéphane Fouks
Stéphane Fouks © Havas / Groupe Havas

La nouvelle équipe sera composé de 20 ministres : 10 hommes, 10 femmes plus quelques secretaires d'Etat. En coulisses, c'est Stéphane Fouks le communicant, l'ami de toujours de Manuel Valls qui est à la manoeuvre et gère avec des conseillers de l'Elysée la passation de pouvoir et même dit-on la constitution des équipes à l'insu de François Hollande.

Avec qui Manuel Valls gouvernera-t-il ? Aux postes-clés, Interieur, Défense, le nouveau Premier ministre souhaiterait eviter autant que possible des proches du Président. La porte se referme pour François Rebsamen qui rêve de la place Beauvau. Manuel Valls a noué une alliance de circonstance avec Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, deux figures de la gauche du PS, néanmoins les troupes des deux impétrants n'ont pas garanti leur ralliement au nouveau gouvernement.

Un changement de politique économique ?

François Hollande veut redonner de la force à notre économie et cela passe par le Pacte de responsabilité. Il est prêt : moins de charge pour les entreprises, plus d'emploi mais un Pacte de responsabilité auquel il associe un Pacte de solidarité pour les salariés avec une diminution d'impôt d'ici 2017 et une baisse rapide des cotisations salariales qui devrait se traduire par une augmentation de salaire.

Ce sera à Manuel Valls de mettre en musique ces Pactes, lui qui disait encore récemment qu'il fallait mettre le paquet sur le Pacte de responsabilité, lui qui voulait déverouiller les 35 heures lors des primaires socialistes. Ce sera aussi à son gouvernement de convaincre l'Europe que la contribution de la France à la compétitivité, à la croissance doit être pris en compte dans le respect de nos engagements. François Hollande annonce en fait qu'il veut renégocier l'objectif de 3% de déficit d'ici 2015. Il se donnerait alors de réelles marges de manoeuvre pour relancer l'économie en dynamisant les entreprises et en soutenant les ménages.

Les parlementaires PS frileux

Les réactions négatives n'ont d'ailleurs pas tardé et illustrent la difficulté qu'aura Manuels Valls à rassembler une large majorité pour faire voter le pacte de responsabilité et des économies de 50 milliards d'euros au moins.

Les parlementaires PS sont loin d'avoir accueilli la nouvelle avec joie, le reportage de Marion Lagardère

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, a pour sa part dit n'avoir vu "ni changement de cap, ni décision courageuse ni susceptible de modifier profondément le processus de décrochage dans lequel le président de la République entraîne notre pays."

► ► ► L'INVITE DU 5/7 | La sénatrice de la gauche de la gauche Marie-Noëlle Lienemann

Pour François Fillon :

Au fond, ce n'est pas très important, le choix du Premier ministre. Ce qui compte aujourd'hui, c'est de savoir si François Hollande a vraiment fait des choix dans sa tête. J'ai entendu tout à l'heure et je n'ai pas été convaincu. Depuis deux ans, (François Hollande) est dans l'ambiguïté. Ce soir, il est resté encore dans l'ambiguïté. On continue le pacte de responsabilité, on fait un geste vers les entreprises.

Marine Le Pen va plus loin :

Je considère que ce n'est pas un remaniement qui était indispensable, c'était un changement radical de politique, or manifestement le président de la République entend demander au gouvernement de continuer sur la même voie, de continuer à mettre en oeuvre le pacte de responsabilité, donc de continuer à chercher ces 50 milliards qui vont tomber sous forme d'impôts supplémentaires et de taxes sur la tete des Francais. des classes moyennes et classes populaires Changer les hommes pour mener la même politique quel est l'intérêt, si ce n'est prendre les Français pour des idiots ?

François Hollande a lui salué le travail du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, qui a travaillé pendant 22 mois avec "courage et abnégation".

► ► ► ÉDITION SPÉCIALE | Remanier pour mieux changer ?

Manuel Valls
Manuel Valls © Radio France
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