Giscard était surnommé "le Kennedy à la française". Après sa mort mercredi soir, les louanges qu'il prononçait sur John Fitzgerald Kennedy, ses photos en maillot de bain avec Gerald Ford ou sa promenade avec Jimmy Carter reviennent en mémoire.

Valéry Giscard d'Estaing avec les présidents américains John Kennedy en 1962 puis Gerald Ford en 1974
Valéry Giscard d'Estaing avec les présidents américains John Kennedy en 1962 puis Gerald Ford en 1974 © AFP / AFP/Getty

"Le plus beau souvenir de sa vie" : c'est comme ça que Valéry Giscard d'Estaing décrivait sa rencontre avec le Président américain John Kennedy. Les deux hommes ne se sont rencontrés qu'une seule fois. Mais, interviewé par Le Parisien en 2013, l'ancien Président français se souvenait en ces termes de cette rencontre qui marquera sa vie, et qui inspirera sa présidence. 

Nous sommes le 20 juillet 1962. Valéry Giscard d'Estaing est alors ministre des Finances et des Affaires économiques sous la présidence du Général de Gaulle. John Kennedy a été élu président des États-Unis moins de deux ans auparavant, le 8 novembre 1960.

VGE, "le Kennedy à la française"

Il raconte dans Le Parisien : "Les États-Unis me fascinaient. Après la guerre, j'avais suivi les campagnes électorales successives du général Eisenhower en 1953 et 1956. Et en 1960, je m'intéresse à celle de John Fitzgerald Kennedy qui, à 43 ans, défie le vice-président Richard Nixon."

"En 1960, je regarde le premier grand débat télévisé de l'Histoire, Nixon/Kennedy. L'élection bascule..."

"La première fois que j'aperçois le couple Kennedy, c'est lors de leur visite d'État à Paris, en 1961. J'assiste, médusé, aux cérémonies officielles, dont la plus belle prend la forme d'un dîner dans la galerie des Glaces au château de Versailles. Elle est éclairée par des bougies. Nous attendons l'arrivée des deux couples présidentiels. Le général de Gaulle est le premier à s'avancer. À son bras, Jackie Kennedy, étincelante dans sa robe blanche".

Puis Giscard poursuit : "24 juillet 1962, le général de Gaulle est au pouvoir et je suis ministre des Finances."

VGE rencontre JFK en 1962 à la Maison Blanche
VGE rencontre JFK en 1962 à la Maison Blanche © AFP / AFP

"Je décide de régler nos dettes extérieures, notamment celle que la France Libre a contractée auprès des États-Unis pendant la guerre. Je pars à Washington. Dans mes bagages, un chèque géant – 80 centimètres de long – que j'ai fait réaliser, pour l'occasion, par la Banque de France. C'est la première fois que je mets les pieds à la Maison-Blanche."

Puis il relate LE moment :

"Kennedy me parle en toute franchise. Décontracté et libre. Il me dit : ''Je sais que vous êtes très compétent, il faut que vous me conseilliez. Nous avons un risque d'inflation aux États-Unis. On ne me donne pas de bons avis. Si vous étiez à ma place, que feriez-vous ?'' Je suis estomaqué". Les deux hommes discutent alors, et Giscard donne son avis à Kennedy.

VGE raconte même avoir mis la main sur une petite boîte d'allumettes estampillée Maison Blanche.

La modernité et la jeunesse de John Kennedy marqueront la campagne électorale de Giscard de 1974. Il utilisera les moyens modernes (pour l'époque) utilisés par la campagne de Kennedy 14 ans plus tôt. Il envoie même des membres de son équipe étudier le marketing politique aux États-Unis. Il s'entourera d'une vraie équipe de campagne, aura recours aux sondages et aura son équipe de communication. Bref, il mène une campagne à l'Américaine. En bras de chemise, décontracté, en maillot de bain, faisant du ski ou jouant au foot ou à la pétanque. 

Avril 1974, VGE, candidat à la présidence joue à la pétanque avec le maire de Nice Jacques Médecin, filmé par Raymond Depardon
Avril 1974, VGE, candidat à la présidence joue à la pétanque avec le maire de Nice Jacques Médecin, filmé par Raymond Depardon © AFP / RALPH GATTI

À tel point que son surnom deviendra "Le Kennedy à la française".

Il avait compris (comme les Américains avant les Français) l'importance de le télévision en politique. Lorsqu'il était ministre de l'Économie, il apparaissait régulièrement à la télé pour expliquer sa politique de la manière la plus didactique possible. C'est à cette période qu'il s'invitait chez les Français, poussait la chansonnette aux côtés de Danielle Gilbert.

Il est élu le 19 mai 1974 et sa présidence sera elle aussi inspirée de Kennedy. Tout rappelle chez ce président français de 48 ans le président américain élu à 42 ans. Comme Kennedy, il mettra en scène sa vie privée, sa famille, et seulement quelques mois après son élection à la tête du pays, il laissera des journalistes et photographes le suivre en vacances à Saint-Jean Cap Ferrat.

Le Président Valéry Giscard d'Estaing en vacances en août 1974 à Saint-Jean-Cap-Ferrat
Le Président Valéry Giscard d'Estaing en vacances en août 1974 à Saint-Jean-Cap-Ferrat © AFP / RALPH GATTI

Selon le journaliste Patrice Duhamel invité sur France Inter ce jeudi, John Kennedy lui aurait parlé de l'importance des 100 premiers jours d'un mandat, "c'est là qu'il faut agir, avait dit le président américain. C'est pour cela que VGE a fait vite dans ses décisions dès le début de son mandat présidentiel."

Lors d'une visite d'État à Washington en 1976, VGE tiendra à se rendre aux côtés de Rose Kennedy, la mère de JFK, et de Ted Kennedy, frère de JFK sur la tombe du chef d'État américain assassiné à Dallas en 1963.

Valéry Giscard d'Estaing se recueille sur la tombe de JFK  aux côtés de Rose et Ted Kennedy en 1976 au cimetière d'Arlington, USA
Valéry Giscard d'Estaing se recueille sur la tombe de JFK aux côtés de Rose et Ted Kennedy en 1976 au cimetière d'Arlington, USA © Getty / Barry Soorenko/CNP/Getty Images

VGE à la piscine avec Gerald Ford

En décembre 1974, le Président français Valéry Giscard d'Estaing accueille le Président américain Gerald Ford à la descente de son avion sur l'aéroport de Fort-de-France en Martinique. Ford sera le premier président américain en exercice à se rendre dans les Antilles françaises pour une visite d'État.

Valéry Giscard d'Estaing, le président américain Gerald Ford et le secrétaire d'État Henry Kissinger se baignent en décembre 1974 à Fort-de-France en Martinique
Valéry Giscard d'Estaing, le président américain Gerald Ford et le secrétaire d'État Henry Kissinger se baignent en décembre 1974 à Fort-de-France en Martinique © Getty / Bernard CHARLON/Gamma-Rapho

"Une rencontre entre nos deux pays est toujours le rendez-vous de la liberté et de l'amitié. Une amitié qui doit favoriser la compréhension mutuelle", dira VGE.

En effet, lors de son discours d'introduction, Giscard rappelle tout de même les différences de vue des deux pays sur plusieurs sujets, dont le Proche-Orient, l'augmentation du prix du pétrole et la crise économique mondiale. 

VGE  à Omaha Beach avec Jimmy Carter

Mais, le Président américain que Valéry Giscard d'Estaing aura le plus côtoyé au temps de sa présidence est le démocrate Jimmy Carter, à la tête des USA de janvier 1976 à janvier 1981. 

Valéry Giscard d'Estaing et Jimmy Carter à Omaha Beach en janvier 1978
Valéry Giscard d'Estaing et Jimmy Carter à Omaha Beach en janvier 1978 © AFP / AFP

Pour la première visite d'État du Président américain en France, Valéry Giscard d'Estaing l'accueille en Normandie, et marche à ses cotés sur Omaha Beach, lieu symbole du Débarquement.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Dans une interview avec l'agence américaine Associated Press en janvier dernier, il a passé en revue ses différentes rencontres avec Jimmy Carter, se souvenant des moindres détails.

Valéry Giscard d'Estaing à Buckingham Palace  aux cotés de la Reine Elisabeth II et de Jimmy Carter notamment
Valéry Giscard d'Estaing à Buckingham Palace aux cotés de la Reine Elisabeth II et de Jimmy Carter notamment © Getty / Henri Bureau/Sygma/Corbis/VCG via Getty Images)
Jimmy Carter et Valéry Giscard d'Estaing sur les Champs Elysées à Paris en 1978
Jimmy Carter et Valéry Giscard d'Estaing sur les Champs Elysées à Paris en 1978 © Getty / Pool CARTER EN FRANCE 78/Gamma-Rapho via Getty Images

Au lendemain de sa mort, la presse américaine lui rend hommage

Dès l'annonce de son décès mercredi soir, le Washington Post se souvient avoir publié une interview de VGE en 2012 où l'ancien président français déclarait au quotidien américain :

"Les Français aiment bien les Américains. Ils ne veulent juste pas être dominés par eux."

La conversation s'était focalisée sur les inquiétudes de VGE à propos des démocraties devenant de plus en plus ingouvernables. 

Le Washington Post poursuit en décrivant Valéry Giscard d'Estaing :

"L'ancien président a œuvré pendant 30 ans à moderniser les institutions de son pays et à créer une gouvernance commune européenne. Pour finalement se faire éliminer par une nation amère et déçue à la vue de la faiblesse de l'Union Européenne issue de ses efforts."

Le New York Times emploie le même ton lorsqu'il s'agit de décrire VGE en titrant : 

"Valéry Giscard d'Estaing est mort. Il a lutté pour réformer la France."

Et le quotidien de poursuivre : "En tant que président conservateur, et descendant de la noblesse, il a tenté de rendre le  gouvernement plus à l'écoute du peuple mais son plan a été contrecarré par un ralentissement économique et une attitude autoritaire."