À la tête de la Hongrie depuis 2010, le Premier ministre a mené une politique autoritaire de l'avis des observateurs étrangers, mais toujours populaire. Une recette qui inspire partout dans le monde mais pourrait atteindre ses limites rapidement.

Affiche de campagne de Viktor Orban et poster anti-immigration à Miskolc, en Hongrie
Affiche de campagne de Viktor Orban et poster anti-immigration à Miskolc, en Hongrie © AFP / Michal Fludra / NurPhoto

"Nous avons affaire à un adversaire qui est différent de nous. Il n’agit pas ouvertement, mais caché, il n’est pas droit, mais tortueux, il n’est pas honnête, mais sournois, il n’est pas national, mais international, il ne croit pas au travail, mais spécule avec l’argent, il n’a pas de patrie parce qu’il croit que le monde entier est à lui." C'est avec ce genre de discours complotiste et antisémite (les propos, qui datent du 15 mars dernier, visent le milliardaire d'origine hongroise et juif, George Soros) que fait campagne le Premier ministre sortant Viktor Orban. Quand ce ne sont pas les membres de son parti, le Fidesz, qui dénoncent les dangers de l'immigration et du multiculturalisme. L'épouvantail du "grand remplacement" est totalement assumé.

Dérives autoritaires

Viktor Orban, 54 ans, brigue un troisième mandat consécutif à la tête de la Hongrie. Au pouvoir depuis 2010 (après un premier mandat entre 1998 et 2002), cet ancien libéral, malgré ses positions anti-Commission européenne, ses dérives autoritaires, sa xénophobie en faveur de la défense d'une Europe chrétienne, n'est même pas le candidat attitré de l'extrême droite dans son pays. 

Il est néanmoins le leader charismatique qui fait la fierté des représentants de la droite dure - des conservateurs à l'extrême droite - du monde entier. Récemment, l'ex-conseiller à la Maison Blanche de Donald Trump, Steve Bannon, l'a même qualifié de "héros" dans une interview au New York Times. En France, Marine Le Pen a souvent loué sa politique depuis le début de la crise migratoire.

En huit années à la tête du gouvernement hongrois, peu de choses sont pour l'instant venues entacher le bilan de son action politique. C'est la doctrine de l'illibéralisme (dont Emmanuel Macron a parlé dans ses premiers vœux de Président de la République) qui est à l’œuvre : un État fort et autoritaire qui s'attaque aux liberté publiques, à la liberté de la presse, mais tient sa légitimité d'élections libres sans irrégularités.

Ainsi, depuis 2010, le gouvernement Orban a mis en place un contrôle des médias, a révisé la Constitution à plusieurs reprises afin d'y effacer le mot "République", y inclure un enracinement des valeurs chrétiennes, l'interdiction des mariages homosexuels, ou encore, de diminuer le rôle de la Cour constitutionnelle (et ainsi renforcer la position du Parlement où le Fidesz est majoritaire).

Lassitude et corruption

Il a également fortement dérégulé le marché du travail, renforcé le contrôle des chômeurs, et en matière de politique migratoire, fait adopter une législation particulièrement restrictive concernant le droit d'asile et fait construire une clôture barbelée aux frontières serbe et croate en 2015.

Sur un plan économique, Viktor Orban a pris des mesures drastiques  : coupes budgétaires dans la fonction publique, patriotisme économique, réduction de la dette, arrêt des négociations avec le FMI, etc... Avec une croissance de 4 % en 2017 et un chômage à 3,8 % en décembre, c'est sur ce bilan que les sympathisants du Premier ministre font aussi campagne. Mais tous ces dispositifs ont eu un coût social important, qui se traduit notamment par une augmentation des travailleurs pauvres, et de fait d'une lassitude et d'un mécontentement grandissant.

Si Orban semble assuré de remporter la victoire lors du scrutin, il est moins certain qu'il puisse récupérer au Parlement la majorité aux deux tiers perdue en 2016. Pendant que le Fidesz faisait campagne sur le thème essoré de l'immigration, l'opposition a focalisé ses attaques sur le social et la corruption qui gangrène de plus en plus la Hongrie, jusqu'aux proches du Premier ministre. Son gendre Istvan Tiborcz, est notamment soupçonné par l'Office européen anti-fraude d'avoir détourné des fonds. 

L'opposition en embuscade

Autre inquiétude pour Orban, son dernier revers électoral : la défaite du candidat qu’il soutenait à l'élection municipale dans la ville d’Hodmezovasarhely en février, un bastion du Fidesz. C'est un candidat indépendant qui l'a emporté, soutenu par toute l'opposition, de l’extrême droite à la gauche et aux libéraux.

Jobbik, le parti d'extrême droite et le MSZP sont les deux principales forces d'opposition, créditées chacune d'environ 12% des intentions de vote, d'après les derniers sondages rendus publics. Le Fidesz obtiendrait 41% des voix.

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