Prime au sortant, alliances ou désunion à gauche, le RN en position de force par endroits, plus de dix ministres candidats : voilà ce qu'il faut savoir sur les prochaines élections régionales qui se tiennent le 20 et le 27 juin.

La prime aux sortants, le RN en embuscade, les cafouillages autour des alliances : la campagne des régionales a déjà débuté...
La prime aux sortants, le RN en embuscade, les cafouillages autour des alliances : la campagne des régionales a déjà débuté... © Maxppp / Image d'illustration

Ce sont les dernières élections avant la prochaine présidentielle. Les 20 et 27 juin, sauf contretemps sur le plan sanitaire, se tiennent les régionales (territoriales et départementales), qui doivent renouveler pour six ans ces assemblée exécutives locales. Les listes, qui devaient être déposées avant lundi midi, ne devraient réserver que très peu de surprises. Quasi tous les actuels présidents ou présidentes de région se présentent pour une réélection. 

Le 20 juin, dans l'isoloir, vous aurez donc à vous prononcer (à l'exception de la Corse, des territoires d'outre-mer et de certaines collectivités au statut particulier comme Paris ou Lyon) : 

  • d'une part, pour les régionales, pour une liste départementale qui représente une tête de liste candidate à la présidence du conseil régional ;
  • d'autre part, pour les départementales, pour un binôme femme/homme qui représentera votre canton au conseil départemental.

La campagne officielle commence, elle, le 31 mai et durera trois semaines.

Tous les sortantes et sortants se représentent

Avec une campagne perturbée par l'épidémie de coronavirus, cette élection pourrait bien offrir une prime aux sortants : selon nos récents sondages, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, Valérie Pécresse en Île-de-France et Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes sont par exemple donnés largement favoris. D'ailleurs, tous les actuels présidents ou présidentes de régions et collectivités territoriales se représentent pour ce scrutin. De Gilles Simeoni (Corse) à Carole Delga (Occitanie) en passant par Hervé Morin (Normandie), Jean Rottner (Grand Est) ou bien encore Renaud Muselier (Provence-Alpes-Côte d'Azur).

Certaines ou certains, toutefois, ne sont pas en position de force. En Nouvelle-Aquitaine, la désunion totale de la gauche pourrait coûter sa place au socialiste sortant, candidat à un cinquième mandat, Alain Rousset. Idem en Pays-de-la-Loire pour Christelle Morançais, qui avait pris la place de Bruno Retailleau en 2017 et où elle fait face à trois habitués des plateaux, François de Rugy (LREM), Guillaume Garot (PS, PCF, etc.) et Mathieu Orphelin (EELV, LFI, etc.). 

En Bretagne, Loïg Chesnais-Girard (PS) qui a succédé au ministre Jean-Yves Le Drian, autrefois puissant président de la région, doit pourtant batailler face à une liste LREM qui pourrait lui coûter sa place. Enfin, en Centre-Val de Loire, le socialiste François Bonneau élu de peu en 2015 est lui aussi menacé. 

Des listes LREM partout... sauf en Paca 

La majorité présidentielle, pourtant fragile sur ces scrutins locaux, est présente dans toutes les régions à l'exception d'une seule : Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Après deux semaines de polémiques, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel, qui devait mener une liste dans le Sud, a en effet annoncé qu'elle ne présenterait pas de liste LREM, se désistant au profit de celle conduite par le LR sortant, Renaud Muselier. 

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Présent, le parti présidentiel n'a toutefois que très peu d'espoir de remporter une région. Ses seules chances pourraient se situer en Pays-de-la-Loire où François de Rugy, ancien ministre et ancien président de l'Assemblée nationale, est candidat. Où bien en Bretagne, fief du ministre Jean-Yves Le Drian. 

Le Rassemblement national menaçant dans trois régions 

La région Paca est d'ailleurs l'une des trois où le Rassemblement national est en bonne position pour l'emporter. Selon notre récent sondage Ipsos, la liste de l'ex-LR Thierry Mariani, ancien proche du sortant Renaud Muselier, passé depuis chez Marine Le Pen, est créditée de 37 à 39 % d'intention de vote au premier tour et pourrait l'emporter avec 38 à 40 % des suffrages au second tour. 

Dans les Hauts-de-France, la liste Rassemblement national de Sébastien Chenu, député et porte-parole du parti, apparaît en deuxième position au premier tour mais en embuscade derrière le sortant Xavier Bertrand. En 2015, la liste conduite dans la région par Marine Le Pen était arrivée largement en tête. La liste socialiste avait décidée de se retirer au profit de Xavier Bertrand pour faire barrage au FN.

Enfin, en Bourgogne-Franche-Comté, région perdue de peu par la droite en 2015 et où la candidate frontiste Sophie Montel était arrivée en tête au premier tour, le RN a aujourd'hui l'espoir de transformer l'essai avec la liste du jeune Julien Odoul, actuellement conseiller régional. La région est aujourd'hui dirigée par la socialiste Marie-Guite Dufay, affaiblie avec une gauche divisée... en trois. 

À gauche, des alliances à géométries variables

Si l'écologiste Karima Delli a réussi a unir la gauche (des insoumis aux socialistes) dans les Hauts-de-France, cela fait figure d'exception. En Paca, Jean-Laurent Félizia (EELV) a pris la tête une liste d'union mais sans la France insoumise. Ailleurs en France métropolitaine, 50 nuances d'alliances ! PS-EELV face aux Insoumis en Normandie ; EELV-LFI derrière l'ex-LREM Mathieu Orphelin face à une liste PS-PCF en Pays-de-la-Loire. Enfin, zizanie complète en Île-de-France où Audrey Pulvar est loin de l'unanimité, mais aussi en Nouvelle-Aquitaine ou bien en Auvergne-Rhône-Alpes où l'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem (PS) est face à une liste PCF-LFI et une autre candidature, écologiste. 

Difficile de faire plus qu'actuellement pour cette gauche qui, il n'y a pas si longtemps (avant 2015), dominait largement l'échelon régional. L'objectif reste avant tout celui d'éviter le scénario catastrophe de 2015 où, dans deux régions, la gauche avait dû s'effacer au profit de la droite pour barrer la route du Front national, perdant ainsi toute représentation dans ces conseils régionaux. 

Divisions aussi... en Corse

Où, après l'épreuve du pouvoir, les nationalistes partent éparpillés façon puzzle, pour le scrutin territorial, avec pas moins de cinq listes, comme l'a souligné Le Monde. Dont celle du parti (Femu a Corsica) de l'actuel président de l’exécutif, Gilles Simeoni ; celle de Corsica Libera, la mouvance indépendantiste du président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni ou celle menée par Jean-Christophe Angelini (Partitu di a nazione corsa). Une dispersion dont le maire (divers droite) d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, espère bien profiter. 

12 ministres en lice aux régionales

Rien que dans les Hauts-de-France, cinq membres du gouvernement, dont Éric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, sont engagés dans la bataille. Alain Griset et Agnès Pannier-Runacher ont aussi rejoint la liste LREM menée par le secrétaire d'Etat chargé des Retraites Laurent Pietraszewski

En Île-de-France, cinq membres du gouvernement apparaissent sur la liste LREM de Laurent Saint-Martin. Marlène Schiappa est tête de liste à Paris, Amélie de Montchalin, tête de liste dans l'Essonne, Emmanuelle Wargon, numéro 2 dans le Val-de-Marne et Nathalie Elimas, tête de liste dans le Val-d'Oise. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, se présente lui à la dernière place dans les Hauts-de-Seine. 

Sont également candidats aux régionales les MoDem Marc Fesneau (Centre-Val-de-Loire) et Geneviève Darrieussecq (Nouvelle-Aquitaine). Sébastien Lecornu et Brigitte Bourguignon se sont eux alignés pour les départementales.

Rampe de lancement pour 2022 ?

Enfin, au moins l'un des candidats à ces élections régionales vise plus loin : Xavier Bertrand, actuel président des Hauts-de-France, s'est d'ores et déjà officiellement déclaré candidat pour la présidentielle de 2022, fin mars. 

Des élus qui vont vivre deux présidentielles

Enfin, les candidats qui seront élus le 20 ou le 27 juin prochain vont vivre deux présidentielles durant leur mandat local qui doit durer six ans. Élus jusqu'en 2028, ils seront sans doute sollicités pour parrainer des candidats pour le scrutin de 2022 mais aussi pour l'élection du printemps 2027. Potentiellement ils peuvent donc exercer leur mandat sous la présidence de trois personnes différentes.