En pleine tempête après le terrible échec des européennes, le président du parti Les Républicains semble résister aux pressions de son camp. Il n'a pourtant aucun lieutenant en interne et une piètre image dans l'opinion publique. Comment expliquer ce statu quo ?

Laurent Wauquiez en meeting à Lyon, en mai 2019.
Laurent Wauquiez en meeting à Lyon, en mai 2019. © AFP / Nicolas Liponne / NurPhoto

Laurent Wauquiez tient sa légitimité des militants LR, en théorie jusqu’en 2022. Après la débâcle de la présidentielle et des législatives, il avait fait campagne en interne pour "une vraie droite qui s’assume". Et cette ligne avait, alors, séduit 75% des votants, écrasant l’aile "modéré" porté par Florence Portelli (16 %) et Maël de Calan (9 %). Depuis sa victoire, le 10 décembre 2017, il est resté fidèle à cette ligne que tout le monde appelle aujourd’hui à "modifier". Mais, peu nombreux sont ceux qui demandent sa démission. Voici pourquoi.  

1. Scepticisme autour de Gérard Larcher 

Aucun autre ténor ne s’impose, pour le moment. L’initiative du président du Sénat, Gérard Larcher, qui réunira mardi prochain les patrons des trois grandes associations d’élus locaux a été très fraîchement accueilli à l’Assemblée nationale. "Il se bouge car il a juste peur de perdre les municipales, et donc derrière les sénatoriales" lance un député LR. 

"Commencer une reconstruction en faisant un conciliabule des grands caciques, je ne suis pas certain que c’est ce qu’attendent les Français" tance Pierre-Henri Dumont, jeune député LR du Pas-de-Calais. Il compte, d’ailleurs, lancer sa propre initiative : une sorte de "conseil du renouvellement"

Et cette grande "plateforme de la droite et du centre" que veut lancer Gérard Larcher souffre déjà d’un grand absent. Le patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a fait savoir ce mardi qu’il n’y participerait pas. 

2. Aucun autre "plan B" évident

Valérie Pécresse, elle, de son côté ne fait pas non plus l’unanimité. Son mouvement "Libres !" ne rassemble qu’une petite minorité de militants. La patronne de la région Île-de-France n’avait d’ailleurs pas osé affronter Laurent Wauquiez lors de l’élection interne fin 2017.

Quant au chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau : "C’est François-Xavier Bellamy avec 20 ans de plus, non merci" tacle un membre de l’équipe dirigeante. En effet, la défaite de son champion aux européennes l’a considérablement affaibli. "Il ne sera pas capable d’incarner une autre ligne" assure-t-on rue de Vaugirard.

Les deux autres leaders que sont François Baroin et Xavier Bertrand restent, eux, muets depuis dimanche soir. Le premier n’aurait pas "du tout envie de gérer l’appareil". Le second "ne croit plus dans les partis politiques" et préfère pour l’instant se consacrer à sa région des Hauts-de-France. 

3. La peur d’une nouvelle guerre

La droite est polytraumatisée par les guerres de chefs. Après le match Chirac Balladur dans les années 90, "je suis arrivée en pleine guerre Copé Fillon, puis il y a eu la bataille des primaires" s’est ému, ce mardi, en réunion de groupe, la députée Annie Gennevard, qui "refuse de repartir dans une querelle de personnes et d’égo". 

Laurent Wauquiez joue énormément sur cette peur. Que ce soit lundi soir en bureau politique, ou mardi matin en réunion de groupe à l’Assemblée, il répète ce message : 

"Soit on laisse sortir les couteaux, et c’est fini, on est morts, soit on se met tous ensemble au travail"

Résultat : personne ou presque n’a osé demander sa démission depuis son échec. "J’y ai pensé, mais au fond, on a trop peur de passer pour le bourreau, peur de se retrouver tout seul en première ligne et de ne rien obtenir" confie un député du premier cercle.

4. "Nicolas Sarkozy n’a pas appuyé sur le bouton"

L’ombre de l’ancien Président de la République continue de planer sur la droite. Laurent Wauquiez l’a d’ailleurs eu au téléphone dès dimanche soir. Mais "Nicolas Sarkozy a jugé que ce n’était pas le moment de le tuer" lâche un de ses anciens soutiens. "Si il avait voulu appuyer sur le bouton, il aurait fait dès lundi matin" confirme un député LR. 

Même si le message est passé. L’un de ses fidèles lieutenants, le sénateur de Paris, Pierre Charon, a expliqué ce matin devant ses collègues qu’il "a assisté hier au Bureau politique à une veillée funèbre… sauf que la mort continuait de parler".

5. La perspective de la primaire 

"Après un tel échec, la primaire s’impose" assure-t-on chez Valérie Pécresse. "Avec 11 ou 12 % des voix, Laurent Wauquiez aurait pu y échapper, là, il n’aura pas les choix, c’est dans les statuts" ajoute un député LR. "Je ne vois pas comment Laurent peut se relever d’un tel désaveu" se réjouit un autre élu. 

Autrement dit, mieux vaut laisser Laurent Wauquiez "en état de mort cérébrale" jusqu’à la primaire. "Il va continuer de s’abîmer pendant deux ans et ensuite la voie sera libre" imagine un fidèle de Valérie Pécresse. C’est pourquoi la patronne de la région Île-de-France n’aurait pas demandé sa démission hier. 

6. Sa nouvelle attitude 

Laurent Wauquiez a joué profil bas depuis dimanche soir. À l’écoute des membres du bureau politique hier, et des députés aujourd’hui. Il promet de "tout remettre à plat". "Les états généraux, ce ne sera pas trois réunions dans une salle à 20 personnes, ça veut dire toutes les sensibilités, toutes les générations, tous les élus". 

"On l’a vu physiquement marqué, il fait preuve de modestie, et politiquement c’est bien joué", analyse un député de sa région. Pour se montrer à l’écoute, il a demandé à rencontrer ce mardi après-midi, au siège du parti, deux des jeunes députés frondeurs : Pierre-Henri Dumont et Aurélien Pradié. Cette attitude lui permet, pour l’instant, de gagner du temps. Et c’est son seul objectif. 

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