Comme au 1er tour des élections régionales, l'abstention a atteint un niveau record pour un second tour électoral en France : 65,7% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes ce dimanche. Selon une étude Ipsos-Sopra Steria, le mécontentement à l'égard des personnalités politiques est le premier facteur d'abstention.

L'abstention a encore été massive au second tour des élections régionales
L'abstention a encore été massive au second tour des élections régionales © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

L'abstention a, à nouveau, atteint des niveaux records ce dimanche : après un taux d'abstention de 66,35% au premier tour, quelque 65,7% des Français ne se sont pas déplacés pour voter au second tour, selon les estimations Ipsos / Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et LCP-AN/Public Sénat, avec une abstention en léger recul dans toutes les régions. 

Quel est le profil type des abstentionnistes ?

Selon une étude d'Ipsos / Sopra Steria ce dimanche soir auprès des abstentionnistes, il apparaît que l'abstention est plutôt bien répartie entre les hommes (64%) et les femmes (67%). En revanche, on note une nette rupture entre les moins de 50 ans et les plus de 50 ans : l'abstention, à 79% chez les 18-34 ans, chute à 62% chez les quinquagénaires, et même à 42% chez les plus de 70 ans. Ni la profession, ni le niveau de diplôme, ne marquent de nette différence, même si les cadres ont un peu plus participé (37%) que les professions intermédiaires, les employés et les ouvriers (entre 25% et 30% selon les catégories). 

C'est chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon que l'on a trouvé le plus d'abstentionnistes : 70% de ceux qui avaient voté pour le candidat LFI se sont abstenus cette fois-ci, devant les électeurs de Nicolas Dupont-Aignan (68%) et de Marine Le Pen (63%). De façon peu surprenante, ceux et celles qui estiment n'être sympathisants d'aucun parti sont ceux et celles qui se sont le plus abstenus, à hauteur de 80%. 

Un changement d'explication pour l'abstention, entre le 1er et le 2nd tour

Pour tenter d'expliquer ce taux d'abstention sans précédent, l'institut d'opinion a mené une autre enquête auprès d'un échantillon de 1 499 électeurs et électrices*. Il en ressort que le premier facteur d'abstention n'a pas été le même au premier et au second tour : la semaine dernière, 32% des abstentionnistes ont expliqué ne pas être allés voter car ils n'avaient pas la tête à cela, ou qu'ils avaient envie de faire autre chose. Avec 28%, le deuxième facteur d'abstention était l'envie de marquer son mécontentement à l'égard des hommes politiques, et le troisième facteur était un manque d'intérêt pour les élections régionales, ainsi que l'argument "Aucune liste ou aucun candidat ne vous plaisait" (tous deux ex-aequo, à 22%).

Ce dimanche, le quatuor de tête a changé : c'est désormais le mécontentement à l'égard des personnalités politiques qui arrive en tête des raisons avancées par les abstentionnistes (à 27%), suivi par l'absence de préférence pour une liste ou un candidat (23%). Le critère "vous n'aviez pas la tête à aller voter" n'arrive qu'en troisième position (20%) et le manque d'intérêt pour les régionales à 18%. 

28% des sondés ont regretté de s'être abstenus au 1er tour

Plus étonnant, l'étude, réalisée juste avant le second tour (vendredi et samedi), s'est aussi intéressée à la perception des chiffres de l'abstention du premier tour : 37% des sondés se sont dits surpris par ce niveau d'abstention... et 28% des personnes interrogées ont même déclaré avoir regretté de ne pas être allées voter. Des positions qui, ce dimanche dans les urnes, ne se sont pas ou peu ressenties, avec une abstention quasi stable par rapport au premier tour. 

Autre enseignement de cette étude, cette fois non pas sur l'abstention mais sur les conséquences du premier tour : ce sont essentiellement les personnalités de droite qui sortent renforcées du 1er tour des élections, et en premier lieu Xavier Bertrand : 48% des sondés, tous bords politiques confondus, estiment qu'il est renforcé par sa position au terme du 1er tour, suivi par Valérie Pécresse (39%) et Laurent Wauquiez (37%) En revanche, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont ceux et celle qui apparaissent les plus affaiblis à l'issue du premier tour de scrutin, avec respectivement 64%, 62% et 52% de sondés qui pensent qu'ils ont été affaiblis par les résultats. 

*Etude menée sur 1 499 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus et sélectionnée selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée, région, catégorie d'agglomération). Enquête réalisée via Internet du 25 au 26 juin 2021.