Grand fauve de la politique française, Jacques Chirac a marqué les esprits bien au-delà de ses deux mandats présidentiels. Mais vu d'ailleurs, que représentait-il ? Quel souvenir gardent les autres pays de l'ancien chef d'État français ? Les correspondants de France Inter ont tendu le micro aux citoyens étrangers.

La "rue Jacques Chirac", à Ramallah (au nord de Jérusalem), en 2018
La "rue Jacques Chirac", à Ramallah (au nord de Jérusalem), en 2018 © Radio France / Ariane Griesel

À 86 ans, Jacques Chirac a consacré la majeure partie de sa vie à la politique. Amoureux des cultures étrangères, défenseur des peuples, il avait plaidé, en 2002, "l'intérêt supérieur de l'humanité toute entière, qui dépasse à l'évidence l'intérêt de chacun des pays qui la composent."

À Gaza, "il était le premier président étranger à plaider la cause palestinienne"

Assis au coin d'une des artères principales de la ville de Gaza, Tarek, un quadragénaire, n'hésite pas lorsqu'on lui parle de Jacques Chirac : "C'était un bon président, c'était un homme politique ami des Palestiniens. Nous avons perdu un fervent défenseur de notre cause", assure-t-il au micro de Marine Vlahovic. "Il pensait que la cause palestinienne repose sur la justice et le droit. Qu'il repose en paix."

Tarek se souvient bien de la visite de Jacques Chirac, en 1996. Lors de cette visite en Israël et en territoire palestinien, Jacques Chirac n'avait pas hésité à réprimander des policiers israéliens, en plein coeur de la vieille ville de Jérusalem. Comme Tarek, Ahmed a gravé dans sa mémoire, même s'il était bien plus jeune. "J'étais jeune scout dans mon école. Je lui ai donné des fleurs, il m'a serré la main. Mais il était si grand ! C'est un bon souvenir. C'était quelqu'un de bien, et au moins, c'était le premier président étranger à mettre notre cause en priorité."

En Irak : "Un humaniste, un visionnaire"

Jacques Chirac était aussi connu pour son opposition à la guerre en Irak. En 2003, alors que la plupart des grandes puissances occidentales sont derrière les Etats-Unis et la Grande Bretagne, il est le seul chef d’Etat vent debout en Europe contre une intervention militaire. Une décision dont les Irakiens se souviennent : "Un homme honorable", "un visionnaire", "un humaniste", disent les Irakiens lorsqu'ils se souviennent de Jacques Chirac, interrogés par notre correspondante en Irak Lucile Wassermann.

"A cette période, je ne l'aimais pas, car personnellement je voulais la guerre. Mais aujourd'hui, nous sommes beaucoup à penser que c'était la seule personne qui avait en fait compris cette guerre", se souvient un passant. Tous les Irakiens se souviennent aussi du discours historique de son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité des Nations Unis : un réquisitoire contre la guerre et un avertissement aux lourdes conséquences que celle-ci engendrerait. "Jacques Chirac était déterminé à ne pas prendre part à la guerre en Irak et l’histoire lui a donné raison. La guerre en Irak a crée le chaos et la destruction du pays", salue un autre passant, qui rappelle que le choix de Jacques Chirac lui a valu le surnom de "l'ami des arabes".

Au Japon, "c'était un passionné du sumo !"

Au cours de ses deux mandats, Jacques Chirac s'est rendu plusieurs fois au pays du Soleil Levant. Aujourd'hui, sur place, son nom est le patronyme français le plus connu avec Napoléon et Zidane. "J'ai appris la nouvelle dans les médias tout à l'heure", explique une jeune femme de 22 ans, née lorsque Chirac était au pouvoir. "Je ne me souvenais plus de lui, mais lorsque je l'ai vu, ça m'a fait quelque chose", poursuit-elle au micro de Jérôme Val, envoyé spécial dans le sud du Japon. 

Sous la haute galerie commerciale de Kumamoto, un employé se dit lui aussi touché par la disparition de l'ancien chef d'État. "Je suis ému, je l'ai déjà vu, je savais que c'était l'ancien président français." "Je l'ai beaucoup vu à la télévision", ajoute un passant. Mais son souvenir, à des milliers de kilomètres de la France, s'est atténué au fil des années : "Je ne pourrais pas vous dire ce qu'il a fait précisément." 

Si le nom de l'ancien président n'évoque pas toujours des souvenirs précis, Mayomi, une Japonaise, se souvient tout de même de son amour pour la culture japonaise. "Il a été un grand admirateur et un grand promoteur de la culture japonaise. C'était notamment un passionné du sumo !"

L'Asie, une passion qui lui permettait de "décompresser" de la vie politique

Cette passion pour l'Asie, Jacques Chirac la découvre dès ses jeunes années. "Quand il était à l'ENA, il a approfondi l'art de l'Extrême-Orient", explique Jean-Paul Desroches, conservateur général au musée Guimet, le musée national des arts asiatiques à Paris, qui fut le mentor de Jacques Chirac pour la Chine. Le conservateur a vu plus d'une fois ce célèbre visiteur passer des heures à contempler les meubles austères de la dynastie Ming, confie-t-il à la correspondante de France Inter en Chine Dominique André.

"Il y avait une chose qui le faisait rêver, c'était la Mongolie. Il me demandait les rapports, il les lisait, il m'envoyait même des corrections !" ajoute-t-il. Jacques Chirac voyait en l'Asie une sorte de jardin secret, qui lui permettait de décompresser de la vie politique.

En Afrique, il était "Chirac l'Africain"

En Afrique, Jacques Chirac s'est toujours senti chez lui : en 12 ans de présidence, il s'est rendu dans 39 pays du continent, où il recevait à chaque fois un accueil chaleureux. Un amour de l'Afrique qui s'est traduit par de nombreux combats contre le paludisme ou le sida, et des discours comme cet avertissement lancé au Mali en 2005 : "Rien ne serait plus dangereux que de laisser les jeunes africains au bord de la route", disait-il, comme le rappelle Omar Ouhamane, de la rédaction internationale de Radio France. 

Son lien avec l'Afrique est aussi marqué par des amitiés controversées avec des dirigeants autoritaires comme le Gabonais Omar Bongo ou le Camerounais Baul Biya. Pour Jacques Chirac, le développement économique en Afrique passait avant les grands principes démocratiques. Mais cette politique africaine a été ternie par le retour de Jacques Foccart, le "monsieur Afrique" du général de Gaulle : le président Chirac avait fait de ce personnage sulfureux son conseiller à l'Elysée.

"Un Africain blanc" pour certains, un "colonisateur" pour d'autres

Au Sénégal, on se souvient du président comme l'un des piliers de la Françafrique. Cette mère de famille, croisée dans les rues de Dakar, garde en mémoire les bains de foule de Jacques Chirac lors de ses visites, au temps de l'ancien chef d'État Abdou Diouf. "Oui, ça me rend triste, parce que je le connaissais bien lorsque j'étais étudiante. Il avait un lien particulier avec l'Afrique", raconte-t-elle au micro de notre correspondant William de Lesseux.

En 2007, l'ancien président tient ces mots : "L'avenir du monde ne peut se dissocier de celui de l'Afrique." Un discours qui a marqué cet étudiant en master à l'université de Dakar : "Je me suis dit que ce n'était pas un Français qui parlait, c'était un citoyen du monde. En-dehors d'être un président français, c'était un Africain. Un Africain blanc."

Mais l'ancien chef d'État a aussi laissé la marque de sa vision paternaliste, qui ne passe toujours pas pour cet autre habitant. "Jacques Chirac nous a fatigué. C'est une figure emblématique de cette continuité de la colonisation sénégalaise. Jacques Chirac représente pour nous un colonisateur."

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