C'est le nouvel enjeu des hommes et femmes politiques : séduire un nouvel électorat en investissant YouTube. Si certains relèvent le défi, pour d'autres, c'est plus compliqué...

À la suite de Jean-Luc Mélenchon, d'autres candidats se sont installés sur YouTube
À la suite de Jean-Luc Mélenchon, d'autres candidats se sont installés sur YouTube © Captures écran YouTube

Si la notoriété de Jean-Luc Mélenchon n'est plus à prouver dans le "YouTube game", beaucoup d'autres élu.e.s ou partis politiques tentent de l'investir. Le candidat de la France Insoumise se démarque particulièrement parce qu'il use des codes de YouTube : la face caméra, les différents plans, les rendez-vous comme la "revue de la semaine", la charte graphique et les miniatures mais aussi et surtout les éléments de langage. Jean-Luc Mélenchon a bien compris qu'on ne parlait pas sur YouTube comme on s'exprime à un meeting et use et abuse donc de "pouces bleus", "abonnez-vous" et autres phrases des youtubeurs, ces vidéastes amateurs ou professionnels qui se sont multipliés sur la plateforme ces dernières années. Et ça marche ! Il a aujourd'hui plus de 214.000 abonnés.

Dans la même veine, sa tasse de café à la main, Florian Philippot semble avoir, lui aussi, adopté les codes du média. Avec seulement sept vidéos (en un mois tout de même), il rassemble plus de 15.000 utilisateurs. Logo, musiques, effets, et appels aux pouces bleus et abonnements , le vice-président du Front national sait interagir avec son public. Il poste des vidéos régulièrement sur des sujets aux enjeux politiques tels que le CETA, le référendum ou encore l'euro.

Les likes n'existent plus, les pouces bleus les remplacent

Pour leurs concurrents, au contraire, c'est beaucoup moins naturel. On trouve souvent sur les chaînes des politiques, des extraits de lives interactifs Google Hangouts (Arnaud Montebourg, Anne Hidalgo), des rediffusions de meeting, d'interviews dans les médias ou de discours dans les institutions. Un usage de YouTube qui reste donc très institutionnel et ne réussit donc pas à s'affirmer. Certains tentent tout de même les discours face caméra, notamment Emmanuel Macron, qui interpelle les citoyens. Les codes de YouTube, toutefois, sont loin d'être intégrés. Nathalie Kosciusko-Morizet s'y essaye aussi, notamment avec le côté léger de YouTube ou les sorties de caméra pour revenir avec une petite blague, notamment dans sa série "La petite vadrouille".

À gauche, c'est un peu plus compliqué. Yannick Jadot peine à récolter 700 abonnés. Même s'il met en place ses Jeudi #AvecJadot, à travers la France, sa chaîne, créée il y a deux mois, ressemble plus à une compilation de lives rediffusés qu'à de véritables vidéos YouTube. Benoît Hamon, ses 117 vidéos et ses 4400 abonnés, tentent une petite percée, avec parcimonie toutefois, sur des thèmes précis, face caméra, et qu'il termine par les codes de YouTube... un peu vieillis.

Aux "pouces bleus" de 2017, Benoît Hamon, le twittos de choc, semble un peu hésitant en utilisant les "n'hésitez pas à liker", qu'on retrouvait, certes dans les vidéos des plus célèbres YouTube, mais il y a déjà quelques mois. Internet est en constante mutation et les codes changent sans cesse. La difficulté pour les politiques est donc de réussir à s'approprier ces codes mais aussi de suivre leur évolution.

► À ÉCOUTER | Jean Massiet, youtubeur qui commente la politique sur sa chaîne Accropolis, répond à Élodie Forêt

En parallèle, les élus s'adressent aussi à leurs partisans via "Facebook live", la plateforme de diffusion en direct du réseau social, en proposant de répondre aux questions ou pour lancer leurs campagnes de porte-à-porte comme Emmanuel Macron. François Hollande avait aussi essayé l'expérience Periscope, pour permettre aux internautes de suivre sa rencontre avec les salariés du site Showroomprive.com. Un calvaire : les insultes fusent et la communication est loin d'être meilleure.

Malheureusement pour les candidats à la présidentielle, globalement, le défi vidéo peine à être relevé. Il ne suffit pas d'être présent sur un média social pour en saisir les codes, et encore moins pour séduire ses usagers. Si certains commencent à véritablement s'imposer comme des youtubeurs à part entière, il reste encore du travail avant d'investir correctement la plateforme.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.