Le procès Karachi s'ouvre lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. L'attentat de Karachi, au Pakistan, a fait 15 morts dont 11 employés français de la direction des chantiers navals le 8 mai 2002. Mais ce procès n'est pas celui des auteurs ou commanditaires de l'attentat. Il est celui du volet financier.

Le procès du volet financier de l'affaire Karachi s'ouvre lundi au tribunal correctionnel de Paris
Le procès du volet financier de l'affaire Karachi s'ouvre lundi au tribunal correctionnel de Paris © AFP / Hans Lucas / Juliette AVICE

Karachi, Pakistan, 8 mai 2002. 15 personnes sont tuées dont 11 employés français de la direction des chantiers navals dans un attentat. 

Dix-sept ans après, un premier procès dans la tentaculaire affaire de Karachi : six hommes seront jugés à partir de ce lundi au tribunal correctionnel de Paris, pour répondre de soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle malheureuse d'Edouard Balladur en 1995. 

Ce procès n'est pas celui des auteurs ou commanditaires de l'attentat. Il est celui du volet financier, celui du financement de la campagne d'Édouard Balladur. Six personnes comparaissent, principalement pour "abus de bien sociaux", pour avoir participé à un système occulte qui, une fois stoppé, aurait donné lieu à l'attentat en représailles

Sur les bancs des prévenus notamment : Nicolas Bazire, ancien directeur de campagne d'Edouard Balladur en 1995, aujourd'hui dirigeant du groupe LVMH ; Renaud Donnedieu de Vabres, ancien conseiller à la Défense de François Léotard ; Thierry Gaubert, membre du cabinet de Nicolas Sarkozy, ou encore l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur et son ex-ministre François Léotard ont été renvoyés quant à eux devant la Cour de justice de la République (CJR) pour le financement présumé occulte de la campagne présidentielle de 1995.

C'est aussi une époque que l'on juge

Au total six hommes qui devront répondre, jusqu'au 31 octobre, d'abus de biens sociaux ou de complicité et recel de ce délit, notamment au détriment de la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCNI). Au fil, de l'enquête sur l'attentat, des rétrocommissions illégales ont fait surface. 

C'est l'histoire de pratiques étatiques aussi douteuses que courantes pendant des années. Jusqu'en 2000 et la ratification par la France d'une convention de l'OCDE 

La corruption semblait être la règle pour conclure les grands contrats internationaux, notamment dans le domaine de l'armement, écrivent les juges. 

C'est ainsi que pour conclure des contrats avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan, la France a eu recours à un réseau d'intermédiaires : le réseau K, via des sociétés offshore aux Iles vierges britanniques et au Panama. 

En marge de ces contrats de sous-marins, notamment, des commissions étaient versées par la France. Une partie de ces rétrocommissions aurait permis de financer la campagne d'Édouard Balladur pour la présidentielle de 1995, en particulier un versement de 10 millions de francs, abondé sur le compte de campagne, pendant l'entre-deux tours. 

Une "affaire d'État"

Jacques Chirac, devenu président, a coupé court à ce système. L'attentat contre des ressortissants français au Pakistan serait alors survenu en représailles. Véritable "affaire d'État", dénoncée par les familles de victimes depuis 17 ans. Sur laquelle, encore aujourd'hui, les juges disent avoir rencontré de "multiples difficultés" à enquêter. 

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