Si les principaux réseaux sociaux ont adopté des règles strictes sur le partage de fausses informations à propos du coronavirus et n'hésitent pas à supprimer des tweets ou posts même de chefs d'État, la lutte contre les fake news s'avère être un combat difficile à mener.

Ces dernières semaines, Twitter et Facebook ont assumé de supprimer plusieurs publications de chefs d'État.
Ces dernières semaines, Twitter et Facebook ont assumé de supprimer plusieurs publications de chefs d'État. © AFP / NurPhoto / Jaap Arriens

Ils sont aussi en guerre contre "l'infodémie". Sans conteste, les réseaux sociaux tentent de lutter contre la propagation de fausses informations, massive depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus, en se conformant aux recommandations formulées par l'Organisation mondiale de la santé. Twitter et Facebook vont même jusqu'à assumer de contrôler les publications de chefs d'État. Il y a eu ce tweet de Nicolas Maduro, président du Venezuela, supprimé parce qu'il conseillait des "remèdes naturels" contre le coronavirus. Plus récemment, ce sont des posts de Jair Bolsonaro, le chef d'État brésilien, qui ont été effacés par Twitter, Facebook et Instagram. Mais comment ces plateformes font-elles le tri et sur quels critères? 

Des tweets cachés ou supprimés 

Ces dernières semaines, on peut retenir trois exemples principaux de modération par Twitter (essentiellement) et Facebook. Il s'agit des comptes de deux chefs d'État et d'un ancien maire de New York qui cumulent à eux trois près de 11 millions d'abonnés sur Twitter et qui ont partagé des informations erronées ou trompeuses à propos du coronavirus ou des potentiels traitements contre la maladie.  

  • Jair Bolsonaro (6 384 322 followers)

Premier exemple: deux tweets vidéo du président brésilien postés le 30 mars et qui remettaient en cause le confinement mis en place par les autorités locales brésiliennes ont été supprimés par Twitter. À leur place, le réseau social a publié une note expliquant sa décision et détaillant le renforcement de ses règles face aux fausses nouvelles autour du coronavirus. Facebook et Instagram ont suivi Twitter sur la même voie. Bolsonaro avait déjà qualifié à plusieurs reprises le Covid-19 de "petite grippe".

  • Rudy Giuliani (670 493 followers)

L'ancien maire de New York a aussi été épinglé par Twitter le 27 mars, comme le rapporte aux États-Unis le site BuzzFeed News. Rudy Guliani, avocat, proche de Donald Trump, avait assuré que l'utilisation de l'hydroxychloroquine était "100% efficace" dans le traitement du Covid-19.  

  • Nicolas Maduro (3 773 168 followers) 

Enfin, le 24 mars, le président bolivarien Nicolás Maduro dénonçait à la télévision vénézuélienne la suppression de l'un de ses tweets par la plateforme américaine Twitter. Il y renvoyait vers "trois articles intéressants sur le coronavirus" dont un proposant la recette d'un "antibiotique naturel" à base de citronnelle, de gingembre, de sureau et de poivre noir. Par ailleurs, l'accès aux comptes de deux de ses ministres, Delcy Rodríguez, vice-présidente et Wilmar Castro, ministre de l'Agriculture, ont été restreints par Twitter.

"Combattre la désinformation"

Trois exemples, donc, du récent durcissement des règles de modération de Twitter, "afin d'intégrer des contenus pouvant aller à l'encontre des informations de santé publique communiquées par les sources officielles et qui pourraient entraîner un plus grand risque aux personnes de contracter le Covid-19", explique la plateforme à France Inter. 

Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses plateformes avaient déjà mis en avant les informations gouvernementales. Essayez de chercher "coronavirus" sur Twitter, un panneau s'affiche, proposant "de l'information et des recommandations sur le Covid-19" et renvoyant sur les recommandations gouvernementales. Même principe sur Facebook. Sur Google, depuis plusieurs semaines, le moteur de recherche insère dans les résultats des requêtes qui gravitent autour de la pandémie des recommandations de l'OMS. 

"Nous travaillons en étroite collaboration" confirmait d'ailleurs une déclaration commune de Facebook, Google, LinkedIn, Microsoft, Reddit et YouTube, pour combattre "conjointement la désinformation sur le virus".

Facebook a également ouvert gratuitement son programme de publicité aux organismes de santé publique ou bien renforcé ses partenariats avec des médias mobilisés pour la vérification des faits.   

Mais les plateformes vont ainsi plus loin, en "censurant" certains posts. Sur quels critères ? Pour Twitter, un post de blog en anglais l'explique en détail. Sont masqués les tweets :

  • qui affirment que "la distanciation sociale n'est pas efficace" ; 
  • qui font la promotion de traitements inefficaces (aromathérapie, huiles essentielles), y compris les posts humoristiques "qui pourraient tromper" les utilisateurs ;
  • qui nient des réalités scientifiques sur la transmission du virus ou les publics touchés ;
  • qui diffusent des théories complotistes ou de fausses infos "pouvant provoquer une panique généralisée, des troubles sociaux" ; 
  • qui usurpent l'identité d'un gouvernement ou d'un responsable de la santé ou d'une organisation ;
  • qui ciblent des nationalités ou expliquent que certains groupes de personnes ne sont pas autant exposés que d'autres. 

Dans un post datant de début mars, le PDG de Facebook, avait lui aussi détaillé les règles appliquées par le réseau social. "Nous supprimons les fausses revendications et les théories du complot qui ont été signalées par les principales organisations de santé mondiales. Nous bloquons également la diffusion de publicités qui essaient d'exploiter la situation -- par exemple, affirmant que leur produit peut guérir la maladie", assurait Mark Zuckerberg.

Des contenus non conformes ou complotistes qui circulent pourtant toujours

Ces règles sont-elles appliquées, parfaitement appliquées, au point qu'aucune fake news ne circule sur les réseaux sociaux? Malheureusement non, ce serait trop beau. Comme nous l'avons montré à travers différents articles, Facebook (et particulièrement les groupes), sont le lieu de diffusion d'un grand nombre de contenus faux ou à caractère complotistes, souvent consultés des dizaines de milliers de fois. 

La vidéo expliquant que le coronavirus avait été "inventé" et "breveté" notamment par des scientifiques de l'institut Pasteur et que nous dénoncions comme étant une fake news le 18 mars (soit il y a près de 15 jours), est pourtant toujours accessible sur Facebook, en un clic. Il nous a suffit d'effectuer une simple recherche autour du mot clé "brevet" pour en trouver plusieurs versions. 

Plusieurs versions de cette vidéo affirmant que le coronavirus a été "breveté" sont toujours en ligne sur Facebook.
Plusieurs versions de cette vidéo affirmant que le coronavirus a été "breveté" sont toujours en ligne sur Facebook. / Capture d'écran

Si la question est de cibler les comptes populaires regroupant un nombre important d'abonnés, BuzzFeed News note à ce propos que le propos tenus dans les tweets supprimés de Jair Bolsonaro sont "similaires" à ceux que Trump avaient tenu en faveur de la chloroquine ou sur la nécessité pour les Américains de retourner travailler.  

De même, le site Clubic s'interroge sur le maintien de tweets du milliardaire américain et patron de Tesla, Elon Musk (32,5 millions d'abonnés), en contradiction avec les règles énoncées plus haut. "Certains utilisateurs seraient-ils intouchables?", questionne le magazine spécialisé dans les nouvelles technologies quand Musk affirme que "les enfants sont par nature immunisés" contre le coronavirus. 

Enfin, et c'est l'un des points noirs de cette lutte contre les fake news, la lutte est beaucoup plus difficile sur WhatsApp. Messagerie privée, il est impossible de modérer et contrôler les contenus échangés. Seule arme à disposition de Facebook, propriétaire de l'application, une récente collaboration avec l'OMS pour lancer un robot de discussion qui répond aux questions des utilisateurs.

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