"Pour eux, je suis parano et je fais du cinéma", témoigne Véronique, secrétaire dans un Ehpad et qui souffre d'obésité, pathologie qui peut entrainer une forme grave de la Covid-19.

Certains employeurs obligent leurs salariés à aller travailler malgré leur santé fragile. Image d'illustration.
Certains employeurs obligent leurs salariés à aller travailler malgré leur santé fragile. Image d'illustration. © AFP / Hans Lucas / Benoit Durand

Ils sont contraints par leur employeur. Des salariés souffrant d’insuffisance rénale chronique, d’obésité ou de cancer par exemple, et qui, jusqu’ici, pouvaient être indemnisés pour éviter de se rendre sur leur lieu de travail. Mais depuis un récent décret publié le 11 novembre, les règles du chômage partiel sont beaucoup plus restrictives pour ces personnes particulièrement à risque. Les associations de malades crient au scandale et portent l'affaire en justice car, désormais, un certificat médical ne suffit plus.  Pas droit au chômage partiel si l'entreprise garantit la bonne mise en place des gestes barrière et des mesures de protection renforcées.

Tensions

Cette situation génère de vives tensions entre salariés vulnérables et employeurs. C'est le cas de Véronique, secrétaire dans un Ehpad, qui souffre d'obésité, une pathologie particulièrement à risque en cas de contamination à la Covid-19. Pourtant, son employeur lui demande de venir travailler. "En étant dans un accueil, c'est moi qui rencontre toutes les personnes qui entrent ou sortent, les résidents. J'ai toujours du monde autour de moi", raconte-t-elle à France Inter. "Et quand vous êtes à risque, vous savez que vous pouvez faire une forme grave et vous pensez au pire." 

Pour pouvoir s'extraire de cet environnement, elle a dû solliciter la médecine du travail. Qui lui a donné raison : son bureau n'était en effet pas assez sécurisé. "Pour l'instant je suis au chômage partiel", dit-elle. "Mais je peux être appelée tous les jours par mon employeur s'il me dit qu'il a mis assez de plexiglass et que je suis obligée de revenir."

"Si je refuse de revenir à mon poste, je risque un licenciement ou une rupture conventionnelle."

"Pour eux, je suis parano et je fais du cinéma", regrette Véronique. 

Le Conseil d'État saisi

Le cas de Véronique n'est pas isolé et l'association France Assos Santé, qui regroupe les usagers du système de santé, reçoit beaucoup d'appels de personnes vulnérables obligées de se rendre sur leur lieu de travail. "Cela oblige le salarié à saisir la médecine du travail pour faire valoir ses droits et donc automatiquement en opposition avec son employeur. S'il y a des licenciement économiques, la personne vulnérable sera en tête de liste", analyse Catherine Simonin, l'une des membres du bureau. 

Plusieurs associations de malades, comme la Ligue contre l'obésité ou AIDES, viennent de déposer un recours devant le Conseil d'État. Il avait déjà cassé en octobre dernier un autre décret qui restreignait l'accès au chômage partiel des personnes obèses et des plus de 65 ans.