Un vent de colère monte chez les enseignants-chercheurs. Déjà remontés contre la réforme des retraites qui va les pénaliser, ils voient arriver d'un mauvais oeil la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), dont le contenu sera dévoilé au printemps. Explications.

Rassemblement d'enseignants-chercheurs et d'étudiants de la Sorbonne le 7 janvier contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et la réforme des retraites, notamment
Rassemblement d'enseignants-chercheurs et d'étudiants de la Sorbonne le 7 janvier contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et la réforme des retraites, notamment © AFP / Nicolas Portnoi

Depuis quelques semaines, l'inquiétude grandit dans les universités, en raison non seulement de la réforme des retraites, qui va pénaliser les enseignants, mais aussi de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), promise par le gouvernement il y a un an.

L'objectif affiché de la LPPR est de revaloriser les carrières des jeunes chercheurs et d'augmenter le niveau de la recherche en France, selon le ministère de l'Enseignement supérieur, qui reçoit cette semaine les organisations syndicales.

Le contenu du texte, présenté au printemps, n'est pas encore connu. Toutefois, des rapports contenant des pistes précises ont été publiés et ce qui y figure inquiète les enseignants des universités, même si le ministère assure que tout ne sera pas forcément dans la loi. 

Une course aux financements ?

La première crainte porte sur le financement de la recherche. "Ce qui nous inquiète, c’est le développement d'une logique de financement de la recherche, essentiellement par projet", explique Tatiana Sachs, maître de conférence en droit à l'université Paris-Nanterre. 

"Cela précarise la recherche puisqu’elle serait indexée sur la réalisation de certains projets, dans une logique de compétition. Cela limite la liberté du chercheur puisqu’il doit nécessairement se couler, se glisser dans des priorités de recherches, qu'il n'a pas lui-même définies. Il n’y a plus de liberté à mener des recherches qui ne se situent pas dans les lignes de financement des organismes nationaux, publics ou privés". 

Les syndicats de l'enseignement redoutent ainsi que les financements soient alloués en priorité aux sciences en lien avec le monde économique et que les sciences humaines et sociales soient les grandes perdantes.

"Une pression sur les chercheurs"

La deuxième inquiétude concerne la précarisation accrue des personnels. Le ministère veut proposer de nouveaux modes de recrutement par contrats, mieux rémunérés mais limités dans le temps, pour attirer les chercheurs qui seraient tentés de partir à l'étranger. 

Par exemple, la chaire de professeur junior d'une durée de 5 ou 6 ans permettrait de titulariser un jeune chercheur qui a fait ses preuves. "C'est une pression qui est portée sur les chercheurs qui doivent être performants, qui doivent être en compétition, s'ils veulent espérer à un moment ou à un autre être titularisés sur leur poste", regrette Anne Roger, co-secrétaire générale du Snesup, syndicat national de l'enseignement supérieur. 

"Avec la chaire de professeur junior, il faudra qu'ils aient montré qu'ils étaient performants, mais pendant 5-6 ans ils vont se demander ce qu'ils vont devenir et cela crée une pression qui est totalement à l'opposé de ce que nous voulons en termes de recherche", poursuit-elle.

Pour le ministère de l'Enseignement supérieur, ces craintes ne sont pas fondées. C'est au contraire une chance pour la recherche, avec à la clé six à huit milliards d'euros. Mais les enseignants des universités ont eu tant de promesses ces dernières années qu'ils n'y croient plus.

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