Parmi les activités culturelles qui n'ont pas souffert de la crise du Covid en 2020, il y a notamment le jeu de rôles. "Donjons & Dragons", "Shadowrun" et autres "Chroniques oubliées" ont vu leur popularité augmenter avec les confinements, alors qu'ils connaissaient déjà un retour en grâce ces dernières années.

En période de Covid, le jeu de rôles a vécu un retour en grâce
En période de Covid, le jeu de rôles a vécu un retour en grâce © Radio France / Olivier Bénis

Pourtant, ce loisir revient de loin. "Le jeu de rôles n'est pas passé loin de la mort clinique au début des années 2000", explique Thomas Berjoan, salarié actionnaire de Black Book, une maison d'édition spécialisée basée dans la région lyonnaise. L'enthousiasme que suscitaient ces jeux de société d'un nouveau genre à la fin des années 80 semblait alors bien loin. "Les principaux éditeurs s'en étaient désintéressés, les joueurs étaient partis sur d'autres types de loisirs : les cartes Magic, World of Warcraft sur ordinateur, les jeux de société aussi, beaucoup..."

C'est dans ce creux de la vague que la société Black Book est créée, en 2004, avec pour ambition de traduire des jeux de rôles à succès et d'en créer de nouveaux. "Les dix premières années ont été très délicates, c'était vraiment la traversée du désert, sans salarié, avec des investissements personnels, des ventes qui ne décollaient pas... Mais malgré tout, on avait cette conviction que le jeu de rôles méritait une meilleure place, que c'était le meilleur des jeux de société."

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"Complètement passé dans la culture mainstream"

Et l'Histoire semble leur donner raison : ces dernières années, le jeu de rôles "à l'ancienne" semble retrouver sa place perdue. "Depuis 2015, on sent un frétillement. On l'explique par plein de choses : d'abord le fait que le genre fantastique est complètement passé dans la culture mainstream. Dans les années 90, quand on parlait de magiciens, de chevaliers, de dragons, ça pouvait sembler très exotique ; après 'Game of Thrones', tout le monde connait. D'autres séries ont marqué les esprits, comme 'Stranger Things', où l'on voit de jeunes ados des années 80 jouer aux jeux de rôles..."

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"L'arrivée du financement participatif a aussi permis à un secteur où les ventes sont assez faibles de limiter les risques, et de développer la création."

"On est aussi aidés par des parrains, des marraines, des influenceurs qui aujourd'hui 'sortent du placard rôliste'", plaisante Thomas Berjoan. "Ils revendiquent leur passion : nous par exemple, on vient de sortir le jeu de rôles de Joann Sfar. On travaille aussi avec le parrainage de Maxime Chattam... Pénélope Bagieu fait aussi du jeu de rôles tous les mois dans un 'actual play' qui s'appelle 'La Bonne Auberge'." L'actual play consistant à diffuser en vidéo sur internet des parties de jeux de rôles regroupant des influenceurs, auteurs, créateurs venus d'horizons différents. De quoi toucher une nouvelle génération, plus connectée.

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Des jeux parfaits pour le confinement

Tous ces éléments ont contribué à relancer la popularité des jeux de rôles, un phénomène que les confinements n'ont pas éteint, bien au contraire. "2020 a permis de l'amplifier : avec le confinement et avec les week-ends à la maison, beaucoup de gens sont revenus vers le jeu de rôles et le jeu de société en général", explique Thomas Berjoan. "Pour Black Book Éditions, qui a souffert de la fermeture des magasins, ça a été le moment de mettre les bouchées doubles sur la boutique en ligne et la vente directe. On a senti un engouement vraiment très fort, notamment sur tout ce qui est produits dématérialisés." La société propose en effet de télécharger directement les livres de règles et autres fiches de personnages : pratique, quand les librairies sont fermées.

"Comme pour tous les secteurs d'activité, il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. Mais l'intérêt pour les jeux dans la vraie vie, entre soi, à table, de convivialité, a permis de poursuivre la bonne dynamique enclenchée."

Résultat : en un an, la maison d'édition est passée de 10 à 20 salariés, et vient de lancer deux nouveaux recrutements. Une situation que l'entreprise espère retrouver l'année prochaine. On croise les doigts... pardon, on lance 1D20 de sauvegarde pour eux.