Devenu un acteur incontournable du spatial américain en près de 20 ans, la société d'Elon Musk, SpaceX, envoie ce mercredi deux premiers astronautes vers la station spatiale internationale. Initiée par Barack Obama, cette privatisation du transport spatial est utilisée comme un acte patriotique par Donald Trump.

Pour la première fois, SpaceX va envoyer des astronautes dans l'espace
Pour la première fois, SpaceX va envoyer des astronautes dans l'espace © AFP / Getty Images North America / Joe Raedle

Un retour après une si longue absence... Les États-Unis reprennent ce mercredi le vol habité depuis leur sol, 9 ans après la mise à la retraite de la dernière navette américaine. Depuis 2011, la NASA loue des places à bord du Soyuz à l'Agence Spatiale Russe afin d'emmener vers l'ISS ses astronautes. Une dépendance pas toujours du goût des autorités, Donald Trump en tête, lui dont le crédo est "Make America Great Again". Le président américain a d'ailleurs prévu d'assister à ce lancement historique. "Il y a beaucoup d'enthousiasme ici pour ce retour des Américains en vol, pour de la technologie américaine" témoigne d'ailleurs l'astronaute français Thomas Pesquet, actuellement en entrainement à Houston au Texas pour sa future mission de 2021.

Un programme initié par Barack Obama

"Donald Trump a beau jeu de s'attribuer les mérites de ce retour en scène alors que c'est sous l'administration de Barack Obama que SpaceX s'est vu confier un premier contrat" souligne Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique. Avec la firme Boeing, la société d'Elon Musk emporte en effet l'appel d'offre lancé en 2010 par la NASA afin de réaliser un premier vol habité 6 ans plus tard. En raison de difficultés techniques inhérentes au spatial et de l'explosion d'une Falcon 9, le programme a 4 ans de retard, 4 et demi pour Boeing qui n'a pas encore dévoilé son Starliner.  

SpaceX et son fantasque patron ont beau afficher 21 missions cargo de ravitaillement à leur actif, cette mission n'en est pas moins ultra risquée. Car ce n'est que le 3 mars 2019 que l'entreprise a fait la preuve du premier amarrage de la capsule habitée à l'ISS. Le 21 janvier, c'est le système d'évacuation d'urgence qui était testé et validé et cette fois-ci la mission, baptisée "Demo 2", est la toute première avec des hommes à bord. 

On est encore très loin de la routine et la mission comporte des risques. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter un professionnel : "On sera très attentif dans quelques heures et on pensera aux deux gars qui sont là-haut en espérant que tout se passe bien. Il y a toujours un risque calculé mais pas démontré, c'est bien le problème" souligne Thomas Pesquet. Le Français empruntera soit l'une, soit l'autre des deux capsules privées pour sa prochaine mission, comme tous les Européens désormais. Bien sûr, la NASA n'a pas mégoté sur la sécurité. Elle a exigé de SpaceX que le risque de perte de l'équipage soit réduit à 0,37% soit 1 risque sur 270 vols.

Douglas Hurley et Robert Behnken dans leurs combinaisons blanches et grises très design
Douglas Hurley et Robert Behnken dans leurs combinaisons blanches et grises très design © AFP / Bill INGALLS

Ecrans tactiles, combinaisons blanches... un design moderne

Dans sa version du jour, la capsule n'emportera que deux hommes alors qu'elle peut en transporter sept. À l'image de tout ce que fait Elon Musk, le design a été particulièrement travaillé. À l'intérieur, les astronautes - qui doivent gagner le pas de tir dans une Tesla - sont vêtus d'une combinaison blanche à liseré gris et de casques qui font plus penser au monde de la Formule 1 qu'à celui du spatial. D'ailleurs le cockpit fait appel aux écrans tactiles. Il n'y a pas de boutons mécaniques comme dans les vieux Soyuz. "Cela ressemble plus au cockpit d'un Airbus A350 tout juste sorti de production qu'à un vieil appareil de 30 ans" décrit Thomas Pesquet pour qui "il faut vivre avec son temps". Une vidéo en images virtuelles donne un aperçu de cette mission version 2.0 très léchée. 

Désormais c'est un service que paie la NASA aux acteurs privés

Un changement de paradigme qui s'explique car l'agence spatiale américaine a choisi de se concentrer sur un autre programme : le retour vers la Lune, décrypte Xavier Pasco. C'est pourquoi, peu importe le prix, à chacun son rôle. SpaceX qui a entièrement développé le projet sur financements publics américains a agit en sous traitant unique, là où autrefois d'autres industriels fabriquaient sur plan fusées et capsules (Lockeed Martin , ILS ou Boeing). 

Lors des dernières missions, les Russes facturaient 83 millions de dollars une place dans le Soyuz pour gagner l'ISS. À ce jour, aucun prix de revient n'a été rendu public par la NASA pour les deux nouveaux programmes. 

Un événement très suivi aux USA

Aux commandes de Demo 2, deux astronautes aguerris. Dough Hurley, 54 ans, ancien pilote de chasse dans les Marines et Robert Benkhen, 50 ans ingénieur d'essai. Ils ont tous les deux effectués plusieurs missions dans l'ISS. Si la fusée devait avoir un problème au décollage, ils auront la capacité de s'éjecter. 

Le vol, suivi simultanément depuis deux centres de contrôle (Houston, Texas et Hawthorne, Californie où se trouve le siège de SpaceX) doit durer 24 heures depuis l'allumage des neufs moteurs de Falcon 9 jusqu'à l'arrivée à 400 km d'altitude.  

Preuve de l'importance du moment: l'agence spatiale américaine a prévu 24 heures de programmes, pour couvrir l’événement. 

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