Alors qu’à gauche les ambitions s’aiguisent, Jean-Luc Mélenchon installe discrètement sa stratégie. Pas nécessairement candidat à l'Élysée... Mais déterminé à faire tomber la Ve République.

Jean-Luc Mélenchon à Chateauneuf-sur-Isère, près de Valence, le 23 août 2020
Jean-Luc Mélenchon à Chateauneuf-sur-Isère, près de Valence, le 23 août 2020 © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Il y a cette petite musique que joue désormais presque à chacune de ses interventions l’Insoumis : "Si nous étions au gouvernement ou dans un gouvernement", "un président en 2022 ou une présidente"...

Son entourage confirme que Jean-Luc Mélenchon n’a pas "d’obsession élyséenne". Il a toujours dit qu’élu, il jetterait les clés du Palais dans la Seine et convoquerait une Constituante à laquelle il remettrait le pouvoir. L’une ses proches parle d’un rôle de "passeur" : passeur vers une VIe République, qui adviendra de gré ou de force... Et il vaut mieux que ce soit de gré. L’insurrection guette, s’alarme Mélenchon. Cf. la grève du vote ou le mouvement des gilets jaunes.

"Je mets en garde les apprentis sorciers parce qu’ils seront victimes comme les autres des conséquences leurs actes. Nous sommes à l’heure où la crise de l’écosystème menace tout le monde", assure le leader de la France insoumise. "Ce n’est pas le moment où il faut regarder la couleur de peau de celui qui vient vous aider, ou la religion de celui qui est en train de se noyer. Je vous adjure de le comprendre. Si vous ne le faites pas au calme, vous devrez le faire dans le chaos et le désordre qui s’avancent vers nous, du fait des incuries ajoutées d’un système politique impuissant, de la finance qui règne et qui fait n’importe quoi."

Fini le "dégagisme"

Dans les mois qui viennent, il ne fera campagne que sur les idées : sa plateforme "L'Avenir en commun", à prendre ou à laisser pour ses éventuels partenaires de gauche. Et là, il se fait grave : "Compte tenu des dangers, des difficultés qui s’annoncent, 18 mois c’est peu de temps pour construire une conviction de masse. Une majorité ne peut pas être une coalition de tous les refus."

Sous-entendu : fini le "dégagisme". Mais Jean-Luc Mélenchon a bien conscience qu’il ne suffit pas d’invoquer les périls et l’intelligence politique pour convaincre.

Il sait qu’il dispose encore de quelques mois pour tester l’envie du pays (autrement dit, les sondages). Si celle-ci ne lui fait pas défaut, alors il ira à la tête de ce qu’il appelle sa "fédération populaire". Jean-Luc Mélenchon aime trop l’histoire pour accepter d’y figurer comme l’homme qui aurait remis les clés à Marine Le Pen.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.