Le procès dit des "bonbonnes de gaz de Notre-Dame" s'ouvre lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris. Au nom de Daech, deux jeunes femmes avaient tenté de commettre un attentat en septembre 2016.

Le quartier de Notre-Dame bouclé par les forces de l'ordre. Image d'illustration.
Le quartier de Notre-Dame bouclé par les forces de l'ordre. Image d'illustration. © AFP / Bertrand Guay

C'est une affaire emblématique. Le procès des "bonbonnes de Notre-Dame", qui s'ouvre lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris, est à l'origine d'un changement de politique pénale antiterroriste. Antoine Mégie, maître de conférence à l'université de Rouen et spécialiste de la justice antiterroriste, nous explique en quoi ce dossier a été décisif. 

FRANCE INTER : En quoi ce dossier a changé la donne ? 

ANTOINE MEGIE : "Ce dossier est arrivé à un moment très particulier dans ce que l'on va appeler les évolutions de la politique pénale. A partir de ce dossier, cela a été affiché officiellement par le représentant du parquet de Paris. On a décidé que les femmes feraient désormais l'objet de poursuites pour association de malfaiteurs terroriste. Cette affaire a transformé la politique pénale, dans la volonté de poursuivre dorénavant les femmes à l'instar des hommes dans les dossiers terroristes."

FRANCE INTER : Qu'est-ce qui a provoqué cette évolution ? 

"D'un point de vue global, la justice est marquée par un biais de genre quant aux poursuites des femmes et pas seulement dans le domaine du terrorisme. Mais on a là une légitimation de cette volonté de poursuivre les femmes. On se dit que les femmes peuvent participer à des associations de malfaiteurs terroristes, en l'occurrence l'idée de perpétrer un attentat, mais également que ces femmes qui sont parties en Syrie, souvent avec des enfants, peuvent aussi participer au groupe terroriste."

FRANCE INTER : On ne considère plus que les femmes se limitent aux tâches domestiques dans l'idéologie de Daech ? 

"Lorsqu'on prend en compte l'idéologie de Daech, on considère que ces femmes semblent être écrasées par la domination masculine alors même que dans l'histoire de la violence politique, notamment avec Action directe, les femmes ont toujours été centrales. Donc là, la figure de la femme redevient centrale. Et pour le parquet de Paris, c'est la volonté de montrer la dangerosité potentielle des femmes et de les poursuivre sur le même plan que les hommes dorénavant."

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