C’est ce lundi à 13h30 que le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement dans l’affaire des emplois fictifs de Penelope Fillon. Un jugement qui sera très suivi, dans un contexte tendu autour du Parquet national financier. Avant le dénouement, retour en détails sur ces dernières semaines chargées.

François et Pénélope Fillon au dernier jour de leur procès, le 11 mars 2020.
François et Pénélope Fillon au dernier jour de leur procès, le 11 mars 2020. © Maxppp / IP3 PRESS

C'est peu de dire que la décision de justice est attendue. C'est ce lundi, à 13h30, que le tribunal correctionnel doit rendre son jugement au procès de l'ancien Premier ministre François Fillon et de son épouse Penelope. Procès qui s'était achevé mi-mars par un féroce réquisitoire du parquet national financier (PNF), qui a demandé de la prison ferme pour François Fillon, et la plaidoirie ardente de son avocat venu arracher une relaxe.

Pendant neuf jours d’audience, du 26 février au 11 mars dernier, ce n’était que banderilles et attaques en piqué entre François Fillon et le PNF. Aurélien Létocard et Bruno Nataf, procureurs au Parquet national financier, s’étaient régalés à citer régulièrement les propos de l’ancien candidat à la présidentielle.

Comme cette phrase prononcée par François Fillon en septembre 2012 : "Il y a une injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu, et ceux qui travaillent peu pour toucher de l’argent public." Ou encore celle-ci, à propos de l’augmentation du SMIC : "C’est trop facile d’être généreux avec l’argent des autres, au détriment de l’emploi des autres."

613.000 euros sur 15 ans

Retraçant l’histoire des premiers contrats signés par Penelope Fillon dès 1981 auprès de son mari député, le parquet avait estimé que "les habitudes de captation d’argent public ont été prises dès le début de sa vie politique, en s’affranchissant des règles, préférant son intérêt privé au bien public, pour conforter un certain train de vie ; dans une forme de comédie humaine que Balzac ou Chabrol n’auraient pas renié."

Entre 1998 et 2013 (les faits précédents sont prescrits), Penelope Fillon a touché 613.000 euros nets comme assistante parlementaire de son mari et du député suppléant de celui-ci, Marc Joulaud. À la Revue des Deux Mondes, entre mai 2012 et décembre 2013, elle a touché 135.000 euros, pour un emploi de conseillère éditoriale et des fiches de lecture. Des emplois que l’accusation estime fictifs ou surévalués.

Le parquet demande 2 ans de prison ferme contre François Fillon

Contre François Fillon, jugé notamment pour "détournement de fonds publics" le parquet avait requis 5 ans de prison dont 2 ans ferme et 10 ans d’inéligibilité, demandant "une peine ferme et dissuasive", au nom de "la légitime exemplarité que l’on attend d’un candidat à la magistrature suprême."

Envers Penelope Fillon, qualifiée de "victime consentante des agissements de son mari", 3 ans avec sursis ont été requis. À quoi s’ajoutent 750.000 euros d’amende demandés contre le couple. Contre Marc Joulaud, le troisième homme, l’ancien suppléant du député François Fillon, le parquet a requis 2 ans avec sursis, et 20.000 euros d’amende.

Coup pour coup

Mâchoires serrées, regard noir, François Fillon est plusieurs fois passé à l’offensive pendant le procès. Quand l’un des procureurs s’interroge : Penelope Fillon ne tenait elle pas le rôle social d’un conjoint d’homme politique ? Il contre-attaque : "Cette notion n’appartient qu’à vous. C’est très archaïque. Je vous invite à réviser votre vision du rôle d’épouse d’homme politique." Il y a eu aussi cette réplique, face aux procureurs qui voulaient savoir si tel dîner, tel rendez-vous assuré par Penelope relevait bien du rôle d’une collaboratrice de député : "Vous voulez enfermer la fonction d’assistant parlementaire dans un cadre que vous avez inventé et qui n’existe pas."

On imagine que François Fillon apprécie de voir les méthodes du PNF crûment mises en lumière ces derniers temps, avec la révélation que les fadettes de dizaines d’avocats ont été épluchées dans l’affaire Bismuth. Avec, surtout, les propos d’Éliane Houlette, l’ancienne patronne du PNF, qui avait ouvert l’enquête après les révélations du Canard enchaîné sur les emplois de Penelope Fillon comme assistante parlementaire de son mari et à la Revue des deux mondes.

Le PNF et les "pressions"

Le 10 juin dernier, devant les députés de la Commission sur les obstacles à l’indépendance de la justice, Éliane Houlette a regretté les "pressions", qu'elle dit avoir subies de la part de sa supérieure, la procureure générale de Paris Catherine Champrenault. Des pressions pour faire remonter tous les actes de l’enquête Fillon au jour le jour, et pour l’inciter fortement à ouvrir une information judiciaire. Qu’importe si justement, à l’époque, les avocats de François Fillon réclamaient cette information judiciaire, meilleure garante des droits de la défense qu’une enquête préliminaire du parquet, puisque les avocats ont accès au dossier dans ce cas. 

Qu’importe si Éliane Houlette a précisé que ces pressions ne portaient pas sur le fond de l’affaire, et qu’on ne lui avait jamais demandé de procéder à tel ou tel acte d’enquête, le mot était lâché, "pressions", et les avocats du couple Fillon ont en fait leur miel. Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille ont officiellement demandé au tribunal de rouvrir les débats pour aborder ces questions. Ils souhaitent un report du jugement, en attendant les résultats de la saisine du Conseil supérieur de la magistrature par Emmanuel Macron. Le procès étant terminé depuis le 11 mars dernier, le tribunal n’a aucune obligation d’y faire droit, et n’est pas tenu de répondre à cette demande.

Mais voilà qui donne du grain à moudre à l’ex Premier ministre, qui avait dit à la barre :

"Cette enquête restera dans les annales comme l’exemple d’un dysfonctionnement de l’institution judiciaire."

Son avocat, Antonin Lévy, avait pilonné dans une plaidoirie enlevée une "enquête folle, partie dans tous les sens : 14 perquisitions, 44 personnes entendues, 106 scellés… jusqu’à entendre le maître tailleur de la maison Berluti !" Il avait fourni 41 attestations du travail transmises par Pénélope Fillon : représenter son mari, traiter le courrier, l’aider pour ses discours locaux aux repas des anciens, aux comices agricoles, aux enterrements… "Tous ces événements qui constituent le tissu politique de la France."

Bref, l’ambiance entre les deux camps promet ce lundi d’être plus électrique que jamais. Si le tribunal suivait les réquisitions du PNF, cela signifierait que François Fillon ne pourrait pas échapper à un tour derrière les barreaux : les peines supérieures à un an de prison ferme ne sont plus, en effet, entièrement aménageables. Mais nul doute qu’il ferait appel dans ce cas. Aucun mandat de dépôt n’ayant été requis par le PNF, il resterait libre en attendant ce nouveau procès.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.