Coup de théâtre aux assises de la Somme, au dernier jour du procès pour le viol et le meurtre d'Elodie Kulik en 2002 : l'accusé, condamné à 30 ans de réclusion criminelle, a tenté de se suicider en pleine audience. Il est dans un état grave. Récit.

"Je ne comprends pas ce verdict", a réagi Me Daquo, l'avocat de "Willy Bardon, annonçant son intention de faire appel.
"Je ne comprends pas ce verdict", a réagi Me Daquo, l'avocat de "Willy Bardon, annonçant son intention de faire appel. © Maxppp / Dominique Touchart

Tout s'est joué en quelques secondes. Au moment du verdict, Willy Bardon est assis seul dans le box des accusés, prostré, les yeux baissés. Contrairement à l’usage, la présidente ne l’a pas fait se lever pour écouter le prononcé de la sentence. Elle égrène les réponses aux questions. Willy Bardon est reconnu coupable de l’enlèvement, de la séquestration, et du viol d’Elodie Kulik. Mais pas du meurtre. Il est condamné à 30 ans de réclusion criminelle.

Dans la salle pleine à craquer, on entend quelques murmures de soulagement. Jacky Kulik est en larmes, il serre son fils Fabien dans ses bras, ses avocats. Pendant ce temps, d’un coup, Willy Bardon sort quelque chose de sa poche droite, le porte à la bouche. De l’autre main, il boit une grande bouteille d’eau, d’un trait. On ne comprend pas tout de suite ce qui se passe, il y a beaucoup de monde. Une policière se précipite, on le sort du box, il a l’air hagard mais il tient debout, les forces de l’ordre l’emmènent.

Comment s'est-il procuré le produit qu'il a avalé

On apprendra qu’il a été emmené à l’hôpital, admis en réanimation. Selon son avocat, Stéphane Daquo, son pronostic vital est engagé. On ignore quel produit il a avalé, ni comment il l’a fait entrer au tribunal : il avait été méticuleusement fouillé à son arrivée ce matin – Willy Bardon comparaissait libre. Il aurait annoncé à ses proches son intention de se suicider s’il était condamné.

Flash-back. Quelques heures plus tôt, Willy Bardon prononce ses derniers mots d’un ton désespéré. "Je n’y étais pas, Monsieur Kulik, je vous jure" lance-t-il au père d’Elodie, la voix tremblante, le visage rouge. On le voit, ensuite, se cacher le visage dans les mains. Lui qui était apparu relativement impassible durant les audiences semble en perdition, au fur et à mesure que la fin du procès arrive. Comme si tout craquait d’un coup.

Willy Bardon est donc condamné pour le viol d’Elodie Kulik, mais pas pour l’avoir tuée. Son ADN n’est nulle part sur la scène de crime, on ne connaît pas le déroulé des faits : comment les jurés ont-ils pu déterminer qu’il avait participé au viol, mais pas au meurtre ? Mystère, les motivations ne sont, pour l’heure, pas connues.

L’avocate générale avait d'ailleurs requis, le matin même, l’acquittement de Willy Bardon pour le viol et le meurtre d’Elodie, et sa condamnation pour les seuls "enlèvement et séquestration suivis de mort". Selon l’accusation, la voix de Willy Bardon sur l’appel d’Elodie Kulik aux pompiers, à minuit 20, permettait de l’incriminer dans la disparition de la jeune femme, mais pas au-delà.

La défense veut un nouveau procès ailleurs

Face à ce verdict qu’ils estiment "incompréhensible", les avocats de la défense vont faire appel, et demander un dépaysement du procès, loin de la Somme, loin du souvenir traumatique de cette affaire ; "Pour que l’émotion ne l’emporte pas sur la raison" explique Stéphane Daquo.

Il y aura donc, si l’état de santé de Willy Bardon le permet, un second procès. En attendant, Jacky Kulik savoure une victoire longuement attendue. Avec le soulagement d'avoir tenu la promesse faite à sa fille et à sa femme (morte en 2011, après 9 ans de coma, suite à une tentative de suicide): celle de trouver les auteurs du crime. 

"Justice est faite pour Elodie" : c’est avec un sourire mêlé de larmes que Jacky Kulik a dit ces mots. Une phrase qu’il espérait depuis 18 ans pouvoir prononcer un jour.

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