Le procès de Reda Hame s'ouvre devant la cour d'assises spéciale de Paris. Ce jeune homme de 34 ans est accusé d'avoir rejoint la Syrie, puis d'être revenu en France pour commettre un attentat "dans une salle de concert"... quelques mois à peine avant l'attaque du Bataclan.

Salle d’audience du palais de justice de Paris
Salle d’audience du palais de justice de Paris © Radio France / Jean-Philippe Deniau

Reda Hame aurait pu passer totalement sous les radars des services antiterroristes. Son interpellation, le 11 août 2015, n'est due qu'aux aveux d'un djihadiste espagnol aux autorités de son pays. L'homme, arrêté deux mois auparavant en Pologne, a ainsi expliqué être rentré en Europe depuis la Syrie, en compagnie de Reda Hame, dans le but de mener une attaque terroriste.

Son commanditaire était d'ailleurs Abdelhamid Abaaoud, qui coordonnera ensuite les trois commandos des attentats du 13-Novembre.  Selon les réquisitions du parquet, que France Inter a pu consulter, Reda Hame faisait partie d'un plan d'attaques en série de l'organisation État islamique, avec l'attaque du Thalys et le 13 novembre, notamment.

Huit jours d'entraînement militaire en Syrie

Au printemps 2015, Reda Hame, qui a alors quitté son travail et son habilitation secret-défense parce qu'il refuse de travailler pour une entreprise d'armement, va passer huit jours en Syrie. Pendant ces huit jours, le jeune homme, que sa sœur décrit comme "intelligent et cultivé", suit un véritable entraînement militaire avec Abdelhamid Abaaoud, futur coordonnateur des attentats du 13-Novembre : séances de tir à la kalachnikov, montage et démontage des armes, lancer de grenade, ce qui lui vaut d'ailleurs une sérieuse blessure au genou.

Puis, il reçoit une clé USB dotée d'un logiciel de cryptage, récupère son passeport qui arrive à expiration, et rentre en Europe par sauts de puce, via la Turquie, la Serbie, la République tchèque, les Pays-bas, la Belgique et enfin la France.

"Une cible facile, comme un concert"

Sa mission lui a été clairement signifiée par l'organisation État islamique : "Une cible facile, comme un concert, le mieux étant d'attendre les forces d'intervention et de mourir en combattant avec les otages". Nous sommes alors cinq mois avant l'attaque du Bataclan. Mais, devant les enquêteurs, Reda Hame explique n'avoir jamais eu l'intention de suivre ces instructions, avoir feint d'accepter uniquement dans le but de pouvoir rentrer chez lui, et exagéré son rôle pour impressionner sa petite amie. "J'ai tu mes doutes sur l'État islamique et j'ai dit que j'étais motivé et que je voulais être un combattant. Je me suis dit que la seule solution pour moi de sortir de Syrie et de récupérer mes papiers était d'accepter la proposition ce qui me permettait de regagner le sol européen", explique-t-il ainsi aux enquêteurs.

Pour ce procès qui doit durer quatre jours devant la cour d'assises spéciale, "Reda Hame a hâte de s'expliquer", affirment ses avocats, Mes Archibald Celeyron et Julie Fabreguettes, "rien dans le dossier ne permet de le rattacher aux attentats du 13 novembre."

À l'époque de ses premiers interrogatoires, Reda Hame avait d'ailleurs mis en garde les services antiterroristes : "Cela va arriver très bientôt. Là-bas, c'est une véritable usine, ils cherchent vraiment à frapper la France". Les faits lui ont bien malheureusement donné raison.

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