Une nouvelle tentative d’apaiser l’une des régions les plus explosives du globe : Donald Trump présentait ce mardi son plan de paix au Proche-Orient, sous les applaudissements d’Israël et les huées des Palestiniens. S’il échoue, le président américain pourra toujours se dire qu’il n’est pas le premier. Historique.

Ehud Barak, Bill Clinton et Yasser Arafat lors du sommet de Camp David en 2000
Ehud Barak, Bill Clinton et Yasser Arafat lors du sommet de Camp David en 2000 © AFP / Stephen Jaffe

Les cartes proposées par les différents plans

Le plan de partage de l‘ONU (1947)

Le 29 novembre 1947, la toute jeune Organisation des Nations Unies vote sa résolution 181 prévoyant la création de deux États sur le territoire de l'ex-Palestine mandataire britannique, après le retrait de Londres annoncé le 14 février précédent.

À ce jour, ce plan demeure le plus favorable aux Palestiniens puisqu'il leur accordait l'ouest de la Galilée (comprenant la ville de Saint-Jean d'Acre), l'équivalent actuel de la Cisjordanie (appelée Judée-Samarie par les Juifs) légèrement augmenté, la bande de Gaza, une longue bande de désert le long de la frontière égyptienne ainsi que la ville de Jaffa. Quant à Jérusalem, la ville trois fois sainte, elle devait être placée sous contrôle international.

Alors que les instances juives de Palestine (excepté l'Irgoun) ont accepté ce partage, les Arabes de Palestine, la ligue arabe et les États arabes s'y sont opposé. Le 15 mai 1948, jour de la proclamation de l’État d'Israël par David Ben Gourion, les armées égyptienne, transjordanienne, syrienne, irakienne attaquent le nouvel État, renforcées par des volontaires libanais.

L'armistice signée le 30 mars 1949 consacre l'abandon du projet d’État palestinien puisqu'Israël annexe Jérusalem-Ouest, Jaffa et les parties de la Galilée et du Neguev promises aux Palestiniens. La Transjordanie (devenue Jordanie) prend le contrôle de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie, et l’Égypte celui de la bande de Gaza. La délimitation entre territoires israélien et arabes est alors baptisée "ligne d'armistice de 1949" ou "ligne verte".

Accords d’Oslo (1993)

La guerre des six jours de 1967 a permis à Israël de conquérir le Golan (annexé en 1980), le Sinaï (restitué à l’Égypte en 1979), Gaza et la Cisjordanie (occupée depuis). Les Palestiniens vivent donc à présent sous occupation israélienne dans deux territoires délimités par la "ligne de 1967" qui a encore grignoté du territoire par rapport à la ligne de 1949. 

Le 13 septembre 1993, sous l'égide du président Bill Clinton, Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat signent les "accords d'Oslo". Entamées publiquement à Madrid en 1991 et secrètement à Oslo, les discussions aboutissent à la reconnaissance mutuelle entre Israël et l'OLP. Les accords prévoient une autonomie de cinq ans pour les Palestiniens. Progressivement, l'Autorité Palestinienne prend le contrôle de Gaza, Jericho, Ramallah, Bethléem, Naplouse, Tulkarem, Jenine, Qalqiliah et une partie d'Hébron. La Cisjordanie est divisée en trois zones toujours en vigueur (la A sous contrôle civil et sécuritaire palestinien, la B sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien, la C sous contrôle intégral d'Israël).

Les accords prévoyaient, dans les trois ans suivant leur signature, l'ouverture de négociations conclusives réglant notamment les questions des réfugiés palestiniens partis en 1948 et 1967, des colonies, de Jérusalem et des frontières de l’État d'Israël.

Quelques jours après ces accords, les premiers attentats-suicides commis par des terroristes palestiniens endeuillent Israël, ils feront au fil des années des dizaines de morts. Parallèlement, le massacre de 29 fidèles musulmans par un juif terroriste d'extrême-droite à Hébron en 1994 et l'assassinat d'Yitzhak Rabbin par un autre juif extrémiste en 1995 fragilisent encore le processus alors que le rythme de la colonisation ne faiblit pas. En 1996, Benyamin Netanyahou (opposé aux accords d'Oslo) est élu Premier ministre. Depuis, le processus le plus abouti entre Israéliens et Palestiniens est totalement gelé voire "mort" selon plusieurs observateurs.

Les sommets de Camp David (2000) et Taba (2001)

Sous l'impulsion d'un Bill Clinton en fin de mandat, le Premier ministre israélien travailliste Ehud Barak (élu en 1999) et Yasser Arafat se retrouvent du 11 au 25 juillet 2000 dans la résidence où Israël et l’Égypte avaient conclu la paix en 1978. Le premier est prêt à s'engager comme aucun autre avant lui mais en Israël, il est aux prises avec une coalition parlementaire chancelante et une colonisation toujours expansive. Le second se méfie des Israéliens et craint de se voir imposer par les États-Unis un accord qui ne règle pas le statut de Jérusalem. 

Pendant 15 jours de négociations à huis-clos, les deux hommes ne se verront jamais en tête à tête. La méfiance est totale et les Américains ne peuvent qu'assurer le va-et-vient entre les deux délégations, présentant seulement des projets de résolution sans aucun engagement fléché. Aucune des deux parties n'abat ses cartes et finalement, le sommet achoppe sur la question du contrôle des lieux saints de Jérusalem.

Six mois plus tard à Taba en Égypte, alors que la seconde intifada a éclaté fin septembre, les éléments de négociation sont plus précis, Israël proposant de céder Gaza, 94% de la Cisjordanie et 3% de son territoire. En réponse, les Palestiniens demandent 97% de la Cisjordanie et 3% du territoire israélien. Concernant Jérusalem, les deux délégations acceptent le statut de "ville ouverte" avec une souveraineté israélienne à l'ouest et palestinienne à l'est. 

Mais une nouvelle fois, les négociateurs ne parviennent pas à s'entendre sur les lieux saints, disséquant mètre par mètre le contrôle du Mur des Lamentations, de l'esplanade des mosquées-mont du temple et surtout des sous-sols, lieux de fouilles archéologiques très sensibles. Les réfugiés et surtout le statut militaire du futur État palestinien empêchent la conclusion d'un accord à la fin des rencontres de Taba le 21 janvier 2001.a  L'espoir demeure. mais sera une nouvelle fois douché avec l'élection d'Ariel Sharon au poste de Premier ministre d'Israël le 6 février. De 2001 à 2006, la seconde intifada fera plus de 5 670 morts, plus des trois quarts étant des Palestiniens et le quart restant des Israéliens, selon l'AFP.

Le plan arabe (2002 et 2007)

L'initiative est originale car émanant de l'Arabie Saoudite au sommet de la Ligue arabe les 27 et 28 mars 2002 à Beyrouth. La formulation est simple : les pays arabes proposent de reconnaître Israël en échange du retrait de ce dernier dans les limites de 1967 (Jérusalem-Est et Golan compris) et le retour des réfugiés palestiniens où ils le souhaitent. 

À l'exception de l'Irak de Saddam Hussein et de la Libye de Mouhamar Kadhafi, les États arabes et l'Autorité Palestinienne soutiennent le projet. Mais Ariel Sharon s'y oppose, exigeant en préalable l'arrêt des violences de la deuxième intifada. En 2007, la Ligue arabe relancera son plan mais Israël s'y opposera une nouvelle fois, dénonçant sa dimension non-négociable en particulier la question des réfugiés. 

Le plan Olmert (2008)

En juin 2007, le Premier ministre israélien Ehud Olmert retrouve le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le roi de Jordanie Abdallah II et le président égyptien Hosni Moubarak pour une  conférence de paix à Sharm el-Sheikh en Égypte. Dix jours avant, le jeu régional a été bouleversé par le putsch du mouvement terroriste Hamas qui contrôle désormais Gaza mais les relations entre Olmert et Abbas sont régulières et de qualité. 

En 2008, Israël propose de restituer 93% de la Cisjordanie, Jérusalem-Est et 6% du territoire israélien contigüe à la bande de Gaza. Olmert pousse sa proposition très loin en acceptant le placement de la Vieille Ville de Jérusalem, mur des Lamentations compris, sous contrôle international.

Mais, comme il le reconnaîtra dans un documentaire diffusé par la chaîne israélienne Channel 10, Abbas refuse la proposition jugée comme une "perte de temps". Il s'accroche aux frontières de 1967 et s'inquiète de la continuité entre les parties cisjordanienne et gazaouie du futur État. Dans cet entretien, il explique "ne pas avoir pu étudier les cartes" qui lui ont seulement été montrées sans possibilité de les examiner en détail avec ses collaborateurs. 

Il regrette aussi les modalités sur la question du retour des réfugiés et, de surcroît, est persuadé qu'Ehud Olmert va devoir démissionner à cause de mises en causes judiciaires (qui l'enverront ultérieurement en prison) et que son successeur ne mettra jamais son plan en application. La dernière rencontre entre les deux hommes se déroule le 16 septembre 2008. Le 21 septembre, Olmert annonce sa démission effective le 31 mars 2009 quand Benyamin Netanyahou lui succède.

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